Interview. Christine Pigeyre: « Notre objectif est d’être au plus près de l’actualité du cinéma dans le monde »

Mardi 16 Avril 2019 - 13:30

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Prélude à l’ouverture, ce mercredi à Brazzaville, de la salle de cinéma Canal Olympia, la présidente directrice général de cette structure dédiée à promouvoir le 7ème art, Christine Pigeyre, évoque ses motivations et aspirations visant à étendre le réseau cinématographique en Afrique.

Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.): Comment est née l'idée d'instaurer un réseau du septième art et de spectacles en Afrique ?

Christine Pigeyre (C.P.): L’idée d’un réseau de salles de cinéma et de spectacles est née d’un constat, doublé d’une opportunité. La plupart des salles de cinéma qui existaient dans les pays d’Afrique francophone ont disparu dans les années 1980. Toute une génération n’a jamais connu l’expérience très particulière d’une projection sur grand écran dans une salle spécialement adaptée. Par ailleurs, une importante classe moyenne se développe rapidement dans de nombreux pays africains, avide en particulier de divertissements et d’infrastructures culturelles.

Les différentes entités des groupes Vivendi (Canal+ et Havas notamment) et Bolloré étant présentes depuis longtemps en Afrique, ce continent est un territoire naturel d’investissements et de développement.

L.D.B. : Quelle est la cartographie actuelle de votre déploiement à travers le continent africain ?

C.P. : Le réseau CanalOlympia compte aujourd’hui onze salles en exploitation, dans huit pays, et la toute nouvelle salle CanalOlympia Poto-Poto qui ouvre ses portes cette semaine à Brazzaville sera donc la douzième du réseau. Notre déploiement s’avère très efficace puisque la première salle a été ouverte, pour mémoire, il y a à peine deux ans. Nous comptons ouvrir une petite dizaine de salles supplémentaires cette année en Afrique tant francophone qu’anglophone.

L.D.B. Vous êtes dans la posture de reconquête d'une population pour laquelle en partie le cinéma est une découverte. Comment décidez-vous de la programmation ?

C.P. : Tout à fait, nous avons un public, qui n’a pas nécessairement connu d’expérience cinématographique, à séduire et à conquérir. Ce public est très connecté et ouvert sur le monde, et donc parfaitement au courant de l’actualité, des stars, des grands événements et des sorties. Nos deux années d’exploitation nous ont permis d’affiner notre connaissance des goûts de nos clients. Nous sommes en permanence à leur écoute, grâce à nos équipes locales et à nos outils de communication digitaux. Notre mode de fonctionnement nous permet de réagir et d’ajuster notre programmation lorsque cela s’avère pertinent.

Les line-up des principaux distributeurs européens, américains et africains avec lesquels nous travaillons nous permettent de composer une programmation riche et diversifiée. L’objectif est d’être toujours au plus près, d’une part, de l’actualité du cinéma dans le monde grâce aux sorties simultanées et, d’autre part, des attentes de nos publics.

L.D.B. Le football est le sport le plus populaire en Afrique. Que pensez-vous de l'attrait du cinéma dans cet espace ?

C.P.: Le football est populaire dans le monde entier, et dans le monde entier le cinéma attire son public ! Ce ne sont pas des activités qui s’opposent ou qui sont antinomiques. D’ailleurs, les salles CanalOlympia sont conçues pour que le public puisse vibrer aussi bien devant les Avengers que devant la revanche du PSG. La modularité et la polyvalence sont au cœur même du concept des salles. Elles ont accueilli plus de deux cent cinquante événements l’année dernière, en parallèle d’une activité cinéma soutenue avec dix-neuf séances par semaine, six jours sur sept. Parmi ces événements, des concerts, des conférences de presse, des projections privées mais aussi des retransmissions de compétitions sportives.

D’ailleurs, nous misons également sur l’engouement de nos publics pour le sport avec nos collègues de Vivendi sports. La deuxième édition du Tour de l’Espoir, une course cycliste internationale pour les jeunes espoirs, a eu lieu en février dernier au Cameroun. Cette compétition a rassemblé des milliers de personnes tout au long du parcours en cinq étapes, sans parler des milliers d’autres ayant assisté au concert 237 United, produit par Universal Music Africa, avec des artistes à la fois francophones et anglophones sur les scènes CanalOlympia à Yaoundé et Douala.

L.D.B. : Dans le cadre de la transmission des savoirs et savoir-faire, avez-vous prévu des formations ?

C.P.: Au niveau de CanalOlympia, lorsque nous créons une salle, nous recrutons localement à tous les postes. De la responsabilité de la salle à la projection, en passant par l’accueil et les caisses. Nous recrutons le personnel et le formons à ces nouveaux métiers. Il est à noter également que deux de nos projectionnistes sont devenus des référents techniques à l’échelle du réseau et ont, à ce titre, suivi une formation certifiante menée par l’équipementier cinématographique leader dans le monde.

Par ailleurs, nos équipes désormais expérimentées accueillent des visites d’écoles et de lycées pour leur présenter la salle, son fonctionnement, ses équipements et son positionnement en matière d’environnement. Le réseau CanalOlympia est, en effet, le premier réseau de salles de cinéma « vert » au monde, puisqu’elles sont totalement autonomes en énergie grâce aux panneaux solaires et batteries BlueSolution du groupe Bolloré. Autre exemple, dans le cadre d’un accord avec l’organisme de la cinématographie guinéen, notre projectionniste forme des étudiants en cinéma aux techniques de projection.

La transmission des savoirs et savoir-faire est très fortement ancrée dans les habitudes et pratiques du groupe Vivendi. Sur le continent, le programme de solidarité Vivendi Create Joy soutient des actions de formation professionnelle liées aux activités du groupe : de la musique au cinéma, en passant par l’humour, le journalisme ou la création de contenus numériques.

 

 

 

 

 

Propos recueillis par Marie-Alfred Ngoma

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