Dette africaine : la Banque mondiale et la BAD se disputent

Samedi 15 Février 2020 - 16:00

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Le président de la Banque mondiale, David Malpass, a accusé les autres banques internationales de développement de contribuer à aggraver l’endettement des pays en voie de développement. La Banque africaine de développement (BAD) a répliqué.

Lors d’un forum organisé le 10 février à Washington par la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI), David Malpass a indiqué que l’Asian Development Bank, la BAD et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement contribuaient au problème de la dette. « Nous sommes face à une situation où les autres institutions financières internationales et, dans une certaine mesure, les institutions de financement du développement dans leur ensemble et, en tout cas, les agences officielles de crédit à l’exportation ont une tendance à prêter trop facilement, ce qui aggrave le problème de la dette », a déclaré le nouveau président de la Banque mondiale, un proche de Donald Trump.

En outre, il a accusé précisément l’Asian Development Bank de « pousser des milliards de dollars » vers un Pakistan déjà dans une situation difficile face à la Chine, auprès de laquelle il est lourdement endetté, et la BAD de faire la même chose au Nigéria et en Afrique du Sud. David Malpass a appelé à plus de coordination entre institutions financières de développement et à accroître la transparence des contrats de prêts en éliminant les clauses secrètes. Citant le cas de contrats entre l’Angola et la Chine, il a précisé qu’« Il faut laisser la population voir à quoi s’engage son gouvernement quand il s’endette ». De son côté, la BAD a aussitôt réagi en indiquant que les propos du président de la Banque mondiale étaient « inexacts et infondés ». 

Après avoir stigmatisé le procédé de David Malpass comme « allant contre l’esprit du multilatéralisme » et assuré qu’elle « observait des normes de transparence très élevées », la BAD a indiqué que la Banque mondiale avait des opérations en Afrique « bien plus importantes » que la BAD, ayant approuvé en 2018 pour 20,2 milliards de dollars, contre 10,1 pour la BAD. S’agissant du Nigeria et de l’Afrique du Sud, la BAD a précisé que la Banque mondiale leur a prêté en 2018 respectivement 8,3 et 2,4 milliards de dollars, contre respectivement 2,1 et 2,2 milliards pour la BAD.

Elle a rappelé qu’en juin 2019, la dette publique du Nigeria atteignait 83,9 milliards de dollars (14,6% de plus qu’en 2018), soit 20,1% du PIB (contre 17,5% en 2018). L’an dernier, la dette publique de l’Afrique du Sud atteignait 55,6% de son PIB (contre 52,7% en 2018). Enfin, la BAD rappelle qu'elle est consciente de la tendance à l'aggravation de la dette, mais a précisé qu'il n'existe pas de risque systémique de surendettement. Elle a précisé que les pays africains ont besoin de financer leur développement.

Yvette Reine Nzaba

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