Le Feuilleton de Brazzaville. Acte 31. Petits métiers prospères

Jeudi 13 Février 2020 - 21:30

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A Brazzaville, du côté du port ATC, à Mpila, vous ne serez pas indifférent à la traque des clandestins et autres vendeurs à la sauvette par la police, la douane, les services d’hygiène, des eaux et forêts, de la mairie, des approvisionnements, ni aux intenses marchandages entre vendeurs et acheteurs, alors qu’une jeune et abondante main-d’œuvre se prête au lavage des voitures dont les propriétaires, abusivement désignés patrons, se remplissent la panse dans le resto d’à côté.
 

Ces jeunes « laveurs » en majorité originaires du Congo-Kinshasa évoquent souvent les cas de leurs compatriotes qui exercent dans des secteurs bien plus rémunérateurs. Ils sont maçons, peintres, carreleurs, charpentiers, électriciens, électroniciens, etc. Ils tiennent des salons de coiffure pour hommes et pour dames le long des principales avenues de la ville, propageant avec assiduité, peut-être sans en avoir nécessairement conscience, les images des artistes-musiciens originaires de leur pays. Il fut un temps où les portraits de ces derniers ornaient les murs des bistros et de salons de coiffure qui ne désemplissent pas. Parmi les sinistrés de la tragédie du 4-Mars 2012, certains d’entre eux ont touché l’allocation de soutien de 3 millions FCFA offerte par l’État. Non sans faire pâlir d’envie plus d’un.

Ces jeunes gens prospèrent aussi dans un domaine qui ne manque pas de susciter la polémique : celui des églises de réveil. Dans des paillotes implantées à chaque coin de rue, ils s’attribuent les titres d’apôtres et de pasteurs et crient leur foi à longueur de journée pour le bonheur de leurs groupes de prière. Parfois aussi pour le malheur de certains de leurs fidèles.

N’a-t-on pas entendu un père de famille maudire les responsables de sectes religieuses après que l’épouse avec laquelle il vit depuis trente ans est revenue de la prière répétant que Dieu lui avait choisi un autre époux ? Bien souvent, ce nouvel époux « don de Dieu » n’est autre que le prédicateur de la secte. En revanche, n’a-t-on pas été ravi d’apprendre qu’un grand malade avait trouvé la guérison en fréquentant tel ou tel groupe de prière ? Les chemins de Dieu sont impénétrables !

Si l’on devait faire abstraction de toute pudeur, on parlerait volontiers d’une tendance à la « provincialisation » culturelle de Brazzaville par une sorte de déferlante kinoise qui use de tous les artifices possibles. Nous avons évoqué les salons de coiffure et autres services. Mentionnons également les nombreuses chaînes de radio et de télévision émettant depuis Kinshasa, qui s’abattent sur Brazzaville jour et nuit. Des longues séances de prêche délivrées par des « apôtres » à la voix haute, à d’autres programmes de divertissement parfois déroutants, Kinshasa joue de plusieurs instruments pour se faire entendre au-delà de ses frontières.

À la vérité, il n’est pas trop tôt pour appeler les « opérateurs » de la rive droite du fleuve Congo à faire preuve d’imagination s’ils veulent garder la tête hors de l’eau. Car dans le futur prochain, la culture universelle sera aussi la somme des pans de cultures tirés de partout. Que font Brazzaville, ses habitants, et le pays dont elle est la capitale politique et administrative pour préparer ce futur ? Pensons-y sans xénophobie… Ville hospitalière, la capitale congolaise accueille depuis quelques années une forte communauté rwandaise dont certains membres, dubitatifs au retour dans leur pays d’origine, ont investi le secteur du petit commerce. C’est que l’Afrique comme le reste du monde se globalise.

 

Jean Ayiya

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