Enjeux de l’heure : la quête d’une nouvelle majorité parlementaire fait débat

Lundi 26 Octobre 2020 - 17:54

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« Union sacrée ». Le concept lancé par Félix-Antoine Tshisekedi, en marge de son message à la nation du vendredi 23 octobre, continue à faire son bonhomme de chemin. L’idée qui transparaît derrière dissimule mal l’intention du chef de l’Etat de reconfigurer l’Assemblée nationale qui, dans son format actuel, constitue un écueil dans la réalisation du programme sur la base duquel il avait été élu.

 L'Assemblée nationale, estampillée majoritairement Front commun pour le Congo (FCC), ne lui facilite guère la tâche en plus du fait que ce regroupement politique compte dans ses rangs un Premier ministre constamment en porte-à-faux avec le chef de l’Etat sur plusieurs dossiers liés à la gestion du pays. Or, justement, le premier acte dans la quête d’une nouvelle majorité parlementaire pro Fatshi devra consister à contraindre le Premier ministre, sylvestre Ilunkamba, à la démission. Le fait de n’avoir pas constitutionnellement la mainmise sur ce dernier qui est l’émanation de la majorité FCC requiert, pour Félix Tshisekedi, l’obtention du quitus de l’autorité morale du FCC. Une démarche à laquelle n’adhèrent pas ses thuriféraires qui ne jurent que par la fin illico presto de la coalition FCC-Cach.

 Pour Félix Tshisekedi qui sait que les jours lui sont désormais comptés, ses deux premières années de mandat ayant plus consisté à gérer des crises récurrentes au sein de la coalition au pouvoir, l’heure est venue de se débarrasser d’un partenaire politique devenu de plus en plus encombrant. « Plus question d’avoir deux pilotes dans l’avion », susurre-t-on dans les milieux présidentiels. Ceux qui, à l’époque, avaient émis des réserves sur l’accord FCC-Cach croient avoir de bonnes raisons aujourd’hui de militer en faveur de sa disparition. Plusieurs cadres du Cach ne cachent plus leur désappointement face à la rébellion devenue chronique de certains membres du gouvernement membres du FCC qui continuent à faire allégeance à leur autorité morale, faisant fi du leadership incarné par le successeur de Joseph Kabila.

C’est aux fins de se donner les moyens de sa politique en composant avec des membres du gouvernement adhérant à sa vision que Félix Tshisekedi tient à recadrer l’action gouvernementale. Cela passe inévitablement par l’avènement au sein de l’exécutif national de nouvelles têtes, ou mieux des patriotes qui aiment leur pays et qui ne se laissent guider que par leur passion pour le Congo. Félix Tshisekedi entend donc ratisser large en allant au-delà de son camp politique, le Cap pour le changement (Cach) qui, en tout et pour tout, ne compte que quarante-sept députés à l’hémicycle.

Pour espérer renverser la donne et s’offrir une nouvelle majorité, il devra faire contre mauvaise fortune bon cœur en approchant l’opposition de Lamuka dont les cadres sont apparemment partants pour soutenir l’avènement de la fameuse « Union sacrée » de la République. « Je pense que M. Félix Tshisekedi pour consulter les forces politiques majeures, principalement Lamuka qui constitue la véritable majorité populaire, aurait dû désigner un médiateur beaucoup plus neutre qui allait écouter tous les leaders de Lamuka et entendre leurs positions », a déclaré Steve Kivwata, porte-parole du Parti nouvel élan d'Adolphe Muzito. En attendant la déclaration officielle d’Ensemble pour le changement de Moïse Katumbi, quelques indiscrétions laissent entendre que ce regroupement politique n'hésitera pas à participer à un quelconque dialogue pour le bien-être de la nation, mais demande au président de la République et à l'UDPS d'être sincères.

Il est clair que si Félix Tshisekedi parvient à fédérer toute l’opposition autour de l'hémicycle cessera d’être une simple vue de l’esprit. Cela ne suffira pas puisqu’il faudrait également compter sur des députés FCC indécis et en rupture de ban avec leur plate-forme. Et pour boucler la boucle de ce schéma idyllique, Félix Tshisekedi pourrait également miser sur le Palu en ralliant à sa cause ce qu’il en reste après la disparition du patriarche Antoine Gizenga.

A tout prendre, ce ne sont que des simples projections qui peuvent toujours être contredites dans les faits. Toujours est-il que Joseph Kabila tient encore le bon bout avec ses trois cent quarante-cinq députés qui, vus de loin, semblent constituer un bloc compact autour de sa personne. Il appartiendra à Félix Tshisekedi d’user de tact et de stratégie pour espérer casser ce mur de glace qu’est le FCC qui, depuis l’annonce des consultations,s’est mis à resserrer ses rangs, question de parer à toute éventualité, surtout qu'entre-temps  le Premier ministre, Sylvestre Ilunkamba, n’est pas prêt à rendre le tablier…

Alain Diasso

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