Métier : les artisans étalent leur amertume

Vendredi 14 Septembre 2018 - 19:33

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Mauvais états des structures, manque de matériels adéquats, d’événements culturels de grande nature et des salles d’exposition, escroquerie, etc., autant de maux qui sont à l’origine de la détresse des artisans au Congo. Ils l’ont récemment fait savoir dans leurs ateliers de production à Brazzaville.  

Les artisans rencontrés, pour la plupart dans leurs ateliers de production, évoquent les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Les lieux où ils exercent sont souvent fragiles, vulnérables et parfois même menacés de disparition, pour diverses raisons. Ils épinglent, entre autres, le mauvais état des structures ou des bâtiments, le manque de matériel adéquat, le nombre inférieur des touristes qui visitent les sites.

 « Nous sommes vraiment abandonnés à nous-mêmes. Comme vous pouvez le constater ici, pendant la saison des pluies, nous souffrons car quand il pleut, nous ne pouvons pas travailler à cause du mauvais état de nos structures et pour se protéger contre les intempéries, nous avons érigé ces tentes. A cela, il faut ajouter que la vente de nos produits n’est pas fructueuse comme d’autres produits que nous voyons sur le marché ; elle est plutôt périodique. Mais en cette période de crise qui secoue le pays, rien ne va ici », a indiqué Me Ghislain Pambou, artisan Congolais.

Un autre problème : les artisans font l’objet d’escroquerie par des tierces personnes, se faisant passer pour des promoteurs culturels et exploitant illégalement leurs œuvres sans que les ayant - droits tirent pleinement profit des dividendes. « J’ai été victime d’un acte d’escroquerie. Les faits remontent au début de cette année ; un chef d’un établissement hôtelier de la place, ambitieux d’exposer dans son hôtel une œuvre d’art de valeur (une sculpture d’éléphant) pour améliorer sa décoration, est venu dans mon atelier me demander d’exposer dans son hôtel, une manière pour ce dernier de faire la promotion de notre culture. L’idée étant salvatrice, j’ai apprécié l’offre et quelques mois passés, je me suis rendu sur le lieu et j’ai constaté que l’œuvre d’art avait déjà été vendue sans que je sois informé et pour me convaincre, ce dernier me donne un chèque dont le montant était inférieur au prix de l’œuvre vendue », explique un artisan connu sous le pseudonyme de Me Paye.

Ces œuvres d’arts qui retracent parfois les valeurs de la vie humaine, celle des animaux, des plantes ou de la terre et qui peuvent, pour certaines, s’inscrire dans le patrimoine culturel national, sont menacées aujourd’hui par des œuvres industrielles. Ce constat est révoltant pour ces artisans et l’accueil réservé aux œuvres d’art locales ne conforte pas ces derniers car pour vulgariser cette culture à l’extérieur, ils sont limités. « Les Congolais consomment par snobisme, croyant que seuls les produits venus de l’extérieur sont de bonne qualité ; tout ce qui se fait sur place est dévalué, ce qui pénalise la production locale »,  déclare Guelord Sambou, un autre artisan.

D’après ces artisans, ils ne bénéficient pas encore de la considération qui leur est due et ne sont pas mis en valeur ; la priorité des décideurs étant encore ailleurs. « Nous réalisons que l’artisanat congolais ne fait pas encore son chemin et n’est pas connu du grand public. Les produits artisanaux peuvent participer à la promotion du pays dans le monde ; cela voudrait dire que les décideurs doivent regarder autrement l’artisanat, le valoriser et y apporter un réel soutien », indiquent-ils.

En outre, il manque cruellement d’événements culturels de grande nature qui pourraient mettre en valeur leurs œuvres. Interrogés sur cette question, François Brunel Mounda, directeur assistant et conseiller à l’Agence nationale de l’artisanat (Ana) a signifié que « chaque année, l’Ana se bat, malgré les difficultés, auprès des autorités municipales et préfectorales pour obtenir un espace permettant aux artisans congolais d’exposer même pendant une courte durée leurs œuvres ». Face à cet état de fait, l’Etat a le devoir de mettre en place des lieux d’exposition ou encore de construire des musées d’exposition, pour favoriser le décollage de la culture au Congo. Pour se développer, le pays a besoin de tous les secteurs.

Cisse Dimi

Légendes et crédits photo : 

Des œuvres d'art dans la rue Mbochis, à Brazzaville

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