Botswana : le pays aux urnes pour des élections générales très disputées

Lundi 21 Octobre 2019 - 19:00

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Les Botswanais votent, le 23 octobre, pour des scrutins d’une âpreté inédite dans l’histoire de leur pays considéré de longue date comme une des démocraties les mieux assises du continent africain.

Contre toute attente, l’ancien président du pays, Ian Khama, a secoué la vie politique locale jusque-là bien rangée, en prenant la tête d’une fronde contre son successeur, Mokgweetsi Masisi, qu’il avait pourtant installé dans son fauteuil.

Un an après avoir rendu les rênes du pays, Ian Khama a claqué, en mai, la porte du Parti démocratique du Botswana (BDP), accusant Mokgweetsi Masisi de dérive autoritaire.

La querelle a pris des proportions telles qu’elle fragilise la position électorale du BDP, qui dirige ce pays riche en diamants et en éléphants sauvages depuis son indépendance en 1966.

Le parti au pouvoir a réalisé le plus mauvais score de son histoire aux élections générales de 2014, tombant sous la barre symbolique des 50% des suffrages. Son principal rival de l’opposition, la Coalition pour un changement démocratique (UDC), espère en tirer profit dès mercredi.

« C’est l’élection la plus disputée à laquelle il nous a été donné d’assister », a résumé l’analyste économique Keith Jefferies. « On peut en attendre quelques surprises, jusqu’à une défaite du BDP ».

« Le scrutin sera serré, la balance peut pencher d’un côté comme de l’autre », a confirmé l’analyste Peter Fabricius, de l’Institut sud-africain pour les études de sécurité (ISS).

Ian Khama n’a pas ménagé sa peine pour nuire à son ancien parti, y compris en appelant publiquement à voter pour l’UDC et ses candidats dans plusieurs régions du pays.

Fils du cofondateur du BDP et premier président du pays, Seretse Khama, l’ancien chef de l’Etat a gardé de puissants alliés au sein du parti et une incontestable influence dans le pays, notamment dans sa région dont il est un des chefs traditionnels.

Les divergences entre Ian Khama et Mokgweetsi Masisi sont apparues au grand jour peu de temps après la passation de pouvoir entre les deux hommes, en avril 2018.

Raz-de-marée électoral

Ian Khama avait alors démissionné au profit de son vice-président, en vertu de la Constitution du Botswana, qui limite le mandat de ses présidents à dix ans maximum.

Très vite, Mokgweetsi Masisi s’est affranchi de l’héritage de son prédécesseur, grand défenseur de l’environnement, notamment en levant l’interdiction de la chasse aux éléphants sauvages, dont le Botswana est le principal sanctuaire africain.

Dans un entretien, le président sortant a justifié ses distances avec Ian Khama en expliquant que sa politique avait nui à l’image du parti au pouvoir.

« Le BDP se portera mieux » sans lui, a-t-il ajouté, anticipant « une large victoire, un raz-de-marée électoral ».

Tout aussi sûr de lui, le chef de l’UDC, Duma Boko, a, lui aussi, pronostiqué son succès et une alternance à la tête du pays. « Je pense que nous allons gagner cette élection, nous devons la gagner, même », a-t-il assuré.

« L’heure est venue d’un nouveau gouvernement, le BDP ça suffit », a estimé une électrice, Alice, une fonctionnaire qui a refusé de donner son nom de famille par peur des représailles. « Il y a trop de corruption », a-t-elle admis.

Contrairement à d’autres pays voisins, l’importance des enjeux ne devrait toutefois pas menacer la stabilité du Botswana.

« Quoi qu’il arrive, j’accepterai les résultats », a assuré Mokgweetsi Masisi. « Le Botswana ne sera jamais en crise parce que l’un ou l’autre ne gagne pas (ce scrutin), il y aura d’autres occasions (…), on ne va pas se battre », a-t-il promis.

Aucun scrutin n’est jamais apparu si serré mais les analystes confirment ne pas redouter des débordements post-électoraux, même si le chef de l’opposition a dénoncé l’inégalité de traitement des partis dans les médias publics tout au long de la campagne.

Plus de neuf cent mille électeurs sont inscrits sur les listes électorales du Botswana, pour une population de 2,2 millions d’habitants. Outre le BDP et l'UDC, deux autres partis ont présenté des candidats pour les cinquante-sept sièges du parlement local. Le parti qui disposera de plus d’élus choisira le chef de l’Etat. Les résultats sont attendus d’ici à la fin de la semaine. 

 

 

Nestor N'Gampoula et AFP

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