Interview. Celpa Diakiese : « La femme doit se lever pour faire ses preuves »

Lundi 7 Octobre 2019 - 18:15

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Faire ses preuves pour faire taire les stéréotypes sur les « ProfessionnElles dans l’industrie musicale », c’est la conviction qu’a partagée au Courrier de Kinshasa la manager de la chanteuse Licelv Mauwa. C'était l’une de ces dames œuvrant dans le secteur de la chanson congolaise que l’on avait eu du plaisir à entendre livrer son expérience, le 20 septembre, au côté de Ninita et Christelle Mangaya dans le cadre de la keynote organisée par l’African music forum (AMF), à l’Institut français.

 

Celpa Diakiese partageant son expérience lors de la keynote de l’AMFLe Courrier de Kinshasa (L.C.K.) : Comment pourrait-on vous présenter à nos lecteurs  ?

Celpa Diakiese (C.D.) : Je suis Celpa Diakiese, jeune entrepreneure congolaise, consultante en stratégie et innovation dans le secteur de la culture mais je touche aussi un peu au management musical et à la production de spectacles. Dans un autre registre, je suis spécialiste en responsabilité sociétale des entreprises.

L.C.K. : Comme une des « ProfessionnElles dans l’industrie musicale », qu’aviez-vous d’intéressant à partager à la keynote ?

C.D. : Nous avons parlé des parcours des femmes et des défis liés au genre dans le secteur musical. Nous avons essayé de voir ensemble qu’elles pourraient être les solutions pour relever la pente face à la faible représentativité de la femme dans ce secteur.  

L.C.K. : Qu’en est-il de votre parcours personnel ?

C.D. : J’ai fait mes premiers pas dans le management musical en 2010. À l’époque, j’étais encore étudiante en communication sociale à l’Université Catholique au Congo. C’est en 2014 que je me suis lancée professionnellement, j’accompagnais la chanteuse Licelv Mauwa. Alors même que je commençais cette aventure, nous remportions un concours musical, ce qui nous a permis de nous lancer dans cette carrrière.

L.C.K. : De 2014 à ce jour, quels ont été vos défis majeurs ?

C.D. : De prime abord, dans mon cas, j’aimerai souligner que je préfère plus me positionner en tant que « professionnel » de l’industrie musicale qu’en tant que femme. Car, à mon avis, c’est plutôt une question de compétence que de sexe. Et donc, les défis restent les mêmes dans l’industrie musicale comme partout ailleurs : tous ces clichés, stéréotypes que l’on colle à la femme. Elle doit juste se lever et faire ses preuves, il n’y a pas de compétition mais il lui faut quitter ce stade de clichés et se lancer en professionnelle. Puis, comme toute personne, tout jeune acteur ou entrepreneur dans ce secteur, on se lance, on crée de nouveaux modèles économiques. Dans mon cas, j’ai accompagné mon artiste dans différents marchés mais au départ de Kinshasa, j’avais entendu dire, lors d’ateliers de renforcement de capacités et j’avais lu qu’il existait des éditeurs, des producteurs et distributeurs, je ne palpais pas cette réalité-là. Je ne la voyais pas, sauf peut-être juste dans le contexte de la rumba ou celui des artistes très connus. Cependant, j’étais avec une artiste en première phase de développement et donc, je n’entrais pas en contact avec ces acteurs-là. Je me suis donc lancée sur la voie des marchés pour construire un réseau, chercher ces professionnels qui pourraient accompagner ce projet que j’étais en train de développer. Concrètement, de 2014 à 2019, je suis toujours en phase de développement. Un projet ne se développe pas en un an ou deux. C’est vrai que l’on n’est pas encore arrivée au niveau où l’on espère parvenir, mais je pense que l’on a déjà quitté l’étape où l’on était hier.

L.C.K. : D’aucuns disent que les caprices d’artistes féminins sont plus difficiles à gérer que ceux de leurs collègues masculins, qu’en est-il de votre expérience  ?

C.D. : Voilà encore un stéréotype ! C’est ce que je venais de dire (rires). C’est vraiment un cliché parce que rien ne permet de confirmer ce genre de chose. Il peut arriver que l’on soit face à une artiste difficile mais il n’est pas exclu qu’un artiste manifeste les mêmes traits de caractère. Ce n’est pas juste une question de femme et d’homme.

L.C.K. : Quelle aura été votre meilleure expérience en cinq ans ?

C.D. : Notre passage au Marché des arts du spectacle africain, le Masa 2018. C’est vrai que nous avions déjà pris part à des salons professionnels mais c’était la première fois que nous ayons un lot très important de professionnels en face de nous. C’était très poignant, quelque chose qui a joué un rôle majeur dans la suite de notre travail. Le Visa for Music à Rabat nous a aussi donné l’occasion de rencontrer des professionnels. C’était une belle opportunité car j’avoue que l’on improvise beaucoup dans le contexte de notre milieu congolais : pas d’éditeur ou de producteur, ou s’il y en a, il ne veut pas investir dans un projet en première phase de développement. Du coup, c’est compliqué, l’on se retrouve pratiquement seule à tout faire. L’on ne s’en plaint pas mais lorsque l’on a l’intention de vendre, c’est évident que l’on se mette sur le marché. Donc il faut trouver des professionnels et c’est d’autant plus important pour nous qui avons opté pour des stratégies B2B. Les festivals sont des occasions offertes pour rencontrer ces professionnels que nous n'avons pas au pays quoique nous encouragions l’AMF qui s’engage à relever ce défi. Ce sont des opportunités où nous pouvons envisager des processus pour conclure des vrais contrats d’affaires. C’est un bon coup de pouce pour notre carrière.  

L.C.K. : Quelles sont les retombées actuelles de ces rencontres internationales  ?

C.D. : Nous vivons de la musique, certes pas à cent pour cent, mais c’est une profession qui promet. C’est le plus important. En passant, mon artiste et moi étions des employées dans des entreprises de la place d’où nous avons démissionné pour nous lancer dans la carrière musicale. Il a fallu de l’organisation pour y parvenir. Du moment que c’est déjà notre gagne-pain et que l’on peut aspirer à plus, nous sommes dans un processus, le premier pas est posé, je crois que l’on va y arriver. Ça promet !

 

Propos recueillis par Nioni Masela

Légendes et crédits photo : 

Photo 1 : Celpa Diakiese partageant son expérience lors de la keynote de l’AMF Photo 2 : Les « ProfessionnElles dans l’industrie musicale » Christelle Mangaya, Ninita et Celpa Diakiese face au public à la keynote

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