Congo-Russie : la commission mixte se tiendra les 16 et 17 décembre à Moscou

Mardi 10 Décembre 2019 - 18:25

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Les représentants des deux pays vont se retrouver dans la capitale russe, dans le cadre de la commission mixte de coopération. Dans une interview accordée aux Dépêches de Brazzaville, l’ambassadeur de Russie, Gueorguy Tchepik, indique qu’au nombre des dossiers à examiner, figurent les projets liés aux secteurs de la science, de l’agriculture, de l’énergie, du pétrole et de la formation des cadres civils et de la force publique.

Les Dépêches de Brazzaville (LDB) : Le premier sommet des chefs d’Etat d’Afrique et de Russie vient de se tenir à Sotchi. Pensez-vous que ces retrouvailles vont permettre de redynamiser la coopération entre les deux parties ?

Gueorguy Tchepik (G.T.) : Effectivement, si nous sommes arrivés à cet événement du sommet Russie-Afrique à Sotchi, cela signifie que nous avons déjà effectué un grand parcours dans nos relations qui ne datent pas d’aujourd’hui. Rappelons qu’à l’époque de l’ex-URSS, la Russie avait œuvré pour conforter les aspirations des peuples africains à construire leurs Etats de façon indépendante.

En d’autres termes, l’Union soviétique a milité et participé pour l’éclosion des économies des Etats indépendants, notamment en matière de formation avec près de cinq cent mille Africains bénéficiaires. Nous avons aussi construit des établissements scolaires, près d’une centaine dont dix universités et des usines de production d’énergie, de fer, d’acier, de produits pétroliers, de bauxite. Toutes ces contributions sont significatives malgré le fait que la Russie a été pendant une certaine période absente en Afrique.

Toutefois, au début des années 2000, notre pays a renoué avec ce beau continent tant sur le plan politique, économique, culturel que dans la formation des cadres. Un retour décisif bien accueilli par l’Afrique, car nous avons effacé près de vingt milliards de dollars de dette des pays africains. Nous continuons de travailler avec les pays africains pour conclure les accords de conversion de la dette vers les investissements.

S’agissant de la formation des cadres, nous avons aujourd’hui près de dix-sept mille Africains qui étudient en Russie. Ce ne sont pas seulement ceux qui étudient grâce aux bourses octroyées par la Russie, mais aussi ceux qui y sont par leurs frais. Pour être plus précis, le nombre des boursiers s’élèvent à six mille. Chaque année, le Congo est en tête de ce peloton d’Etats qui sont bénéficiaires des bourses offertes par la Russie. On peut estimer à trois cents, le nombre de bourses octroyées chaque année par la Russie.

En ce qui concerne l’aide au développement de la Russie aux pays africains, celle-ci plafonne cent cinquante millions de dollars. La plus grande contribution sur le continent concerne la lutte contre la fièvre à virus Ébola. La Russie était parmi les premiers pays à réagir face à l’épidémie qui sévissait en Afrique de l’ouest. A cet effet, nous avons débloqué plus de soixante millions de dollars ; dépêché une brigade antiépidémique et mobile en Guinée et un hôpital de campagne militaire. Nous avons aussi construit et équipé un centre de recherche et de traitement des maladies épidémiques en Guinée, plus orienté dans la lutte contre Ebola, et procédé à la mise au point d’un vaccin contre la maladie.

Nous venons récemment d’accompagner la République démocratique du Congo (RDC) dans la lutte contre Ebola, à travers notamment la livraison de vaccin. Par ailleurs, la Russie contribue au maintien de la paix sur le continent africain aussi bien en tant que membre permanent de l’ONU qu’à travers des missions d’observation, notamment à l’est de la RDC, dans la région des Grands Lacs. Aussi, nous octroyons, chaque année, près de trois cents stages de formation aux cadres militaires de l’Afrique et une cinquantaine de bourses aux policiers.

