Hommage : un quart de siècle déjà depuis la mort de Sony Labou Tansi

Lundi 15 Juin 2020 - 13:22

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Il est mort le 14 juin 1995 à Brazzaville. Le 14 juin 2020, vingt-cinq après, l’ensemble de l’œuvre de Sony Labou Tansi fascine encore dans le milieu littéraire. Céline Gahunga, dans son ouvrage, s’interrogeait encore : Qui est Sony Labou Tansi ?

Dans Naissance d’un écrivain de Céline Gahunga, paru à Planète Libre / CNRS Éditions, Sony Labou Tansi est celui que l’on considère aujourd’hui comme l’un des plus grands auteurs africains d’expression française mais il n’y est pas parvenu en un jour. Il lui a fallu s’imaginer, se fabriquer, se faire connaître et reconnaître par un Congo en proie aux convulsions de l’Histoire.

Pour l’auteure, tout s’est décidé pour lui à la fin des années 1960, quand son goût de l’expérience créatrice s’est transformé en un besoin, toujours plus impérieux, de construire son propre univers, dense et homogène. L’anonyme Marcel Ntsoni invente la figure flamboyante de Sony Labou Tansi, écrivain explosif qui, en marge de l’ordre littéraire, ne craint rien ni personne, dans son projet hyperbolique de fonder une nouvelle littérature. Entre les coups d’État et les fièvres révolutionnaires, le Congo a beau traverser des tempêtes, l’apprenti grand écrivain ne désarme pas. La société devient paroxystique ? À l’écriture d’aller plus loin encore en lui administrant son paroxysme à elle, jusqu’à faire voler en éclats ses normes et ses institutions.

« Vivre l’écriture comme le seul absolu, au-delà des tabous, telle est l’expérience hors-norme sur laquelle Sony Labou Tansi cherche à édifier la destinée qu’il s’est choisie : devenir écrivain, au sens radical du terme, c’est-à-dire démiurge », admet-elle.

Professeur de littératures française et francophone à l'université Sorbonne, Xavier Garnier s’interroge : Sony Labou Tansi est-il un écrivain hors-champ ?

Il répond en constatant qu’une grande partie de l’œuvre de Sony Labou Tansi, considéré comme un des plus grands écrivains africains, reste encore inédite. La circulation invisible des textes de Sony dans un cercle sans cesse grandissant d’amis et de correspondants était, du vivant de l’auteur, un élément essentiel de la dynamique d’une œuvre qui refusait de se laisser enfermer dans un champ spécifique et oscillait entre le littéraire, le religieux et le politique. C’est à partir d’une fascination pour la pratique scripturaire que se déploie cette œuvre qui s’écrit depuis l’expérience douloureuse d’une crise du social dans le Congo postcolonial.

A propos de sa technique pour écrire Sony Labou Tansi répondait : « Je me suis choisi quelque chose qui m’aide beaucoup, c’est-à-dire que j’écris sur les cahiers d’écolier. Des cahiers comme vous en voyez là, en face de vous, des cahiers de 300 pages. Généralement, je les remplis de bout en bout et quand c’est fini, je recommence, je reprends la même histoire, je la raconte différemment mais sur un autre cahier » (Labou Tansi et Singou-Basseha 2003 : 34).

L’évocation de son souvenir, c’est également l’hommage d’Emmanuel Dongala dont le témoignage écrit qu’il avait fait parvenir a été lu par l’influenceur Rudy Malonga le 14 juin 2013 à Paris, à la Librairie galerie Congo, lors de la rencontre-Hommage à Sony Labou Tansi :

"(...) Puis vint Sony Labou Tansi, avec sa Vie et demie, publié en 1979. Ce fût un ovni qui déboula d’on ne sait où, dans un tourbillon de mots d’éclairs et de foudre qui transforma à jamais cette littérature dans la forme et le fond. Ceux qui le découvrent aujourd’hui peuvent difficilement appréhender l’impact qu’eut ce livre. Il a libéré les écrivains africains en leur montrant qu’un créateur avait droit à toutes les audaces.

Comme un météore qui traverse le ciel en l’illuminant, Sony n’a pas vécu longtemps. Il est mort en 1995, à quarante-huit ans. Et pourtant, il était déjà connu et reconnu par les plus grands et Wole Soyinka voyait en lui le potentiel d’un futur prix Nobel (..)".

Marie Alfred Ngoma

Légendes et crédits photo : 

Jean-Aimé Dibakana, Rudy-Pamphile Malonga et Sami Tchak à la Librairie-galerie Congo (©ADIAC)

Notification: 

Non