Le Feuilleton de Brazzaville. Acte 27. Qui franchit le fleuve Congo?

Vendredi 17 Janvier 2020 - 15:51

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Combien d’artistes musiciens de Brazzaville traversent-ils le fleuve Congo pour se produire à Kinshasa ? Très peu, pourrait-on dire. En tout cas, bien peu, alors même que l’un des plus vieux ensembles des deux rives jusqu’à une récente date, l’OK Jazz, pour ne pas le citer, fut fondé par les enfants de Brazzaville et de Kinshasa réunis : Ils furent six, dont trois de la rive droite, trois de la rive gauche à avoir porté sur les fonts baptismaux cet ensemble monumental avec lequel l’intarissable auteur-compositeur et guitariste Franco Luambo Makiadi a fait la pluie et le beau temps de la rumba congolaise.

Du temps après la mise en route de l’orchestre, les Brazzavillois avaient gagné leur pays à la suite des expulsions décidées par les autorités de l’époque. Ils fondent les Bantous de la capitale en 1959. Peut-être quelque chose avait-il été omis à Kinshasa lors de ce voyage retour ; quelque chose comme la rime chansonnière.

Bien sûr que Brazzaville a produit de grands noms qui ont égayé Brazza-la-Verte et Kin-la-Belle: Youlou Mabiala, Michel Boyibanda, Loko Massengo Djeskain, ont été de tous les succès dans Ok Jazz, le Sosoliso ou Trio Madjesi, voire Bistoumani « Séli Bitchou ». Après, la rivière a tari de ce côté-ci, cependant que de l’autre, elle enfantait musicien sur musicien et non pas des moindres.

Lorsque les experts et spécialistes des deux pays débattent du sujet, ils évoquent volontiers une distribution des rôles qui s’est opérée entre Brazzaville et Kinshasa sur les plans de la chanson et des lettres. Kinshasa est chansonnière, Brazzaville est littéraire avouent-ils. Une distribution dont on ne saurait dénicher tous les ressorts.

Très peu de groupes de Brazzaville se produisent à Kinshasa. A ses débuts, en 1999-2000, Extra Musica passa de l’autre côté du fleuve Congo où il reçut un accueil chaleureux du public. Son tempo de l’époque est presque calqué sur celui de Wengue Musica, feu follet des mélomanes de Kinshasa et Brazzaville. Mais ce sera tout ou presque.

En dehors de quelques invitations dans le cadre d’émissions de variétés gratifiées de récompenses plus ou moins anodines, aucun orchestre de Brazzaville ne part à la conquête des bruyantes et nombreuses villes de la RDC : Lubumbashi, Kananga, Matadi, Buji-Mayi, Mbandaka, Kisangani n’ont certainement jamais aperçu l’ombre de l’un deux. En revanche, la plupart des grands noms de la musique de Kinshasa vont et viennent entre Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Nkayi, Gamboma, Oyo et Owando.

Une chose est certaine, tous chantent en lingala, la langue que les deux Congo et leurs capitales respectives, Brazzaville et Kinshasa, ont en partage. Pour la plupart ils chantent l’amour, leur thème de prédilection.

Jean Ayiya

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