Infrastructures : la catastrophe du pont Kasaï met en cause la gestion des ouvrages stratégiques

Mardi 27 Octobre 2020 - 18:31

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Son écroulement spectaculaire le 23 octobre à la suite du passage de deux véhicules totalisant un poids quatre fois supérieur à la capacité maximale autorisée continue de susciter d’intenses réactions à travers le pays.

Si le chef de l’exécutif provincial a exigé le 27 octobre l’ouverture d’une enquête plus poussée, les premiers renseignements indiquent déjà l’indiscipline et la défaillance des services. Pour de nombreux analystes, ce genre de drame pourrait très bien se reproduire sur la quasi-totalité de nos ponts à Kinshasa comme à l’intérieur du pays. La journée du 23 octobre restera marquée à jamais dans l’esprit des usagers du pont jeté sur la rivière Kasaï, située dans la province du même nom. Du côté du gouvernorat de province, l’on parle d’une catastrophe pour la ville de Tshikapa et toute la province du Kasaï en raison de l’intérêt stratégique du pont pour la circulation par voie routière des personnes et des biens entre plusieurs provinces du centre du pays et la ville de Kinshasa, le principal point d’approvisionnement. Même si aucune plainte de disparition n’a été enregistrée, du moins à ce jour,  il s’agit tout de même de l’effondrement du principal point de jonction entre l’est et l’ouest de la RDC. Par ailleurs, les dégâts sont incommensurables : plus de cent mille ménages sont privés actuellement d’eau potable sur la colline de Kele à cause de la coupure des tuyaux de distribution d’eau de la Régideso.

Quant aux causes, l’enquête en cours devrait apporter plus de lumière, a-t-on appris. Déjà, les témoins pointent du doigt l’indiscipline et la défaillance des services qui gèrent le pont. En effet, ces derniers ont autorisé le passage simultané de deux véhicules faisant un total de plus de 60 tonnes alors que le poids maximal autorisé est de 15 tonnes. Les investigations conduiront certainement à des sanctions à l’encontre des responsables de ce drame qui risque bien d’asphyxier économiquement la province et d’affecter gravement le social des habitants. Mais cette enquête permettra aussi de déterminer les passants pris en flagrant délit de traversée ainsi que le nombre de piétons sur le pont à l’heure du drame. Pour le moment, nous le disions, la province ne pleure aucun mort. Toutefois, plusieurs personnes se trouvaient bien sur le pont au moment de son effondrement, mais elles ont pu être repêchées des eaux. Beaucoup parmi elles sont en état de choc.  

Après le drame, l’heure est bien entendu au questionnement. Dans plusieurs villes du pays dont Kinshasa, l’on s’interroge sur les conséquences humaines de l’effondrement d’un pont, surtout dans les quartiers populaires. Beaucoup d’analystes prennent en exemple le pont de Pompage qui accueille actuellement tout le trafic routier du quartier à la suite des travaux en cours dans les routes secondaires. « On ne sait pas déterminer le nombre de piétons, de camions, de voitures et de motos qui traversent simultanément ce pont. Le plus grave est la constitution d’un parking de fortune sur le pont, en complicité d’ailleurs avec la police routière », explique un habitant sous couvert de l’anonymat. Pour lui, « si un tel drame se produit à Pompage, il y aurait des morts par centaine. Mais l’autorité ne réalise pas toujours que la politique préventive existe ». Nous y reviendrons.

Laurent Essolomwa

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