Coronavirus : trois questions au Dr Mounkassa Basile

Mercredi 29 Avril 2020 - 16:14

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Le docteur congolais, Mounkassa Basile, exerce dans le domaine de la biologie médicale au sein du Laboratoire Groupe Hospitalier Nord Essonne, un domaine dont on entend parler durant l’état d’urgence sanitaire.

Dr Mounkassa Basile, biologiste au Groupe Hospitalier Nord Essonne en FranceLes Dépêches de Brazzaville (LDB) : En ces périodes de pandémie aux conséquences dramatiques, dans quelles analyses intervenez-vous ?

Dr Mounkassa Basile (Dr MB) : Nous intervenons essentiellement dans le domaine de la confirmation d’une suspicion d’infection à Covid-19. La biologie n’est pas le seul outil diagnostic. En premier lieu, la clinique analyse de façon méticuleuse les symptômes que présente un patient. Ensuite l’imagerie, notamment le scanner thoracique, s’est avérée très performante dans le diagnostic.

La biologie, par l’utilisation des techniques bien connues de biologie moléculaire comme la PCR, confirme le diagnostic quand le résultat est positif et qu’il corrobore les signes cliniques d’un patient. Mais un résultat négatif ne signifie pas que l’on n’est pas malade, d’où l’intérêt de la conjonction avec la clinique et la radiologie.

Prochainement, dès que les réactifs seront disponibles, nous allons commencer une autre phase de masse avec l’utilisation d’autres outils comme la sérologie. Ils serviront surtout à déterminer quelle personne a rencontré ou non le virus, qu’elle ait été malade ou pas. Cela peut s’avérer d’une importance capitale dans la gestion du post-confinement de l’épidémie, notamment pour des personnes testées négatives et qui présentent des facteurs de risque importants. Encore faut-il disposer de tests fiables, sensibles, avec une interprétation claire des résultats, pour éviter la prise de mauvaises décisions.

Enfin, de façon indirecte mais tout aussi importante, nous réalisons un ensemble d’examens dits courants (numération sanguine, bilan rénal, gaz du sang…) qui permettent d’évaluer les conséquences subies par l’organisme afin d’aider les cliniciens à la prise en charge adaptée. Cela peut aller jusqu’à la réalisation d’examens toutes les heures pour des patients en réanimation atteints de formes graves.

LDB : Jugez-vous utile le dépistage systématique du Covid-19 ?

Dr MB : Le dépistage systématique permet très tôt de détecter tous les porteurs afin de mettre en place les mesures nécessaires définies par les autorités pour maîtriser la propagation du virus. Les pays qui ont opté pour cette mesure ont très vite maîtrisé la propagation et ont eu très peu de drames, comparés aux autres. Le monde est sous tension en approvisionnement de tout outil nécessaire à la maîtrise du Covid-19 ; les tests de dépistage en font partie et il n’est pas exclu que le Congo en manque. Deux outils de riposte sont à ne pas négliger :

  • Le masque de protection, artisanal ou non, que chaque Congolais a le devoir de porter pour tout déplacement. Une étude de l’institut Pasteur montre que le risque de transmission diminue de 90% quand deux interlocuteurs portent chacun un masque. Dans une ville d’Allemagne où le port du masque a été rendu obligatoire, très peu de cas ont été déclarés et le déconfinement a été rapide sans même procéder au dépistage systématique.

  • La chloroquine en quantité suffisante dans les hôpitaux et au LNSP dont les modalités d’utilisation ont été définies par le comité des experts dans son rapport du 24 avril.

LDB : Quelle peut-être la place de la biologie dans le protocole sanitaire pour l’après confinement ?

Dr MB : Le collège d’expert a fait des recommandations sur la nécessité de « renforcer les capacités de prise en charge biologique ». Le protocole de sortie validé par les experts définira les modalités de prise en charge biologique. Partout, l’approvisionnement du matériel de maîtrise du Covid est défaillant, de même que les réactifs de laboratoire. Dans les deux possibilités qui vont se présenter à nous, les tests biologiques risquent de ne pas jouer le même rôle pour le déconfinement.

Première hypothèse : comme beaucoup d’autres pays, le Congo ne dispose pas d’assez de tests de diagnostic et l’utilisation efficiente des tests biologiques va s’imposer. Un protocole simplifié, articulé autour des critères avant tout cliniques, épidémiologiques et peut-être radiologiques (scanner dédié), est souhaitable. Les tests biologiques sont à réserver aux personnes fortement suspectes et à risque de développer une forme grave. Il est nécessaire de dépister systématiquement le personnel de soins en contact étroit avec les malades du Covid-19 car des observations récentes, notamment en Italie et en grande Bretagne, ont montré qu’il était massivement contaminé. Or, il est indispensable pour une éventuelle riposte.

Seconde hypothèse : notre pays dispose d’une quantité suffisante de tests et, sous la coordination du LNSP, il est organisé systématiquement un dépistage élargi à tous les sujets au contact d’une personne malade. Une étude chinoise publiée le 20 avril montre que 60% des formes du Covid-19 sont asymptomatiques mais que chaque sujet transmet le virus à 4 à 5% de ses contacts. J’espère vous avoir éclairé sur la place de la biologie dans cette dramaturgie appelée probablement à durer. Au vu du premier rapport de nos experts, l’optimisme est permis quant à la suite. Pourvu que la saison qui arrive avec ses températures basses ne compliquent pas la riposte !

Propos recueillis par Marie Alfred Ngoma

Légendes et crédits photo : 

Dr Mounkassa Basile, biologiste au Groupe Hospitalier Nord Essonne en France

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