Interview. Philo Maya Muesa : « C’est la concurrence qui nous fait avancer »

Mardi 15 Octobre 2019 - 13:15

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Dans le monde de la production musicale, il faut compter avec Bomayé Musik. Le label est incontournable aux yeux de plusieurs artistes et fait rêver. Difficile de ne pas s’éblouir du succès des Congolais qui ont eu l’aubaine de signer avec ce label indépendant. Dans cet entretien exclusif accordé au Courrier de Kinshasa, pour le directeur général de Bomayé Musik, lui-même enchanté par cette performance indéniable, point de doute : la magie qui fonctionne si bien s’est créée avec l’indéfectible soutien de la communauté nationale.

Philo Maya Muesa Moanda, dit Philo (Photo Adiac)Le Courrier de Kinshasa (L.C.K.) : Quelle serait la meilleure façon de vous présenter à nos lecteurs ?

Philo Maya Muesa (P.M.M.) : Je suis Philo, directeur général du label Bomayé Musik qui a commencé à exercer en France et qui s’est aussi installé maintenant au Congo.  

L.C.K. : Sur quoi travaillez-vous depuis votre installation au Congo ?

P.M.M. : Notre première production au Congo c’est Gaz Mawete, le lauréat de Vodacom the best of the best, mais nous cherchons aussi de nouveaux artistes. Par ailleurs, avec la réalisation de l’African music forum (AMF), nous sommes aussi créateurs d’événements dans le pays. Nous avons un bureau à Kinshasa avec quatre employés à plein temps et donc, nous sommes aussi créateurs d’emploi. Mais le gros projet qui est en cours ici c’est la construction d’un bâtiment culturel avec des appartements, une salle de conférences, une pour les show cases mais aussi un studio d’enregistrement et un grand incubateur, un grand bureau ouvert où nous allons aider plusieurs petites sociétés à se développer en partenariat avec une grande banque de la place.

L.C.K.: Bomayé Musik a un grand rayonnement en France, pensez-vous réussir la même chose à Kinshasa ? 

P.M.M. : C’est vrai que nous avons un grand rayonnement et nous avons même réussi à y fixer un style, un genre. Mais parmi ces artistes qui n’ont pas signé chez nous, il y a toujours une touche Bomayé. Beaucoup me le disent : « Nous avons beaucoup regardé ce que Bomayé a fait et en sommes fiers ! ». Et comme cela, il en y a qui ne sont pas avec nous mais que l’on a inspirés. Ils vendent beaucoup de disques et sont d’origine congolaise. Au Congo, nous allons faire différemment, créer autre chose. Déjà, en France, nous ne faisons pas l’AMF, par exemple. L’AMF est un produit Bomayé MusiK qui a justement été créé parce que j’avais envie de trouver la manière de développer l’industrie musicale au Congo. Nous avons un grand pays mais il n’en a pas encore alors qu’en France elle existe, nous avons des concurrents : Universal, Sony, etc. C’est la concurrence qui nous fait avancer. Je me suis dit qu’il fallait réaliser quelque chose. J’avais envie de faire mieux que Sony, Warner et Universal. Et donc, nous avons cherché des idées qui nous ont impulsés. C’est peut-être pour cela qu’aujourd’hui nous travaillons bien. Mais arrivé ici, je ne trouve rien. Les gens disent que c’est plus facile quand il n’y a rien… Mais, non, ce n’est pas vrai car il n’y a même pas de concurrent, même pas de modèle ! En France, j’avais des modèles, je me suis mis à regarder comment travaillait Universal et j’ai décidé de travailler de la même manière. Mais ici, avec rien, c’est plus difficile. C’est ainsi que j’ai décidé de mettre d’abord en place certaines choses comme des concurrents. Je suis même prêt à en aider pour que la concurrence se crée et que nous puissions tous avancer en même temps. Pour ce qui est de la production, j’ai réussi mon pari avec Gaz Mawete, c’est très important. Nous avons déjà tout signé pour refaire Best of the best. Nous allons repartir sur cette aventure, c’est une manière de dénicher les talents, ce fameux concours de téléréalité. C’est un outil que nous avons utilisé, le premier quand Bomayé est arrivé. Mais aussi, je regarde un peu partout, j’essaie de voir d’autres artistes, certains viennent vers moi. Je prends mon temps, je suis un peu lent. Je prends mon temps parce qu’il faut qu’il y ait le coup de cœur. Il faut que je sente l’univers de l’artiste. Parce qu’à un moment, c’est carrément un mariage avec l’artiste : il va falloir que l’on s’occupe de lui, il faudra veiller à répondre à ses caprices comme dans un mariage. Et donc, l’on n’y va pas sans réfléchir d’abord.