Quarante-quatre chefs d’Etat africains ont pris part au sommet Russie-Afrique de Sotchi, ce qui est une très bonne chose. Lors de ces assises, nous avons conclu quatre-vingt-douze contrats et accords avec les pays africains, estimés à plus de quinze milliards de dollars avec des résultats biens précis. Il a été émis l’idée de créer un forum Russie-Afrique, c’est-à-dire un cadre permanent qui verra l’organisation du sommet entre les deux parties tous les trois ans. Le prochain rendez-vous des chefs d’Etat africains et russe aura lieu dans un pays africain. L’un des points forts du sommet de Sotchi est la signature de l’accord entre la Commission de l’Union africaine et celle de la Communauté euro-asiatique dont la Russie fait partie. C’est une communauté douanière et économique qui planche sur les tarifs et taxes douaniers. Le sommet de Sotchi a permis de relancer et dynamiser les contacts directs et échanges entre les personnes, entreprises et Etats.

L.D.B. : La Russie et le Congo ont noué leurs relations diplomatiques en 1964. Qu’en est-il actuellement de la coopération entre les deux pays ?

G.T. : Après l’établissement de leurs relations diplomatiques, la Russie et le Congo ont vécu toute une histoire commune de coopération et d’amitié. Nous avons contribué à l’économie, l’éducation, la défense… Aujourd’hui, on doit parler du projet emblématique qui est celui de l’oléoduc. A ce jour, il porte sur le trajet Pointe-Noire-Maloukou Tréchot. Un business plan a déjà été élaboré. Nous attendons des financements qui viendront tant des banques russes que celles d’Afrique. J’espère que ce sera une réussite. Dès qu’on va finir toutes les formalités, les travaux vont commencer. Le gouvernement congolais accorde une attention particulière à ce projet.

Il y a aussi bien d’autres projets qui seront discutés lors de la commission mixte prévue à Moscou, du 16 au 17 décembre. En première ligne, les projets en matière de science, agriculture, énergie, pétrole et de la formation des cadres. Le Congo est un pays producteur d’hydrocarbures et de gaz dont la stabilité économique dépend beaucoup du secteur pétrolier. Je dois féliciter la présence de la société russe Lukoil qui est présente au Congo depuis septembre avec près de 25% de parts dans un bloc pétrolier. Il est aussi question de discuter de la participation d’autres sociétés russes dans le secteur pétrolier congolais.  

L.D.B. : Le Congo s’est engagé à diversifier son économie qui dépend des ressources du secteur pétrolier. La Russie est-t-elle disposée à l’accompagner dans cette bataille ?

G.T. : Oui, comme je l’ai dit, l’agriculture est un secteur de base qui nécessite un développement supplémentaire. Il y a des idées et pistes qui seront discutées lors de la commission mixte. Cela, dans le cadre d’une coopération scientifique et agricole. On présentera, lors de la commission mixte, une initiative en matière scientifique et agricole qui pourra être utilisée au Congo. Une initiative qui s’inspirera du modèle ougandais.

L.D.B. : La formation des cadres occupait une place de choix dans la coopération congolo-russe. Est-ce le cas en ce moment ?

G.T. : Bien évidemment, comme je l’ai dit dans mes précédents propos. Le Congo veut plus et en tant qu’ambassade au Congo, nous soutenons cette ambition et espérons que d’ici à 2020 ou 2021, le quota des bourses de formation va augmenter. Les résultats des étudiants sont encourageants et pour nous, c’est important de voir comment équilibrer le nombre de ceux qui poursuivent leurs études après l’obtention d’un baccalauréat et ceux qui y vont pour l’obtention d’un master ou d’un doctorat. Au nombre d’années d’études, il y a bien entendu une année de langue en Russie. Toutefois, le centre culturel russe propose des cours de langue à Brazzaville pour permettre aux étudiants de disposer d’une base en langue russe. Près de sept cents jeunes apprennent la langue dans ce centre.   

Propos recueillis par Christian Brice Elion

Légendes et crédits photo : 

L'ambassadeur de Russie au Congo, Gueorguy Tchepik/ Adiac

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