Interview. Nathasha Pemba : « Il faut penser le futur de telle sorte que l’humanité soit préservée et l’humain soit toujours privilégié »

Vendredi 4 Septembre 2020 - 12:49

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Pénélope-Nathasha Mavoungou-Pemba, plus connue sous son nom de plume Nathasha Pemba, est une figure émergente de la littérature congolaise féminine. Née à Pointe-Noire, elle réside actuellement à Québec (Canada).

Les Dépêches du Bassin du Congo ( L.D.B.C): Nathasha Pemba, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Nathasha Pemba (N.P) : Je suis docteure en philosophie de l’Université Laval au Canada et de l’Institut Catholique de Toulouse en France. Et titulaire de deux Masters, le premier en Éthiques appliquées et le deuxième en Sciences politiques (spécialité politique et sécurité). J’ai en effet enseigné la philosophie.

Mais actuellement je suis chercheure à l’Université Laval au Canada et je travaille sur la question du vivre-ensemble dans les écrits de Marie Gérin-Lajoie, une pionnière de l’action sociale au Québec. J’enseigne également l’Éthique des affaires et le développement durable (cours à distance) à l’École africaine de développement de Pointe-Noire.

J’ai à mon actif plusieurs articles scientifiques dans mon domaine. Mes recherches portent sur les domaines suivants : Philosophie politique, Genre et féminisme, Politiques publiques de sécurité et Christianisme social.

Et comme écrivaine, je suis auteure d’un essai philosophique « La place du corps dans l’amitié » et de deux recueils de nouvelles « Polygamiques » et « Les passants de Québec ». Dans mes moments libres je fais de la critique d’œuvres littéraires à partir de mon blog culturel francophone Le Sanctuaire de la Culture (http://lesanctuairedepenelope.org).

 L.D.B.C : Vous êtes aussi co-auteure de plusieurs ouvrages, parlez-nous en ?

N.P. : À ce jour, j’ai participé à cinq ouvrages collectifs et j’en ai dirigé deux. Le premier c’était « le Dictionnaire des créatrices en 2013 » (Éditions Belin). Le deuxième avec le collectif des femmes écrivaines du Congo-Brazzaville, « Sirène des sables » (L’Harmattan). Le troisième s’intitule « Les réalités et les défis de la renaissance africaine ». Le quatrième c’était un collectif dirigé par le professeur Jean-Didier Boukongou, « Gouvernance et lutte anticorruption en Afrique » (Presses de l’UCAC) ; le prochain qui sort est un ouvrage collectif sur la philosophie du développement humain à partir de l’œuvre du philosophe congolais Claver Boundja.

L.D.B.C : En tant qu’experte en éthique sociale, comment percevez-vous l’avenir du monde, du point de vue des mentalités, après la crise du coronavirus ?

N.P. : L’après Covid-19 est avant tout une question de responsabilité à double titre : responsabilité individuelle et responsabilité collective donc sociale. Et c’est cette deuxième dimension qui concerne directement l’éthique sociale. Désormais, il faut penser le futur non point selon un angle égocentrique, mais faire de telle sorte que l’humanité soit préservée et que l’humain soit toujours privilégié. Du point de vue de la fragilité humaine, je pense que la Covid-19 nous a rappelé un peu qui nous sommes réellement : des êtres fragiles. Nous avons cela en commun : la fragilité. Et nous avons pris conscience que du jour au lendemain tout peut se détériorer. Cependant dans les sociétés occidentales notamment, la Covid-19 a engendré le phénomène de l’âgisme qui est une forme de marginalisation qu’il faut vite éradiquer. C’est aussi un enjeu du futur, à mon avis… Et, ce qui a été aussi important et qu’il faut essayer de perpétuer, c’est l’élan de solidarité qui nous porte désormais. Et nous devons consolider cela. C’est notre devoir.

L.D.B.C : Un dernier mot ?

N.P. : J’aime beaucoup la culture et je souhaite à tous de la valoriser. Comme Simone Veil, je n’aime pas l’expression devoir de mémoire. Le seul « devoir » c’est d’enseigner et de transmettre. J’aime beaucoup l’idée de transmission et d’enseignement qui dit ici de manière implicite qu’enseigner c’est déjà transmettre l’histoire et avancer. En cela, j’ai fait de l’éducation (sous la forme qui m’est accessible) le premier de mes engagements parce que je considère qu’elle est la clé de tout. Je vous remercie !

Aubin Banzouzi

Légendes et crédits photo : 

Photo: l’écrivaine et docteur en philosophie, Natasha Pemba

Notification: 

Non