Conservation de la nature : un plaidoyer pour l’amélioration des conditions de travail et de vie des éco-gardes

Mardi 31 Juillet 2018 - 15:45

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 Une enquête du Fonds mondial de la nature (WWF) révèle qu’un éco-garde sur sept a été grièvement blessé au cours de la dernière année dans l’exercice de ses fonctions. 

L'organisation internationale oeuvrant dans la conservation de la nature  vient de rendre publics, à l’occasion de la Journée mondiale des éco-gardes fêtée chaque 31 juillet, les résultats d’une nouvelle enquête qu'elle a menée en Afrique centrale et en Asie, sur le travail des éco-gardes. Cette étude révèle, en effet, qu’un éco-garde sur sept (14%) a été grièvement blessé dans son travail au cours des douze derniers mois.

Ces révélations, fait remarquer le WWF, font partie de la plus grande enquête jamais réalisée sur les conditions d’emploi et de bien-être des éco-gardes. Elles surviennent au moment où le bilan officiel des morts pour la période de juillet 2017 à 2018 a été confirmé par l’International rangers federation (IRF) et la Fondation thin green line (TGLF) portant le chiffre à 107 contre 101 pour l’année dernière. Ceci porte à 871, le nombre total de gardes qui ont perdu la vie dans l’exercice de leurs fonctions depuis 2009, date à laquelle l'IRF et le TGLF ont commencé à enregistrer officiellement les incidents. Cependant, a renchéri le WWF, les experts estiment que le nombre réel de décès est beaucoup plus élevé que le nombre déclaré.

Voir au-delà des statistiques

Le président de l’IRF et fondateur de sa branche caritative, la TGLF, Sean Willmore, cité dans le communiqué de WWF du 31 juillet annonçant la publication des résultats de cette enquête, a fait savoir que les statistiques de cette année ont indiqué que quarante-huit éco-gardes sur les cent sept qui ont perdu la vie ont été assassinés sur leur lieu de travail. Cinquante autres sont morts dans des accidents de travail liés à la nature dangereuse de la vie des éco-gardes. « Mais ce ne sont pas seulement des statistiques, ce sont des hommes et des femmes qui laissent derrière eux des familles, souvent avec peu de soutien, en dehors de ce que nous pouvons leur apporter. En tant que communauté mondiale, nous devons faire plus et nous devons mieux former et équiper les éco-gardes afin qu’ils aient plus de chance de rentrer chez eux en famille après une patrouille », a déclaré Sean Willmore.

Le WWF affirme, en effet, qu'elle mène actuellement cette enquête en Afrique de l’est, l'une des régions reconnues comme étant les plus dangereuses pour la profession en raison des niveaux élevés de braconnage pour satifaire la demande de produits issus du commerce illégal d’espèces sauvages, principalement de la Chine et des pays voisins. « Dans le monde entier, nous faisons face à un déclin rapide de la nature, y compris certaines des espèces que nous aimons le plus. Les éco-gardes sont en première ligne pour protéger la majeure partie de cette faune emblématique et, en raison de la nature même de leur travail, il est peu ou pas surprenant qu’ils risquent de faire face à des situations qui mettent leur vie en danger. Ce qui est choquant, c’est que malgré leur volonté de supporter ces risques graves pour sauver notre faune commune, peu reçoivent une rémunération équitable, une assurance et une formation adéquate », a regretté un membre de l’initiative zéro braconnage du WWF et président de la Fédération des éco-gardes d’Asie, Rohit Singh.

Un travail dangereux

A en croire le WWF, 86% des éco-gardes pensent que leur travail était dangereux en raison des risques graves associés à la rencontre ou à la confrontation avec des braconniers. « Des incidents tragiques récents montrent que ces préoccupations ne sont pas infondées », a reconnu l’ONG internationale, notant l’assassinat, cette année, de Rachel Katumwa, la première femme éco-garde tuée alors qu’elle était en service dans le parc national des Virunga en RDC. Le WWF a également révélé que juste un mois avant le meurtre de cette femme, dans la même région des membres présumés d’une milice armée impliqués dans le braconnage ont abattu cinq gardes et leur chauffeur. « Ce fut la pire attaque dans l’histoire des Virunga et la dernière d’une longue série d’incidents tragiques au cours desquels des éco-gardes ont perdu la vie en défendant le patrimoine naturel de la planète », a souligné cette organisation.

Le WWF a poursuivi que malgré les risques élevés posés par les braconniers armés, les rencontres dangereuses avec des animaux sauvages et l’exposition à des maladies infectieuses comme le paludisme, seulement 15% des rangers interrogés ont été formés aux premiers secours au cours de l’année dernière et près de six sur dix (58%) ont indiqué l’insuffisance du traitement médical en cas de besoin.

Une rémunération inadéquate

Le WWF révèle aussi qu’en Asie, un éco-garde reçoit en moyenne 292 dollars américains de salaire par mois mais en Afrique centrale, ce salaire est seulement de 150 dollars par mois. Le plus souvent, déplore l’association, c’est la principale (ou la seule) source de revenus pour sa famille.

Cette enquête du WWF met encore en évidence le manque d’assurance concernant les éco-gardes et leurs dépendants. En dépit des blessures qui bouleversent la vie et de la mort si courante au sein de leur profession, regrette l’organisation, seulement 36% ont affirmé qu’ils étaient couverts par une assurance pour de telles situations. « Si les éco-gardes sont blessés et ne peuvent plus travailler - ou pire encore s’ils sont tués - dans l’exercice de leurs fonctions, toute la famille devient vulnérable à une vie de pauvreté », a prévenu le WWF dont le conseiller technique en matière de criminalité liée aux espèces sauvages en Afrique de l’est, Drew McVey, pense que « rien ne peut compenser ceux qui ont sacrifié leur vie et leurs moyens de subsistance pour protéger la faune », espérant « qu’en mettant en lumière ces défis, des mesures urgentes seront prises pour y remédier et améliorer la vie et les conditions de travail des gardes et de leurs familles ».

Dans son plaidoyer, le WWF appelle les gouvernements à revoir et à améliorer d’urgence les insuffisances qui mettent en péril la vie des éco-gardes. « Une formation adéquate - y compris une formation en premiers secours - de solides plans de traitement médical d’urgence ainsi que des équipements et des dispositifs de communication adaptés aux conditions de terrain devraient figurer parmi les questions nécessitant une révision urgente. En outre, une couverture d’assurance de 100% pour les blessures graves et la perte de vie est une prochaine étape critique pour les éco-gardes et leurs familles », a conseillé l’organisation. Elle espère, en outre, qu’à la prochaine conférence sur le commerce illégal d’espèces sauvages qui se tiendra à Londres, en octobre, l’on obtiendra des engagements des leaders mondiaux des pays où le braconnage sévit pour s’assurer qu'ils ont un nombre adéquat de gardes correctement équipés, formés et assurés. « Le WWF espère travailler en étroite collaboration avec ces gouvernements et d’autres partenaires concernés pour s’assurer que les éco-gardes sont reconnus et soutenus et bénéficient du même respect que les autres professions de la fonction publique qui mettent leur vie en danger pour nous offrir un monde meilleur », a promis cette organisation.

Lucien Dianzenza

Légendes et crédits photo : 

Photo: Les insignes des éco-gardes de la RDC

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