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Tomber les barrières ethniques

Samedi 3 Novembre 2018 - 19:32

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Si les Congolais faisaient un peu plus attention à eux-mêmes, ils se rendraient vite compte que sur les 342 000km2 qu’ils ont en partage comme territoire national, femmes, hommes et enfants forment tous le même vœu : voir leur quotidien s’améliorer de jour en jour, mieux se nourrir, mieux s’habiller, mieux se loger, mieux se soigner, mieux éduquer les plus petits qui constituent l’avenir des familles et de la nation. Ils s’apercevraient aussi que soixante ans après la fondation de la République et cinquante-huit ans après l’indépendance, le chemin pour atteindre ces objectifs reste encore long.

Mais s’ils profitaient un tout petit peu de parcourir les quelques infrastructures routières qui permettent, aujourd’hui, heureusement, de joindre d'un coin à l’autre le Congo, ils estimeraient mieux leur pays, apprendraient à mieux connaître leurs compatriotes, abandonneraient de façon progressive et résolue de se croire infréquentables du fait de leur nom de famille ou de leurs lieux de provenance. Ils seraient rarement Lalis, Laris, Tékés, Kongo, Mbochis, Mbétis, Vilis, Kougnis, Pounous, Soundis, Yakas, Bembés, Mbokos, Nzikous, Makouas, Mikengués, Kukuyas, Ngarés, Ndjems, Bakouélés, Banguilis, Bomitabas, Mbondjos, Yombés, Kambas, Kouyous, Dondos, Yakas, Sangas-Sangas, Bomas, Bagangoulous, Mondjombos, Moyes, Likoubas, Ngarés, etc. Ils seraient simplement Congolais comme ils sont mentionnés à l’état civil.

Chacun voudrait-il voir arriver à la tête du pays un président issu de son ethnie, ou de sa région, pour espérer mieux se sentir dans sa peau ? Suivant les plans de Dieu, il faudrait pour cela que des générations se succèdent aux générations, alors même que la liste non-exhaustive des ethnies rapportée dans le précédent paragraphe rendrait l’équation de l'alternance "ethnie-pouvoir" quasi impossible. Il semble, en tout état de cause, que la bataille qui vaille pour rendre le Congo plus fort est ailleurs. Elle est de faire que la société civile s'approprie les mécanismes de participation à la décision et à la gestion publiques au moyen d'organisations suffisamment structurées. Pour non pas tenir tête aux institutions publiques mais se poser en promotrices de la démocratie et de l'Etat de droit.

Un peu plus d’un quart de siècle après l’avènement du multipartisme, donc de la libéralisation de la vie publique, le constat est que les partis politiques qui ont pris le pouvoir de parler au nom de la population restent recroquevillés sur eux-mêmes dans les villages de provenance de leurs fondateurs. Ils n’ambitionnent pas de conquérir l’espace national et recrutent essentiellement dans des pré-carrés qui ont l’ahurissant bonheur d’être strictement ethno-régionaux.

Les Congolais sortiront-ils un jour de ce guêpier où la politique ne se fonde pas sur le destin partagé de sublimer le sentiment d’appartenance à la même nation ? Les animateurs des partis politiques se rendent-ils compte qu’en agissant de la sorte, ils contribuent à fragiliser les équilibres façonnés par les sacrifices que depuis les années d’indépendance le citoyen lambda a consentis pour que tiennent les fondations de la République ?

Si l’on ajoute aux perditions de la gent politique la nocivité des concepts que certains intellectuels convoient de manière étonnante, on peut plaindre le sort du Congo. Ailleurs, les pays se sont construits en exploitant de la meilleure façon qui soit les diversités nationales. Ils n’ont pas fait la place au discours qui consiste à dresser les communautés les unes contre les autres, parce que ceux qui le tiennent sont une infime minorité nuisible qui ne peut prospérer. Même quand elle laisse éclater la virulence de ses prédictions.

Gankama N’Siah

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