Coronavirus : des milliards de personnes sans protection de base

Jeudi 19 Mars 2020 - 18:30

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Alors que les mesures les plus drastiques se multiplient à travers le monde pour freiner le coronavirus, trois milliards de personnes n'ont pas les moyens les plus basiques pour se protéger.

Le nouveau coronavirus qui a émergé en Chine fin 2019 a déjà fait plus de 200.000 cas confirmés dans le monde et tué plus de 9.000 personnes. C'est désormais l'Europe qui est à l'épicentre de la pandémie, fermant ses frontières et confinant des millions d'habitants. Mais l'inquiétude monte dans les pays aux systèmes de santé fragile.

Les dirigeants de nombreux pays d'Afrique et d'Asie ont imposé des restrictions de voyage et parfois des quarantaines pour tenter d'empêcher la propagation de l'épidémie. Mais se laver les mains régulièrement, l'un des premiers gestes, barrière contre la contagion, est inaccessible à des millions de gens. L'Unicef estime ainsi que 40% de la population mondiale, soit 3 milliards de personnes, ne peuvent pas se laver les mains à la maison faute d’eau courante ou de moyens pour acheter du savon. L'Organisation mondiale de la santé s'inquiète de l'avancée vers les pays les plus pauvres de l’épidémie. "Alors que le virus avance vers les pays à bas revenu, nous sommes très inquiets de l'impact que cela pourra avoir sur des populations où le taux de prévalence du VIH est important, ou sur des enfants mal-nourris", a alerté cette semaine le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Au moment où les hôpitaux européens réclament des respirateurs, des pays africains cherchent du savon. L'Unicef en distribue à des millions de personnes, mais refaire les stocks est devenu difficile dans certains pays qui dépendent notamment des importations venues de Chine.

Le monde en état d’alerte

De l'Europe, où la pandémie progresse le plus rapidement, aux Etats-Unis, longtemps sceptiques, en passant par l'Afrique, la planète entière est désormais en état d'alerte maximal face au nouveau coronavirus, sur fond d'espoir en Chine où aucune contamination locale n'est plus enregistrée.

210 000 cas d'infection ont été détectés dans 157 pays et territoires et jeudi en milieu de journée, la pandémie comptabilisait au moins 9.020 morts dans le monde depuis son apparition en décembre. La majorité des décès sont survenus en Europe et en Asie. Avec 712 nouveaux morts ces dernières 24 heures pour un total de 90.293 cas, l'Europe est le continent où la pandémie progresse le plus rapidement. En 24 heures le nombre de décès en Espagne a progressé de 30 % (767 morts) tandis que l'Italie a enregistré mercredi 475 décès en 24 heures, le plus grave bilan quotidien dans un seul pays. A ce rythme, l'Italie risque de dépasser la Chine comme pays ayant dénombré le plus de décès avec 2.978 morts pour 35.713 cas. Les mesures de confinement prises depuis une semaine dans le pays seront "prolongées à leur échéance" le 3 avril vient d’ailleurs d’annoncer le gouvernement qui envisage aussi d'interdire les activités de plein air, promenade ou jogging. En France selon un bilan officiel, le coronavirus a causé 89 nouveaux décès en 24 heures.

Au total, 9.134 cas de contamination ont été confirmés, a précisé le directeur général de la santé qui a souligné que le nombre de nouveaux cas détectés doublait désormais chaque jour.

La planète se recroqueville

Pour tenter de ralentir la propagation, la planète continue de se recroqueviller. Après le Congo, le Nigeria a annoncé la fermeture des écoles à Lagos, mégalopole de 20 millions d'habitants. Le pays a pour l'instant recensé moins de dix cas mais craint une propagation fulgurante.

L'Afrique du Sud a pour sa part annoncé la réparation et l'extension d'une barrière de 40 kilomètres de long et de 1,8 mètre de haut à sa frontière avec le Zimbabwe pour tenter d'éviter la propagation du nouveau coronavirus, dont le nombre de cas en Afrique du Sud grimpe très rapidement (150 confirmés) et où leur nombre a augmenté de près d'un tiers en l'espace de vingt-quatre heures.

Panama, la Bolivie et le Pérou viennent de décréter un couvre-feu ; le Portugal, l'état d'urgence. Dès jeudi, seuls les Néo-Zélandais étaient autorisés à embarquer sur des vols à destination de l'archipel. Aucun étranger non-résident ne sera admis à compter de vendredi en Australie tandis que la compagnie australienne Qantas va arrêter tous ses vols internationaux.

En Russie qui dénombre officiellement 199 cas, tous les voyageurs arrivant dans le pays depuis l'étranger doivent rester deux semaines en isolement chez eux.

Des milliers de milliards d'aide publique annoncés

Face à ce virus que l'Organisation mondiale de la santé a qualifié d'"ennemi de l'humanité" menaçant de plonger le monde dans la récession, des milliers de milliards d'aide publique ont été annoncés, notamment en Europe et aux Etats-Unis. Et de fait, jusqu'à 25 millions d'emplois sont menacés à travers la planète en l'absence de réponse coordonnée à l'échelle internationale, a averti l'Organisation internationale du travail.

Les compagnies aériennes, touchées de plein fouet ont besoin d'une aide d'urgence de 200 milliards de dollars, a estimé jeudi l'Association internationale du transport aérien (Iata). Tandis que les constructeurs automobiles américains General Motors, Ford et Fiat Chrysler ont suspendu leur production de voitures en Amérique du Nord, jusqu'au 30 mars au moins. Tout aussi préoccupant, le secteur agro-alimentaire déplore des perturbations sévères. En Europe, un appel a été lancé pour que la Commission européenne assure la fluidité de la circulation des marchandises. Et dans le secteur de la pêche, la pénurie de travailleurs confinés ajoutée aux problèmes logistiques commence à avoir des répercussions sur la production.

- L'Union européenne aide au rapatriement de quelque 100.000 Européens bloqués à l'étranger en raison des conséquences de la pandémie de coronavirus, a indiqué jeudi la présidente de la Commission Ursula von der Leyen.

- Le Royaume-Uni a annoncé jeudi qu'il allait rapatrier une partie de ses troupes en Irak, où elles participent à des missions de formation. "En raison de l'épidémie de Covid-19, les besoins en formation des forces de sécurité irakiennes ont été réduits" et les missions de formation de la coalition internationale et de l'OTAN ont dès lors été "mises en pause", a expliqué le ministère de la Défense dans un communiqué.

- L’avenir de l’aviation est menacé sans aides publiques si la crise dure a alerté le patron de la compagnie allemande Lufthansa. Des aides publiques pourraient devenir nécessaires pour garantir la survie du secteur aérien si la crise du coronavirus dure, a prévenu jeudi le patron de Lufthansa, dont plus de 90% des avions sont désormais cloués au sol (700 avions sur 763).

Bénédicte de Capèle avec AFP

Légendes et crédits photo : 

Les mesures sanitaires, comme ici en Afrique du Sud, ne peuvent pas toujours être appliquées, faute d'équipement (AFP) Le Directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus ne cache pas son inquietude (AFP)

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