Diaspora : les attentes des Congolais de l’étranger

Samedi 31 Août 2019 - 18:00

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Le rôle actuel de la diaspora de par le monde nécessite de jauger de temps en temps leur implication à leur pays d’origine. A l’occasion de la visite de travail du chef de l’Etat en France, les Dépêches de Brazzaville / Le Courrier de Kinshasa ouvrent leurs colonnes à trois personnalités : Agnès Ounounou, initiatrice du concept de la caravane des voix de la diaspora; Talia Loemba-Bouity, ancien étudiant installé en Italie, et Eric Moukouyou, membre de la sphère politique.

Agnès OunounouAgnès Ounounou

Je rentre de la 68e conférence annuelle des Nations unies sur la société civile qui s’est tenue à Salt Lake City, aux États-Unis, où il a été question de faire entendre les voix de la société civile pour le dérèglement climatique. S’exprimer sur les attentes de nos compatriotes à l’étranger est une opportunité formidable.

Depuis avril dernier, nous avons mis en place le concept de « la Caravane des voix de la Diaspora ». De Dakar à Rome en passant par Marrakech, les Congolais manifestent leur vive intention de s’impliquer au développement de leur pays d’origine.

Ils nous rappellent, à chaque escale, que leur aide à la famille via les transferts de fonds est certes nécessaire. A en croire les statistiques de la Banque mondiale, cette aide génère une masse importante de transactions au Congo. Mais pourtant celle-ci demeure insuffisante pour prétendre accéder à une véritable émergence telle qu’elle est prévue pour 2030 au niveau international.

Nous proposons de recenser nos compatriotes. Une fois structurée, la diaspora pourra être en mesure de créer des industries, des emplois. Le Congo a besoin de l’expertise de ses enfants à l’étranger, de leurs savoirs, savoir-faire, en un mot, de leurs efforts à l’implication patriotique au développement de la nation.

Talia Loemba-Bouity

Force nous est d’admettre que ce sont les hommes qui bâtissent une nation. Et un État, pour aller de l’avant, a besoin de tous ses enfants, dont la multitude et la complexité doivent être considérées comme représentant une véritable richesse. Or, ces enfants ne sont pas tous sur place. Rappelons que certains, comme nous, sont en Italie, à l’extérieur du territoire national et constituent ce que l’on appelle la diaspora.

Nombreux sont les pays qui ont su mettre à contribution leur diaspora afin d’embrasser l’émergence. J’évoque le cas de la Chine dont l’exemple est fécond. Il en est de même pour le Liban qui, après des années de guerre, a su compter sur sa diaspora, notamment celle installée en Afrique, pour se reconstruire.

Le Congo étant une entité plurielle, sa diaspora aussi ne peut être que plurielle. Ne pas le reconnaître est une erreur mais c’est malheureusement le cas. Car, quand on parle de diaspora, les yeux des Congolais s’orientent immédiatement vers Paris. C’est comme si la capitale française pouvait, à elle-seule, être représentative d’une communauté dissimulée pourtant un peu partout à travers le monde, avec des réalités qui diffèrent bien de celles de la France.Talia Loemba-Bouity

Chose curieuse, même nos décideurs commettent la même erreur lorsqu’il s’agit de parler des Congolais de l’extérieur. Il est donc temps que l’on comprenne qu’à part l’hexagone, des Congolais se sont établis aussi ailleurs, où ils représentent avec fierté leur pays et qu’ils peuvent tout autant avoir quelque chose à donner pour la bonne marche de la République, chose que l’initiatrice de ‘’La Caravane des Voix de la Diaspora’’ a bien comprise. Mais qu’en est-il de nos autorités?

De la même façon que l’on embellit l’atmosphère des affaires pour attirer les investisseurs et autres bailleurs de fonds, il est également important d’améliorer notre espace commun, le Congo, afin d’encourager ses enfants à repartir s’installer au pays. Dans le cas de la diaspora d’Italie, que je connais bien et pour laquelle j’ai été chargé de diriger certaines structures, cela serait une bonne chose. Puisqu’en majorité estudiantine, elle n’aspire qu’à une chose : terminer les études puis rentrer chez soi pour y mettre utilement à profit les compétences acquises.

Cela dit, une collaboration pourrait bien exister entre les entreprises italiennes installées au Congo et la représentation diplomatique congolaise en Italie, pour mettre en place un pont entre les étudiants et ces entreprises. Cela afin de faciliter, en toute logique, les recrutements de personnes compétentes, formées dans le pays d’origine de ces sociétés mais désireuses, une fois rentré au pays,  de travailler pour elles, plutôt que d’importer une main d’œuvre étrangère qui se révèle parfois bien plus coûteuse pour ces entreprises autant qu’inopportune pour le pays. Porter un regard sur nous devient essentiel.

Eric Dieudonné Moukouyou

A la veille du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, nous avons rejoint officiellement le cercle du paysage politique des Congolais de l’étranger avec la représentation du Front patriotique, parti fondé par Destinée Hermella Doukaga. Auprès de nos compatriotes, ensemble, en France et en Europe, nous comptons avec détermination impulser une politique basée sur l’esprit civique des citoyens.

Eric Dieudonné MoukouyouCe combat ne date pas d’aujourd’hui. Au sein de la communauté, les réflexions aux problèmes concrets ont déjà été menées. Je pense par exemple aux différentes associations de la diaspora qui,  de manière explicite, ont jeté les fondements des liens entre le Congo et les pays respectifs d’accueil. Désormais, grâce au parti, notre devoir est de porter ces voix, hier inaudibles, devant les institutions de la République, en respect des actes responsables et des valeurs partagées.

Cette articulation des droits et des devoirs ne sera possible que si nous, les citoyens à l’étranger, sommes respectueux de la République, si la République offre légitimement le cadre juridique en respect de la prise en compte de ses enfants. Nous nous réjouissons du fait que le président de la République, Denis Sassou N’Guesso, dans ses attentes à l’égard de la diaspora, a cette vue d’une « diaspora responsable ».

Marie Alfred Ngoma

Légendes et crédits photo : 

Photo 1 : Agnès Ounounou Photo 2 : Talia Loemba-Bouity Crédit photo : Enzo Rinaldo Photo 3 : Eric Dieudonné Moukouyou

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