L’empire Tati s’écroule à Barbès

Jeudi 9 Juillet 2020 - 21:31

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Tati va fermer ses portes au quartier Barbès à Paris et c’est comme un empire qui s’écroule au pied de l’Afrique.

Quel Congolais voyageant de Brazzaville ou Pointe-Noire à Paris n’a pas mis les pieds à Tati, cette enseigne française de vente de textile et bazar à bon marché, dont le magasin le plus emblématique se trouve au quartier Barbès, à deux pas de Château Rouge, là où l’on parle plus lingala que français ? Et quel parent ou ami n’a jamais vu débarquer à l’aéroport Maya-Maya ou A.A. Néto les voyageurs attendus, les bras chargés de grands cabas à carreaux roses, bleus, rouges ou noirs, au sortir d’un vol long courrier ? Ces grands cabas, en toile de nylon, vendus pour un seul euro, étant comme le symbole des mouvements migratoires entre l’Afrique et l’Europe.

Hélas, le célèbre logo Tati au motif vichy à carreaux roses et blancs, puis à partir de 2013 de couleur framboise, va disparaître de nos horizons, qu’ils soient de France, de Pologne, de Tunisie, d’Espagne, de Maroc, d’Algérie ou d’Emirats arabes unis, là où la populaire enseigne créée en 1948 à Tunis par Jules Ouaki s’était développée avec plus de 140 magasins. Déjà en difficulté depuis 2017, doublement affecté par les grèves de décembre puis par la crise sanitaire, Tati dont le slogan était « Tati les plus bas prix » ou encore « Chez Tati t’as tout » a vu son chiffre d’affaires baissé de 60% en seulement 8 mois et baisse donc définitivement son rideau de fer à Barbès Rochechouart.

Tati, anagramme de Tita, prénom de la mère de Jules Ouaki, aura au cours des dernières décennies inspiré de nombreuses enseignes de luxe qui auront revisité cette culture urbaine et populaire pour des collections « Popu-Chic ». C’est ainsi que Louis Vuitton, Céline, Balenciaga, Maison Margiela, entre autres, auront fait de Tati une marque tendance et de référence adoptée par des stars internationales comme le rappeur Snoop Dog ou encore l’actrice et chanteuse américaine Keke Palmer.

Après quelques rachats de groupes en 2014 et 2017, c’est donc en ce mois de juillet la fin de la saga d’une institution qui aura également marqué de nombreux stylistes africains d’Afrique du Sud, du Ghana, du Nigéria, du Zimbabwe, du Mali et d’ailleurs.

 

 

 

Philippe Edouard

Légendes et crédits photo : 

Vue de l'immeuble Tati à Barbès, Paris

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