CAF: Ahmad Ahmad, un président à la barre malgré la suspicion

Jeudi 20 Juin 2019 - 13:45

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Les regards sont tournés vers lui. Malgré les soupçons de corruption qui l'éclaboussent, le président Ahmad Ahmad se maintient à la barre de la Confédération africaine de football (CAF), au moment où s'ouvre la Coupe d'Afrique des nations (CAN) en Egypte.

Le Malgache, président de l'organisation sportive africaine depuis mars 2017, a été interpellé le 6 juin, à Paris, par l'Office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff).

Il est ressorti libre de sa garde à vue quelques heures après son interpellation, et ne fait pas à ce stade l'objet de poursuites.

Interrogé par l'AFP, un de ses conseillers a déclaré: "l'épreuve qu'a vécue le président Ahmad est maintenant derrière lui. Il n'est ni accusé ni n'a de poursuites".

"Libre, il a repris normalement ses activités de président de la CAF et a présidé une série de réunions dans le cadre de l'organisation de la prochaine Coupe d'Afrique des Nations", a-t-il ajouté.

Le président Ahmad "continue ses activités sans se soucier des rumeurs et des fausses nouvelles", a précisé la même source sans évoquer les soupçons qui pèsent contre lui.

Accusations en cascade

L'interpellation a eu lieu dans le cadre d'une information judiciaire ouverte à Marseille, notamment pour association de malfaiteurs, corruption, abus de confiance et faux et usage de faux. Elle porte sur la rupture par la CAF, en décembre 2017, d'un contrat avec Puma, au profit d'une autre société basée dans le sud de la France, fournissant elle du matériel Adidas. 

En dépit des dénégations, cette nouvelle péripétie ne fait que s'ajouter à une série de mésaventures traversées par la CAF ces derniers mois.

Lorsqu'en 2018 la CAF a constaté que le Cameroun ne serait pas prêt à temps pour accueillir la CAN-2019, elle a finalement désigné l'Egypte en janvier, après plusieurs inspections et quelques tergiversations.

En avril, le secrétaire général de l'instance, Amr Fahmy, avait été licencié. Ce dernier avait envoyé une lettre à la Fifa en mars dans laquelle il accusait Ahmad Ahmad de corruption - paiement de pots de vin à plusieurs dirigeants, usage personnel de fonds de la CAF - et de harcèlement sexuel à l'encontre de plusieurs salariées de la Confédération.

Plus récemment, une vive polémique a éclaté après la finale de la Ligue des champions africaine. Le 31 mai, l'Espérance de Tunis a été sacrée contre le Wydad de Casablanca dans la confusion: son adversaire marocain a décidé de quitter la pelouse pendant le match en raison d'un litige et d'une panne de l'assistance à l'arbitrage vidéo (VAR).

La CAF a ensuite décidé que le match serait rejoué après la CAN, déclenchant la colère des supporters tunisiens.

"La corruption a désormais un nom à la CAF: Ahmad Ahmad", a accusé le site d'information en ligne Kapitalis, le qualifiant "d'ami de longue date du Maroc (où il possède une résidence), sous l'influence de son vice-président, le Marocain Fouzi Lekjaa".

Crédibilité en jeu

Sur les réseaux sociaux, dans la presse sportive, les critiques se sont multipliées: l'image de la CAF, basée au Caire, mais aussi celle du football africain en général, ne ressortent pas grandies, à la veille de la plus grande CAN de l'histoire du continent, avec vingt-quatre sélections.

Interrogé par l'AFP, James Dorsey, chercheur à la S. Rajaratnam School of international studies de Singapour et auteur de "The Turbulent World of Middle East Soccer", dit "douter" que Ahmad Ahmad puisse se maintenir à la tête de la CAF dans ces conditions.

"Sa propre crédibilité est en jeu mais c'est aussi la crédibilité d'organisations qui ont été secouées au cours de la dernière décennie par des scandales successifs", a-t-il souligné.

Le président de l'instance africaine de football va devoir se défendre "de façon très convaincante", estime James Dorsey tout en ajoutant qu'il ne devait "pas être condamné avant d'être jugé. Il doit faire la preuve de son innocence au-delà de tout doute".

Camille Delourme avec AFP

Légendes et crédits photo : 

Ahmad Ahmad, un président controversé depuis son interpellation à Paris, le 6 juin dernier (Mohamed El-Shahed/AFP)

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