Les cache-misères des autochtones dans le district de Sibiti

Jeudi 8 Août 2019 - 22:15

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Dès qu’on franchit la porte de la hutte, une odeur de pisse mêlée à celle de la fumée et des épices vous accueillent en signe de bienvenue. Peu aérée et exiguë, une unique pièce sert parfois de séjour, cuisine et chambre. Des conditions de vie qui, à la longue, peuvent être désastreuses pour la santé de ses occupants.

Nous sommes au village de Mabembé et on accède par une piste sinueuse, simple ruban à peine visible dans les hautes herbes pendant la saison de pluie. Des huttes placées çà et là, et parfois même à l’abandon telle est l’image qu’offre ce village d’autochtones à une trentaine de minutes de Sibiti. Une architecture qui ressemble à celles des autres villages des autochtones comme à Mapati, Ngonako, Indo… Placés au début des villages, leurs logements construits avec de la paille sont parfois dans un état de délabrement au point où l’on peut percevoir via des ouvertures sur les murs ce qui se passe à l’intérieur.

Pourtant cela ne semble guère déranger mâ Helene qui s’active dans des tâches domestiques, secondée par sa fille aînée tandis que les plus petites observent à travers les trous ce qui se passe dans la pièce sombre, peu ventilée avec une porte comme seule ouverture. « Nous préparons et mangeons dans la même pièce. Le soir, elle nous sert de chambre à coucher », a expliqué tranquillement ma Helene qui active son feu de bois les yeux rouges et retenant difficilement des quintes de toux.

Dans la hutte voisine, bidons d’eau et sceaux pour la lessive et un panier attaché au mur de l’entrée nous accueillent. Une grande pièce qui sert de cuisine et de séjour, deux autres minuscules pièces servent de chambres à coucher sans ouverture. «Nous vivons ici  à huit, mon mari, nos six enfants et moi », a fait savoir une jeune dame  visiblement fatiguée.

Insalubres  et parfois surpeuplées  ( six à douze personnes), manque d’espace, manque d’intimité, à l’étroit au quotidien, ces huttes sombres et peu aérées ne possédant qu’une seule ouverture peuvent être à la longue sujettes aux problèmes liés à la ventilation et source de maladies. Un constat qui n’a pas laissé de marbre Mme  Henriette Kiboukou, directrice départementale de la Promotion des droits des peuples autochtones. « C’est inacceptable que des personnes vivent encore dans ces conditions. Étant des Congolais,  ils ont aussi droit à un logement décent», s’est-elle indignée.

À Mabembé  à plus de dix minutes de Sibiti, les autochtones sédentaires ont du mal aussi à s’intégrer. Ils continuent de vivre dans les huttes parfois endommagées par l’épreuve du temps. Mais, pour eux, ce qui compte c'est d’avoir une place ou dormir. Dans le cocon d’Igor, une seule pièce sert de séjour, de chambre et de cuisine. Une porte en loque laisse entrer la lumière. À droite, un matelas étroit et un bidon d’eau lui sert de table chevet où il depose quelques bricoles. À gauche, un monticule de fagots de bois recouvre tout un pan de mur, quelques ustensiles de cuisine et des produits alimentaires. « Je n’ai pas de toilettes.  Pour faire mes besoins, soit je vais dans l’herbe, soit dans l’eau »,  a fait savoir le jeune homme qui dit souffrir en saison sèche car il fait extrêmement froid. Et de poursuivre : « L’eau pénètre dans ma hutte en saison de pluies».

Richard, quant lui, vit avec ses trois femmes et  une dizaine d’enfants dans leur espace de vie qui se compose de trois pièces, deux chambres, un salon qui sert aussi de cuisine. « Heureusement que nous ne vivons pas tous ici au même moment. Quand je suis en brousse, mes deux rivales viennent me remplacer. Le plus dur ici est qu’on manque d’intimité », a fait noter Belvigie, une des épouses de Richard.

Annette Kouamba Matondo

Légendes et crédits photo : 

Une hutte

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