Marché de change : la « manipulation » battrait son plein

Samedi 1 Août 2020 - 14:09

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Le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Deogratias Mutombo, pointe un doigt accusateur en direction des sociétés de téléphonie mobile responsables, selon lui, des fortes volatilités du franc congolais. Par ailleurs, il promet des sanctions en cas de persistance de ce comportement.

Pour certains financiers contactés par la rédaction, il ne s’agit juste que d’une forme d’échappatoire. Selon eux, l’on cherche plus des boucs émissaires car la BCC n’arrive pas visiblement à stabiliser le franc congolais sur le marché de change. A en croire le gouverneur Deogratias Mutombo, il existe effectivement un « jeu de manipulation » du taux de change par les sociétés de téléphonie mobile, à travers  leurs services de mobile money. Au cours des dernières années, ces services ont pris une ampleur sans précédent au sein de la société RD-congolaise au point de concurrencer directement les banques dans leur propre terrain. Cette montée en puissance du mobile fait aujourd’hui des opérateurs de téléphonie mobile des acteurs incontournables dans le monde financier.

Comme le fait remarquer Deogratias Mutombo, les sociétés du secteur de la téléphonie mobile ne peuvent pas fixer à leur guise le taux de change sans se référer à la BCC. Dans son viseur, l’autorité monétaire épingle plusieurs opérateurs économiques, notamment les télécoms et même les miniers. Ces derniers doivent rapatrier environ 60 % des revenus de leurs exportations, conformément à la réglementation. « Il faut qu’ils respectent aussi l’autorité de la règlementation du marché de change qu’est la Banque centrale. Il y a même un certain mépris pour la Banque centrale. Ce n’est pas normal », a-t-il déclaré. Il accuse particulièrement les télécoms d’afficher un taux de 2300 FC le dollar américain pour aguicher les clients. « La Banque centrale se réserve le droit dorénavant de sanctionner toute personne qui s’adonne à la manipulation du taux de change. Pour ces sociétés de télécoms, la pénalité c’est 5% du chiffre d’affaires réalisé l’année précédente », a-t-il signifié.

Après un démarrage timide en 2012, le mobile money a enregistré une progression fulgurante même si, paradoxalement, il continue à afficher un taux de pénétration très faible, à peine 7 %. L’on estime le nombre d’utilisateurs actifs à un peu plus de sept millions. Autres chiffres importants, 99 % des parts de ce marché gigantesque sont détenus par trois des principaux opérateurs, en l’occurrence Orange, Vodacom et Airtel. Il s’agit également d’un marché énorme par l’importance des fonds générés : quatre-vingts millions millions de dollars américains en 2019. Toutefois, les principaux freins à la totale émergence du mobile money sont à la fois culturels et techniques.  Les utilisateurs ne tirent pas tous les avantages du mobile money. L’autre problème réel est l’absence de l’interopérabilité entre les opérateurs de téléphonie mobile.

Laurent Essolomwa

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