Disparition : l’historien, poète-essayiste, Dominique Ngoïe-Ngalla est mort

Dimanche 18 Octobre 2020 - 20:15

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De sources concordantes, la sombre nouvelle annonçant le décès du professeur Dominique Ngoïe-Ngalla est tombée aux premières heures de dimanche 18 octobre. L’homme de lettres est décédé à l’âge de 77 ans, dans la nuit de samedi 17 au dimanche 18 octobre, à l’hôpital de Melun, dans le département de la Seine-et-Marne, en France, où il était admis pour des problèmes récurrents de santé.

Dominique Ngoïe-NgallaDominique Ngoïe-Ngalla, professeur d'histoire à l’Université Marien-Ngouabi de Brazzaville, était également poète et essayiste. Dans le paysage social congolais, il est apparu comme un intellectuel désintéressé et apolitique. De son regard distancié d’historien, il militait pour la coexistence de groupes ethniques au point de favoriser l'intégration nationale.

Dès les premières lignes consacrées à cet illustre personnage par Philippe Moukoko dans le Dictionnaire général du Congo-Brazzaville (2ème édition, 2019), on peut lire : "Historien, poète et essayiste, né à Kimvembé en 1943, au Congo".

Il était titulaire d’une thèse de doctorat de 3ème cycle (Bordeaux, 1970) et d’un doctorat d’État obtenu à la Sorbonne (Les sociétés et les civilisations de la vallée du Niari dans le complexe ethnique koongo, Paris 1, 1989).

Il a voué sa carrière à l’enseignement de l’histoire à l’Université de Brazzaville. Déjà rédacteur d’articles publiés dans plusieurs revues, il s’est affirmé comme poète dans les années 70. Ses œuvres poétiques (Poèmes rustiques, Les Mandouanes, Nouveaux poèmes rustiques) révèlent une âme sensible et restent marquées par la nostalgie de l’univers de son enfance, par son attachement à ses parents et à son terroir (Villages de la vallée du Niari).

Ce qui confère à cette poésie un aspect bucolique et impressionniste. Cette quête de soi apparaît comme un baume appliqué sur une conscience qui doute sans cesse de l’avenir (Enfance de Mpassi).

Ainsi, la musicalité des mots et le rêve lui servent de paravent, car il se définit lui-même comme un « gouverneur du nuage » ou, dans une formule heureuse, comme un « fiancé du rêve » (Poèmes rustiques).

Auteur d’une œuvre à tonalité générale intimiste, Dominique Ngoïe-Ngalla n’hésite toutefois pas à évoquer la misère humaine, dont les premières victimes sont des enfants : « Dans ma société désaccordée qui grince, Des comme toi il y en a deux sur trois/deux petits gars sur trois qui ont faim » (Mandouanes). Le nœud central de la poésie de Ngoïe Ngalla est la quête du bonheur de l’homme dans l’Histoire. Cette vision est très perceptible dans ses autres écrits en forme d’essai (Lettre à un étudiant africain, Lettre d’un pygmée à un Bantou, élégie d’arrière-pays) où le poète fait figure d’intellectuel anticonformiste.

Sous sa plume, le pygmée sort de sa torpeur équatoriale, de son état inférieur pour briser les idées reçues des Bantou et leur donner des conseils. Ces thèmes sont rendus intelligibles par un style qui se caractérise par des mots recherchés et par le recours constant aux inversions, le tout versé dans une vaste culture médiévale. « Par la recherche d’une paix intérieure, par son inspiration élégiaque, cette œuvre présente, comme le notent Arlette et Roger Chemain, un contraste avec une poésie nationale dans l’ensemble plus combative ». De cette œuvre poétique est sorti un très beau poème nostalgique, intitulé "Prière d’être enterré à Mandou".

Depuis les guerres civiles de 1993 et de 1997, les écrits de l’auteur, constitués essentiellement d’essais ou d’articles publiés dans La Semaine Africaine, traitent des problématiques liées à la résurgence des ethnies dans l’espace politique et aux freins de l’évolution politique africaine".

Prière pour être enterré à Mandou

Lorsque la nuit sera descendue
Sur ma paupière close à jamais
Et que ma carcasse humiliée
Demandera à retourner à ses origines,
Permets ô Dieu
Que je prenne mon repos parmi les ruines
De Mandou déserté par ses fils oublieux.
L’ouragan des passions ou l’effroi de la mort
Les dispersa par toute la terre
Où le soir, lorsque le cœur s’alourdit,
Ils se souviennent en pleurant.

Là couché sous un humble tumulus,
Comme tant d’autres fauchés,
Jeunes et vieux avant la funeste diaspora
J’attendrai l’heure du jugement.
Sur ce tertre sans gloire il n’y aura rien
Que de pauvres fleurs des champs
Et l’humble croix latine.
Et le passant avisant ce modeste mausolée
Lira avec un pleur au coin de son œil rougi :
Ici repose Dominique NGOIE-NGALLA
Un rien mandouan qui ne fit rien pour sa patrie
Si ce n’est qu’il l’aima avec piété,
La paix sur lui et qu’il dorme tranquille.

Marie Alfred Ngoma

Légendes et crédits photo : 

Photo : Dominique Ngoïe-Ngalla Crédit photo : Désiré Loutsono Kinzénguélé 2015/ Collectif Elili

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