Agriculture : les experts avancent des chiffres effrayants

Mardi 11 Juin 2019 - 19:45

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La République démocratique du Congo (RDC) n’exploite actuellement qu’environ dix pour cent des terres cultivables en dépit de nombreux engagements des gouvernements successifs à soutenir le secteur agricole. Moins de trois pour cent du budget national est affecté annuellement à ce secteur.

Entre la politique et la réalité, il existe un profond fossé.  Le collectif congolais des jeunes ingénieurs agronomes et environnementaux vient de jeter un pavé dans la mare, en parlant de moins de 10 % de terres arables cultivées. Selon l’Institut national de la statistique (INS), le pays n’exploite actuellement que huit millions des quatre-vingts millions d’hectares de terres arables. Ce potentiel est utilisé en raison de 3 % pour les cultures et 7 % pour l’élevage. Cette réalité expliquerait même les difficultés d’amélioration de la sécurité alimentaire. Malgré ce faible pourcentage, poursuit le collectif, il est possible de mettre au point une politique nationale dans ce secteur en partant de ces 10 % des terres exploitées. Le problème est d'avoir une volonté politique et une définition d’une stratégie nationale.

La faible exploitation du secteur agricole est le fruit de plusieurs causes, dont le faible pourcentage du budget alloué chaque année au secteur agricole, à peine 3 %. Pire, ce financement déjà ridicule n’est engagé qu' à hauteur de 30 à 40 %. Il y a aussi la faible production locale du fait de l’absence d’appui financier, l’importation massive (à hauteur de 60 % pour le riz et le maïs) des produits similaires, les prix exorbitants des produits agricoles par rapport au faible pouvoir d’achat de la population, l’impact négatif de la rubrique « transport » (plus de 60 %) sur le prix final, l’absence de formation des agriculteurs, le difficile accès aux intrants et à la technologie agricole, ainsi que l’absence des infrastructures de base, martèle l’INS. L’on estime que les nationaux sont contraints de lever des centaines de milliers de dollars américains auprès des institutions bancaires et financières sans espoir de les obtenir. Au niveau de l’agriculture plus précisément, il y a la législation nationale qui empêche ou limite certains capitaux étrangers.     

Du côté du gouvernement de la République, l’on rappelle que le développement de l’agriculture passe forcément par l’accès à la terre arable et aux intrants agricoles, la meilleure gestion post-récolte, la qualité de la terre et bien entendu la gouvernance. De ce fait, il est évoqué la nécessité d’une meilleure redistribution des terres. « Nous ne parlons pas de confiscation mais d’une redistribution en fonction de certains critères comme l’utilisation effective de ces terres », précise un expert du ministère de l’Agriculture. Toutefois, il rajoute une  dimension importante : « Le budget alloué au secteur agricole est de 2,5 à 3 % du budget de l’Etat. Nous n’atteindrons pas les objectifs de Maputo ».

Par ailleurs, il lie l’agriculture directement à l’énergie. « Si on réforme l’énergie sans réformer l’agriculture, il sera difficile d’atteindre ce miracle ». Enfin, il rappelle à qui veut l’entendre que la RDC n’a plus que cent deux ans pour exploiter ses ressources minières. « Il faut préparer l’après-mine en réfléchissant sur les voies et moyens de développer les infrastructures, le tourisme, la biodiversité, la desserte en électricité et bien entendu l’agriculture », a-t-il conseillé.   

Laurent Essolomwa

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