Lutte contre le VIH/Sida : les objectifs mondiaux de riposte fixés en 2020 non atteints

Mardi 7 Juillet 2020 - 18:00

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Dans l’idée d’avertir la communauté internationale sur la perte accrue des avancées et de la stagnation des progrès déjà réalisés dans la lutte contre le Sida, le programme commun des Nations unies sur la maladie (Onusida) a publié, le 6 juillet à Genève en Suisse, son rapport 2020.  ​

Intitulé : « Agissons maintenant », ce rapport, qui fait état d’un échec accentué par la Covid-19, a pour objectif d’appeler les pays à redoubler d’efforts et à agir sans tarder pour soigner les millions de personnes souffrant de la maladie et laissées de côté pendant cette période de la Covid-19.

 « Depuis 2015, environ trois millions d’infections à VIH et huit cent vingt mille morts supplémentaires liés au sida sont imputables à des objectifs non atteints. Elles auraient été évitées si les objectifs 2020 avaient été réalisés. La riposte pourrait également revenir dix ans en arrière au moins, si la pandémie de la Covid-19 interrompt gravement les services de lutte contre le VIH/Sida », souligne l’expertise de l’Onusida.

En effet, ce document d’enquête de l’institution onusienne relate des avancées notables, mais qui sont marquées par de grands écarts, en particulier dans le déploiement de l’accès à la thérapie antirétrovirale. Ainsi, la disparité des avancées d’un pays à l’autre et au sein d’un même pays empêche d’atteindre les objectifs mondiaux de la riposte au VIH fixés pour 2020.  Pour ce faire, nous devrons mener des actions efficaces chaque jour de la décennie à venir pour remettre le monde sur la voie des objectifs 2030 et mettre fin à l’épidémie du sida.

« Des millions de vies ont été sauvées, en particulier les vies de femmes en Afrique. Les nombreuses avancées enregistrées doivent être partagées avec toutes les communautés du monde. La stigmatisation et la discrimination ainsi que les inégalités généralisées sont autant d’obstacles à surmonter pour mettre fin à l’épidémie de sida. Les pays doivent écouter les preuves apportées, prendre leurs responsabilités et défendre les droits humains », a déclaré la directrice exécutive de l’Onusida, Winnie Byanyima.

Quatorze pays ont atteint le triple objectif 90-90-90

Selon cet état des lieux, seulement quatorze pays ont atteint le triple objectif 90-90-90 du traitement contre le VIH. Autrement dit, 90% de personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique ; 90% des personnes séropositives suivent un traitement antirétroviral et 90% des personnes sous traitement antirétroviral présentent une charge virale indétectable.

« Le déploiement de la thérapie antirétrovirale a sauvé des millions de vies et évité des millions de nouvelles infections. Six cent quatre-vingt-dix mille personnes sont mortes de maladies opportunistes liées au sida l’an dernier. Et, douze millions sur les trente-huit vivant avec le VIH n’avaient pas accès au traitement vital. Le sida n'est pas terminé. Nous devons accélérer la mise sous traitement des personnes vivant avec le VIH et intensifier la recherche des perdus de vue », souligne encore le rapport, en insistant sur le fait que le monde a accumulé un grand retard dans la prévention de nouvelles infections au VIH.

Par ailleurs, selon le rapport, comparativement à d’autres continents, on constate des progrès en Afrique orientale et australe, où les nouvelles infections au VIH ont reculé de 38 %, depuis 2010. Ces chiffres contrastent dramatiquement avec ceux d’Europe de l’Est et d’Asie centrale où les nouvelles infections au VIH ont explosé de 72 % depuis 2010. Leur nombre a également bondi de 22 % au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et de 21 % en Amérique latine.

La stigmatisation des personnes vivant avec le VIH, une monnaie courante

A en croire à l’expertise onusienne, la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH demeure une monnaie courante. Et, la discrimination, les inégalités sociales et l’exclusion forment autant d’obstacles stratégiques. D’autant plus, les populations marginalisées qui redoutent le jugement, la violence ou les arrestations rencontrent des difficultés à accéder aux services de santé sexuelle et de la reproduction, notamment en lien avec la contraception et la prévention du VIH. Au moins quatre-vingt-deux pays criminalisent une forme de transmission du VIH, l’exposition au virus ou la non-divulgation de son statut sérologique.  Cependant, le rapport reconnait que lorsque des services exhaustifs de lutte contre la maladie sont accessibles, le taux de transmission chute littéralement.  Mais, la pandémie de Covid-19 a lourdement perturbé la riposte au sida et pourrait continuer sur sa lancée.

« Une interruption totale de six mois de traitement contre le VIH entraînerait plus de cinq cent mille morts supplémentaires en Afrique subsaharienne l’année prochaine (2020-2021). Ce revers ramènerait le taux de mortalité lié au sida dans la région à celui de 2008. Une interruption provoquerait cent dix mille morts supplémentaires », ajoute le rapport.

La lutte contre la Covid-19 et le VIH/Sida constituent un seul combat

En ce qui concerne les stratégies à mettre sur pied pour contrer le Sida, le document précise que mettre fin à la pandémie de Covid-19 et à celle du VIH ne constitue pas deux combats différents, mais un seul.

« Pour lutter contre les épidémies conjuguées de VIH et de Covid-19, l’Onusida et ses partenaires mènent une campagne mondiale en faveur d’un vaccin universel contre la Covid-19. L’appel a déjà reçu la signature de cent cinquante responsables et spécialistes du monde entier. Il exige que tous les vaccins, traitements et tests soient libres de brevet, produits en masse et distribués gratuitement et équitablement à l’ensemble de la population », indique le rapport, en spécifiant que l’Onusida presse également les pays à augmenter leurs investissements pour combattre ces deux maladies. Car les investissements pour riposter au VIH ont chuté de 7 % entre 2017 et 2019 et représentent dix-huit milliards de dollars américains. Ce revers signifie qu’il manque 30 % au budget de vingt-six milliards de dollars nécessaire à une riposte efficace au VIH pour 2020.

« Nous ne laisserons pas les pays pauvres passer en dernier. La protection contre ces virus mortels ne doit pas dépendre de votre compte en banque ni de la couleur de votre peau. Nous ne pouvons pas puiser dans les financements d’une maladie pour en soigner une autre. Le VIH et la Covid-19 doivent bénéficier de financements exhaustifs pour éviter la perte massive de vies humaines », conclut Onusida.

 

 

Rock Ngassakys

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