Enjeux de l’heure : le secteur politique en ébullition

Jeudi 28 Mai 2020 - 15:50

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Les institutions de la République et les partis politiques subissent de plein fouet les effets du changement intervenu au sommet de l’Etat en janvier 2019.  

Au lendemain de l’installation des institutions de la République, nul n’aurait prévu le scénario actuel en République démocratique du Congo (RDC).  La classe politique congolaise est en totale ébullition marquée par des crises au sein des institutions et dans les différents partis politiques de l’opposition et de la majorité. Les alliés au sein de la coalition au pouvoir ne sont nullement pas en sécurité au regard des multiples requêtes et autres procédures judiciaires initiées contre eux.  La crise est tellement profonde que même les serviteurs de Dieu, devant jouer le rôle des médiateurs, ne résiste à ses effets néfastes. La politique vole la vedette à la pandémie de covid-19.

La passation pacifique de pouvoir entre l’ancien président Joseph Kabila et son successeur Félix Tshisekedi Tshilombo a finalement donné des effets inattendus surtout au niveau de la séparation des pouvoirs entre exécutif, législatif et judiciaire. Le procès Kamerhe et tant d’autres actions judiciaires en cours en sont, pour certains, une preuve intangible. Jamais auparavant on aurait rêvé un tel schéma en RDC.

D’un procès à un autre

Le procès de l’ancien chef de cabinet du chef de l’Etat se déroule sans aucune incidence immédiate sur l’alliance entre l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), parti cher au président Tshisekedi, et l’Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe. La coalition dite Cap pour le changement (Cach) n’a jamais été ebranlée pour autant que les ministres, au sein du gouvernement et les membres UNC au cabinet du président de la République, n’ont jamais été inquiétés.

Alors même que s’estompait la crise entre le président de la République et le président du Sénat, Alexis Thambwe Mwamba, autour de la régularité ou non de l’instauration de l’Etat d’urgence, les deux chambres du Parlement ont été secouées par des nouvelles affaires visant respectivement le président du Sénat et le 1er vice-président de l’Assemblée nationale, Jean-Marc Kabund. Si les sénateurs n’ont pas accédé à la demande du procureur sur la levée de l’immunité du président de la chambre haute, du coté de l’Assemblée nationale, les choses se sont plutôt précipitées pour la déchéance de Jean-Marc Kabund.

Les échauffourées enregistrées entre la police et les manifestants pro-Kabund, notamment à Mbuji Mayi et à Lubumbashi le mardi 26 mai, sont à la fois l’expression d’un malaise interne à l’UDPS et l’exaspération des groupes opposés à la coalition Front commun pour le Congo (FCC) et Cach. La destitution de Jean-Marc Kabund est surtout l’aboutissement d’une démarche d’un élu du Mouvement de libération du Congo, parti cher à Jean-Pierre Bemba Gombo.

Des gagnants et des perdants

Le jugement récemment rendu en faveur de Bahati Lukwebo sur l’affaire AFDC  (Alliance des Forces démocratiques pour le changement) ainsi que l’implication des certains ministres dans des dossiers judiciaires brulants ne laissent pas l’ombre du doute sur l’avènement d’un nouveau gouvernement et peut-être la renégociation des alliances politiques. Tous ces événements devraient avoir une incidence sur le partage des entreprises publiques dont la question a été momentanément éludée au profit de la riposte à la pandémie de Covid-19.

Les multiples décès autour du chef de l’Etat, l’arrestation du pasteur Pascal Mukuna s’ajoutent à la liste des questions qui font débat au sein de la classe politique congolaise. D’autres questions essentiellement politiques telles que l’organisation des élections locales, la présentation du rapport de la Commission électorale nationale indépendante et l’installation d’un nouveau leadership à la tête de ladite commission présagent un décofinement totalement mouvementé avec en perspective des changements profonds dans la configuration politique congolaise. Pour l’heure en RDC, ces questions politiques volent la vedette à la pandemie de covid-19 et ses conséquences sur l’économie. A plusieurs reprises, elles ont été à la base de la violation des décisions du chef de l’Etat concernant notamment la distanciation physique et les rassemblements de plus de vingt personnes. 

Jeannot Kayuba

Légendes et crédits photo : 

Le Parlement congolais, l'une des institutions concernées par la crise politique

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