L.C.K. : Pour en revenir au succès fulgurant de Bomayé, peut-on savoir quelle en est la recette miracle ? Sa magie tiendrait-elle à ses artistes congolais ?  Bomayé Musik déniche de nouveaux talents au télé-crochet Vodacom Best of the best

P.M.M. : Mais c’est incroyable ce que vous dîtes, parce que nous mêmes vivons cette magie, il ne faut pas croire le contraire. C’est comme un pâtissier qui ferait un gâteau et que les gens trouvent excellent : il aura rajouté un peu de rhum, un petit quelque chose mais lui-même reste surpris que ce soit super bon ! Mais il ne faut pas penser après qu’il a toujours connu la recette. Moi, la vraie recette c’est déjà le fait de perdurer. Nous sommes professionnels, connaissons l’industrie : nous avons deux- trois contacts, c’est déjà cela. Mais, après, nous avons créé une tendance. J’appelle mon label Bomayé Musik, on commence avec Youssoupha, on se dit que nous allons offrir notre côté congolais : Congolese sensation. Et vient un moment où nous allons prendre d’autres artistes et ceux qui viennent vers nous ne sont que des Congolais ! Pourquoi, peut-être parce que l’on s’appelle Bomayé Musik ? Pourtant nous étions ouverts et des gens me l’ont reproché. Mais, ce sont des artistes qui ont du talent ! Et, je me suis dit, nous allons créer une team congolaise. Ce sont des artistes que j’ai réunis pour des fois faire des morceaux ensemble, c’est cela qui a créé la magie. Nous avions plusieurs forces, nous nous considérions comme une famille de sorte que ceux qui nous voyaient se reconnaissaient en nous. C’est cela aussi la magie : nous avons poussé une communauté. Tout part de là. Des gens en ont parfois peur, mais dans notre cas, la communauté congolaise nous a poussés tellement vers le haut que nous avons commencé à être vus de tout le monde. En dessous de nous, il y a la culture congolaise qui nous pousse. Entendre Naza qui nous remet de la rumba dans ses morceaux… Au début, un de mes collaborateurs m’a dit que cela ne marcherait pas. Mais lorsqu’on lance le morceau La débauche, il m’appelle pour me dire : « C’est incroyable ! La chanson se joue jusque dans les nganda! ». Pourtant, il me disait que pour cartonner, un artiste devait passer sur Trace. Mais quand cela passe par la communauté et qu’elle l’adopte, il y a une magie qui se passe. Je crois que cette magie existe grâce aux Congolais. Ce sont eux qui l’ont portée et fait en sorte que l’on devienne international.

L.C.K. : Lorque l’on parle du Congo, on pense à Kinshasa mais aussi à Brazza. Qu’en est-il de l’autre rive du fleuve ?

P.M.M. : Nous avons aussi des artistes de Brazza, notamment Naza. Il a un petit côté kinois mais il est plus de Brazzaville. Nous sommes dans les deux Congo. Pour moi, c’est pareil. Il y a les mêmes talents, c’est pareil. Les deux Congo sont unis pour moi.  

 

 

Propos recueillis par Nioni Masela

Légendes et crédits photo : 

1-Philo Maya Muesa Moanda, dit Philo / Adiac 2- Bomayé Musik déniche de nouveaux talents au télé-crochet Vodacom Best of the best

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