Le Feuilleton de Brazzaville. Acte 9. Le 4-Mars

Vendredi 2 Août 2019 - 10:34

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Brazzaville se réveillait. Bien plus tôt, certains de ses habitants étaient allés rendre grâce au Tout-Puissant dans les églises de la place. Les moins épargnés furent ceux qui prirent le chemin de la paroisse Saint-Louis-des-Français, implantée au milieu des casernes militaires de Mpila, sans doute pour adoucir les cœurs des hommes en armes. Mais également ceux qui se retrouvèrent en l’Assemblée évangélique pentecôtiste, au rond-point Ébina, ou encore chez Béthanie, à l’ex-cinéma du célèbre commerçant Téké.

Une première déflagration, suivie d’une deuxième, plus forte que la première, puis d’une troisième, et ainsi de suite. On apprenait vaguement, par le bouche-à-oreille, que les explosions provenaient de la ville voisine de Kinshasa. Aussitôt, pourtant, s’élevait dans le ciel de Brazzaville un champignon noir vite localisé à Mpila, un quartier populaire de la capitale congolaise où stationnaient plusieurs unités des forces armées congolaises.

La nouvelle s’est ensuite répandue à la vitesse de l’éclair : un dépôt de munitions a pris feu, racontait-on. L’incendie est-il d’origine criminelle ou accidentelle ? Nul ne le sait encore ce matin du 4 mars 2012, mais Mpila, Kanga-Mbanzi et Ouenzé vont en payer un lourd tribut. Dans les rues des quartiers nord de Brazzaville (Ouenzé, Talangaï, Mikalou, Nkombo, Massengo), le spectacle que se livrent les rescapés du drame est insoutenable.

Des familles déferlent à pied vers l’extrême nord de la ville sans avoir eu le temps de récupérer le minium. On voit courir des enfants accompagnés et certains sans leurs parents; des blessés portés sur le dos par des proches à la recherche d’un centre de soins; des femmes en pleurs. Sur l’instant, le téléphone a refusé d’acheminer le moindre appel, les opérateurs de téléphonie mobile étaient débordés.

La circulation automobile est réduite à sa plus simple expression. Les gens ont peur, d’autant que les explosions se poursuivent à un rythme soutenu. Les commerces, les marchés restent fermés alors que le va-et-vient des véhicules de police, affectés à la sécurisation des lieux du sinistre ajoute à la gravité de cette situation exceptionnelle que d’aucuns ont estimé plus dramatique que la triste guerre de juin 1997 qui dura quatre longs mois. « Heureusement que le drame est survenu un jour de week-end », commente-t-on dans la rue, car les dégâts auraient été plus dévastateurs un jour ouvrable, renchérissent des voix angoissées.

Les détonations sont tellement puissantes que les destructions enregistrées le seront sur une superficie dépassant de loin les trois kilomètres carrés. Kinshasa, si proche, si loin, a eu aussi sa part de troubles comme l’ont rapporté des témoignages. Brazzaville se souviendra longtemps de cette journée apocalyptique, de ce dimanche noir. Avec une hâte de voir délocalisées ces casernes cernées par les habitations ; de voir ces lieux stratégiques mieux protégés.

Il faut mettre Brazzaville et ses populations à l’abri. Cela sera sans doute le message que portera à jamais la stèle qui s’élèvera quelque part dans la capitale en mémoire des victimes de cette tragédie épouvantable. Les Congolais se souviendront…, qui contemplent en passant les nouveaux immeubles d'habitation élevés par où résidaient les casernes de l'armée.  

 

Jean Ayiya

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