Interview: Ivica Todorov a lancé la carrière de Mohamed Salah

Samedi 23 Juin 2018 - 12:33

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L’ancien sélectionneur des Diables rouges du Congo (2008-2009) raconte comment il a lancé, en 2010, le meilleur joueur africain du moment : Mohamed Salah. Il revient aussi sur Steven Nzonzi, qu’il avait « dragué » lorsqu’il entraînait les Diables rouges et livre un petit pronostic du cœur sur ce Mondial.

Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : M. Todorov, lundi, l’Arabie saoudite et l’Egypte, deux pays dans lesquels vous avez entraîné (Ndlr: Al Shabab Ryad en 2000-2001 et Arab Contractors en 2010-2011), s’affrontent lors de la 3e journée de poules. Comment expliquez-vous leur élimination précoce ?

Ivica Todorov (I.T.) : Dans le cas de l’Egypte, qui est sans contestation un grand pays de football, la révolution de 2011a marqué un coup d’arrêt pour le football, puisque le championnat a été interrompu durant deux saisons. Et on sait tous que le football égyptien a toujours puisé sa force dans ses clubs, qui sont parmi les meilleurs du continent. Alors que les formations locales étaient très structurées, avec des publics fidèles, les événements de 2011 ont entraîné une instabilité économique qui a fragilisé l’ensemble du football égyptien. Malgré cela, les Pharaons sont parvenus à se qualifier pour le Mondial pour la première fois depuis 1990. C’est, d’ailleurs, assez contradictoire car, de belles générations comme celle qui a remporté trois Coupes d'Afrique des nations (CAN) dans les années 2000 (NDLR : 2006, 2008 et 2010) n’y étaient pas parvenues.

L.D.B. : L’artisan numéro 1 de cette qualification est Mohamed Sala, que vous avez entraîné à ses débuts en Egypte...

I.T. : J’ai effectivement entraîné deux joueurs de cette équipe d’Egypte, Elneny et Salah, lors de mon passage chez les Arab Contractors (novembre 2010-avril 2011). J’ai rapidement vu que je devais insuffler du sang neuf dans l’effectif professionnel, donc je me suis intéressé à l’équipe réserve. J’y ai remarqué un jeune joueur qui était seulement remplaçant, mais dont le potentiel m’a sauté aux yeux instantanément : Mohamed Salah. L’entraîneur de la réserve m’a dit à son propos : « Il a les muscles trop courts, il est trop souvent blessé ». Pour moi, il avait tout, je l’ai convoqué à l’entraînement et le match suivant, il marquait un but à la « Maradona » contre Al-Alhy. Un premier but qui a lancé sa carrière professionnelle. Malheureusement, quelques mois après, j’ai quitté l’Egypte après le début de la révolution de 2011. Mais j’ai été heureux de lire, il y a un an ou deux, son interview dans "France Football", dans laquelle il me remerciait d’avoir lancé sa carrière, alors que personne ne croyait en lui en Egypte.

L.D.B. : Un autre joueur que vous avez croisé dispute ce Mondial : Steven Nzonzi. Vous étiez alors sélectionneur des Diables rouges …

I.T. : Oui, c’était il y a dix ans et j’étais allé le voir à Amiens, où il débutait. Il était remplaçant, mais en vingt-cinq minutes de jeu, j’ai vu qu’il avait un gros potentiel. Sa présence en Russie et sa carrière l’ont confirmé. Je suis content pour lui qu’il soit en Russie, il le mérite. Mais à l’époque, j’avais regretté son refus. Je me souviens que son père voulait qu’il vienne jouer pour les Diables rouges, mais que Steven, qui avait déjà porté le maillot bleu en équipes de jeunes, croyait en ses chances en équipe de France.

L.D.B. : Cette équipe du Congo, vous continuez de suivre ses résultats ?

I.T. : Bien sûr. Une partie de la génération qui a disputé la CAN 2015 a fait ses débuts en sélection nationale sous mes ordres : Douniama, Ndinga, Oniangué, Francis Nganga. A l’époque, personne ne croyait en Ladislas Douniama, qui a remporté la Coupe de France et signé des beaux contrats à Lorient et Guingamp. Comme j’avais un vivier de joueurs moins important qu’aujourd’hui, donc je suis allé chercher des jeunes comme Ndinga et Oniangué, qui étaient en réserves d’Auxerre et de Rennes. Même si j’ai toujours eu un sentiment d’inachevé, avec l’élimination au Soudan, je garde un beau souvenir de mon passage au Congo et j’espère que cette génération aura l’occasion de revivre une CAN pour terminer son cycle en beauté.

L.D.B. : Pour conclure, qui voyez-vous remporter cette Coupe du monde ?

I.T. : C’est un peu tôt pour le dire car, malgré les contre-performances des premiers matchs, les favoris ont encore toutes leurs chances. Ceci-dit, je pense que la Croatie peut créer la surprise. Le duo Modric-Rakitic n’a pas d’équivalent. Sportivement et sentimentalement car, la Croatie est issue de mon pays, l’ex-Yougoslavie, j’aimerais les voir aller au bout. Et je ne peux m’empêcher de penser à ce que serait justement l’équipe de Yougoslavie quand on voit la qualité des Croates, de la Serbie, mais aussi des Suisses Shaqiri et Xhaka, les Australiens Juric et Rogic… Je crois que nous aurions fait un beau champion du monde.

 

 

Propos recueillis par Camille Delourme

Légendes et crédits photo : 

Ivica Todorov, ici à la tribune lors de la demi-finale des Jeux de la Francophonie 2013, à Nice, évoque pèle-mêle Salah, l'Egypte, Nzonzi, le Congo et la Croatie (Adiac/CD) Mohamed Salah, sous le maillot des Arab Contractors, a vu sa carrière s'envoler sous la direction d'Ivica Todorov (DR)

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