Littérature : le Pr Dominique Ngoïe-Ngalla explore le rôle de la poésie dans la formation du citoyen

Mercredi 4 Mars 2020 - 19:25

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La “Gourmandise poétique” a été de nouveau au rendez-vous à la librairie Les Manguiers des Dépêches de Brazzaville. Le conférencier du jour, le Pr Dominique Ngoie-Ngalla, a exploré le rôle de la poésie dans la formation du citoyen.

De prime à bord, le conférencier du jour a expliqué la position de la rhétorique par rapport à la poésie. Il a repris la pensée de Derline, qui stipule, la poésie c’est la rencontre avec les clairs divins. Et il n’est pas donné à tout le monde d’aller à la rencontre du divin. Pour le Pr Dominique Ngoie-Ngalla, on peut fabriquer les orateurs, mais pas les poètes. Car, ils sont nés poètes. Ils sont des élus.

Parlant de l’origine poétique du langage articulé qui serait terminé parce que les sophistes ont évolué, le conférencier du jour, a peint la belle place qui est faite à la poésie dans des civilisations les plus avancées aujourd’hui. Les poètes, dit-il, sont honorés, ainsi que le système éducatif. Autant que les sciences, la poésie est l’objet d’études assidues. Si on lui accorde une telle place, c’est que sa fréquentation est importante dans le processus du développement de l’esprit et de l’épanouissement des sociétés humaines. En Grèce et à Rome, on organisait des concours de poésie, à l’issue desquels, les vainqueurs se voyaient rehaussés par une couronne de laurier.

Dans ces sociétés, poursuit-t-il, la poésie n’est pas de l’enfantillage, elle est très sérieuse. « Dans ces sociétés-là, où l’on pense que le développement des sociétés humaines passe par le respect de la culture, donc de la poésie ; le poète est objet de l’admiration de tous. Il est respecté et salué partout où il passe. Il est l’homme qui a commerce avec les dieux et ça se respecte », a-t-il fait savoir.

La poésie est d’une si grande importance, comme la philosophie, elle a reçu mille et une définitions toutes valables, toutes bonnes. La plus célèbre est celle d’Orace, poète romain du 1er siècle avant l’ère actuelle. Pour lui, la poésie c’est de la peinture, ou quelque chose de semblable. 

Le Pr Dominique Ngoie-Ngalla, a rappelé tout de même que cette définition est contestée, parce que la poésie n’est pas de la peinture, ou uniquement de la peinture. Le mot qui conviendrait le mieux pour rendre compte de la poésie comme activité intellectuelle, c’est “conception”, c’est-à-dire la façon dont chacun voit une chose ou la comprend. « Sans chercher à définir la poésie, ce que j’ai pu dire d’elle, c’est qu’elle est une invitation mystérieuse venue de nulle part ; une invitation aux poètes à explorer l’envers de ce que la réalité ordinaire nous donne à voir. Le poète est cet homme qui voit des choses que beaucoup de gens ne voient pas. Le poète est celui-là qui va et revient vainqueur, il est le forgeron qui affronte le feu, ce n’est pas un être ordinaire, c’est véritablement un poète », a-t-il déclaré.

La poésie n’a rien à voir dans la formation du citoyen

S’agissant du rôle de la poésie dans la formation du citoyen, le conférencier du jour, pense que la poésie ne peut être utile à la formation de l’homme dans la cité. Même les partisans d’une certaine conception de la poésie en doutent. A l’origine, la différence de posture existentielle entre le poète et le citoyen, dresse entre eux le rapport antinomique qui fait que la poésie n’a rien à avoir dans la formation du citoyen. En effet, il y a d’un côté, le citoyen en plein exercice, dont l’existence est entièrement vouée à la vie de la République, aux choses de la cité. Et de l’autre, il y a le poète avec ses créations menant en marge de la société, une existence solitaire abandonnée sur ses rêveries… Il est à ce point l’homme des illusions et des chimères. Les soucis de l’honnête citoyen, ne sont pas les soucis du poète rêveur.

A propos, Victor Hugo pense que le poète, c’est un homme qui a les pieds ici et la tête ailleurs… Le poète est cet homme qui rêve de l’imaginaire. Et Baudelaire d’ajouter, mettre la poésie au service de l’action, ce serait une véritable hérésie… Le poète n’est pas un homme comme les autres, son génie l’isole, comme le pouvoir l’isole. Pour les partisans de la conception d’une poésie de la contemplation qui, forcément, mettent le poète à l’écart des autres, la poésie n’a pas de rôle à jouer dans la formation du citoyen. Sa place n’est pas là-bas, mais ailleurs. La place du poète est dans le recueillement… Le poète à d’autres soucis que civiques et l’éducation du citoyen n’est pas de son ressort. 

Une autre conception éminemment positive

Dominique Ngoie Ngalla fait remarqur, en revanche, qu'il existe une autre conception de la poésie qui, loin d'être contemplative, reconnait que ces orfèvres du verbe, les poètes, contribuent grandement à l'éducation des hommes. Victor Hugo, écrivain du XIXe siècle, se reconnait, par son oeuvre, plus proche du citoyen, lorsqu'il s'exclame : "Ah! Insensé qui crois que je ne suis pas toi !" 

Notons que deux poèmes du conférencier ont été déclamés.

Bruno Okokana

Légendes et crédits photo : 

Photo 1 : Le Pr Ngoie-Ngalla lors de la Gourmandise poétique (crédit photo/ ADIAC) Photo 2 : Le Pr Ngoie-Ngalla (crédit photo/ ADIAC)

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