Écoles publiques : 336 millions de dollars annuels pour résoudre l’équation de la gratuité de l’enseignement

Samedi 24 Août 2019 - 16:45

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Après l’annonce de la suppression de tous les frais qui étaient payés par les parents, l’État s’est par ailleurs porté garant dans la prise en charge de la prime des enseignants de Kinshasa et des provinces notamment par le réajustement de leurs salaires, de leurs indemnités de transports et de leurs logements.

On en sait un peu plus sur les contours de la gratuité de l’enseignement de base en RDC, une des promesses de campagne du chef de l’État, Félix Tshisekedi, dont il est sur le point de concrétiser. La deuxième table organisée à cet effet afin d’examiner, entre autres, le mode de financement de cette approche, a évalué à 336 millions de dollars par an le coût de cette opération qui sera totalement prise en charge par l’État congolais. Mensuellement, l’État devra débourser 28 millions de dollars pour se conformer aux prescrits de l’article 47 de la Constitution qui pose clairement le principe de la gratuité de l'enseignement de base.

Les travaux du Congo fleuve hôtel étaient de haute facture car ils ont permis de lever certaines équivoques en rapport avec la matérialisation de ce projet. Une chose est sûre, c’est qu’il s’agit là d’une option irréversible dont les premiers effets seront ressentis dès la rentrée scolaire de septembre 2019 dans les écoles publiques, à en croire le ministre intérimaire de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel, Emery Okundji. Il en ressort que l’État va prendre en charge tous les frais scolaires, mettant ainsi fin au phénomène de prise en charge des enseignants par les parents d’élèves, une pratique qui, durant trente ans, avait avili le système éducatif congolais. Plus concrètement, la gratuité de l’enseignement entraîne automatiquement la suppression des frais tels que le minerval, les assurances, les frais de fonctionnement, les épreuves, le bulletin et ceux d'identification des élèves qui étaient du ressort des parents. L’État s’est, par ailleurs, porté garant dans la prise en charge de la prime des enseignants de Kinshasa et des provinces  notamment par le réajustement de leurs salaires, de leurs indemnités de transports et de leurs logements. La finalité d’une telle approche, indique-t-on, est de mettre fin aux impaiements des enseignants ainsi qu’à l’afflux au sein de la corporation des non-mécanisés et de nouvelles unités.

Cependant, il y a des inquiétudes que n’arrêtent d’exprimer certains analystes qui estiment qu’on va un peu vite en besogne. Déjà, avec un État qui a difficile à se doter d’un budget conséquent à la hauteur de ses ambitions, la gratuité de l’enseignement avec tout ce qu’elle implique en termes de financement, paraît très fastidieuse et même trop prétentieux, estiment certains esprits. D’où la mise en garde d’un expert du secteur pour qui « la gratuité prônée par le chef de l’État n’est pas certes utopique, mais paraît difficile dans son application immédiate ». Il estime qu’il y a des conditions à remplir. « Il faut notamment un barème spécifique pour l’enseignant afin qu’il travaille dans des conditions normales et universellement reconnues », précise-t-il. Il s’interroge également sur la capacité d’absorption des écoles publiques à recevoir les élèves. Les chiffres officiels annoncent près de 5000 établissements scolaires sur toute l’étendue de la République. Ce qui paraît très peu par rapport à la masse d’enfants en âge de scolarité dont regorge le pays. D’après les chiffres du Partenariat mondial de l’éducation dans son rapport du mois de mai, la RDC compterait 3,5 millions, soit 26,7 % d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire, mais qui ne sont pas scolarisés. La RDC passe, selon la source, pour l’un des pays avec le plus grand nombre d’enfants non scolarisés. À ce sujet, le président Félix Tshisekedi a promu de construire et de réhabiliter près de cent cinquante écoles dans son programme de cent jours. Toute une gageure.      

 Ce qui est sûr est que les écoles publiques seront inondées dès la prochaine rentrée scolaire et le risque des tensions est déjà perceptible dans les établissements à faible capacité d’accueil. L’essentiel dans cette dynamique est de donner un signal fort en faveur de l'accès par tous à une éducation de base, gage pour le développement de la RDC qui a plus que besoin d’une jeunesse formée et instruite, pour se hisser au niveau des États modernes.  

Alain Diasso

Notification: 

Non