Meurtre de Jamal Khashoggi : la pression internationale ne cesse de s’accroître sur Ryad

Mercredi 24 Octobre 2018 - 12:48

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimable

Trois semaines après le forfait contre le journaliste, Donald Trump a dénoncé, le 24 octobre, l’opération de dissimulation des Saoudiens, alors que son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan, a appelé, un jour plus tôt, à punir « toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires », sans cependant citer nommément le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, dit « MBS ».

Non satisfait des explications du gouvernement saoudien, le chef de la Maison-Blanche a vivement critiqué l’opération et les États-Unis ont engagé la révocation des visas des Saoudiens impliqués. Donald Trump a affirmé que le prince héritier, avec qui il a dit avoir échangé le 22 octobre, lui avait assuré ne pas être impliqué dans le meurtre du journaliste. « Il a fermement dit qu’il n’avait rien à voir avec cela, c’était à un niveau inférieur », a-t-il déclaré lors d’une réunion avec des chefs militaires.

L’annulation des visas, première décision concrète annoncée par Washington à l’encontre de son allié de longue date, vise vingt et une personnes qui se voient révoquer leur visa ou interdit d’en demander un, a précisé Heather Nauert, la porte-parole du département d’État. « Ces sanctions ne seront pas le dernier mot des États-Unis sur ce dossier », a averti le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo.

Âgé de 59 ans, Jamal Khashoggi, un éditorialiste qui collaborait avec le "Washington Post", a été tué le 2 octobre dans le consulat de son pays, à Istanbul, où il s’était rendu pour obtenir des documents administratifs en vue de son mariage.

Après avoir nié la mort du journaliste, le gouvernement saoudien a avancé plusieurs versions contradictoires, évoquant notamment une « rixe » ayant mal tourné. Ryad soutient désormais que le journaliste a été tué au cours d’une opération « non autorisée » dont MBS n’était pas informé.

Malgré cela, Donald Trump ne croit pas à la version saoudienne. « Je veux d’abord connaître les faits », a-t-il confié à la presse, avant de dénoncer l’opération elle-même mais aussi, de façon plus surprenante, la manière dont elle a ensuite été dissimulée. « Ils avaient un très mauvais projet à l’origine, il a été très mal exécuté et l’opération de dissimulation a été l’une des pires de l’histoire des opérations de dissimulation », a-t-il déclaré depuis le Bureau ovale. Le meurtre et sa dissimulation sont, d’après lui, « un fiasco total ».

Restant évasif sur d’éventuelles décisions à venir, le locataire de la Maison-Blanche a pris soin de souligner combien Ryad était un « excellent allié » de Washington depuis des décennies et a rappelé que le royaume sunnite était « l’un des principaux investisseurs aux Etats-Unis ». Donald Trump a précisé devoir rencontrer, le 24 octobre, des responsables s’étant rendus sur place.

La présentation des événements faite par Ryad a été accueillie avec un immense scepticisme à travers le monde. « Les explications fournies laissent de nombreuses questions sans réponse », ont ainsi jugé les ministres des Affaires étrangères du G7.

Dans un discours le 23 octobre, Recep Tayipp Erdogan s’est efforcé de donner des détails sur les préparatifs des tueurs afin d’accréditer la thèse d’une opération soigneusement préparée. Il a ainsi dit que les agents saoudiens avaient effectué des repérages dans une forêt près d’Istanbul et dans une ville du nord-ouest de la Turquie avant le meurtre, suggérant qu’ils cherchaient un lieu où cacher le corps.

En outre, le circuit de vidéosurveillance du consulat avait été « désactivé » le matin du meurtre, a poursuivi le président turc, confirmant des informations publiées ces derniers jours par les médias de son pays.

Recep Tayipp Erdogan n’a cependant mentionné, à aucun moment, les éventuels enregistrements audio ou vidéo dont la presse et certains responsables turcs font état depuis le début de l’enquête.

Le président turc, dont le pays entretient des relations complexes avec l’Arabie saoudite, un rival diplomatique mais aussi un important partenaire économique, a paru soucieux d’épargner le roi Salmane, se disant « confiant » dans le fait que ce dernier coopérerait avec la Turquie dans l’enquête.

Pour Soner Cagaptay, chercheur au Washington institute of near east policy, Recep Tayipp Erdogan « ne veut pas d’une rupture avec le roi saoudien » et entend « donner une chance supplémentaire aux efforts » de médiation de Washington.

L’intervention du président turc a eu lieu quelques heures après l’ouverture à Ryad d’un forum international sur l’investissement, marqué par des désistements en cascade de dirigeants étrangers et chefs d’entreprise, dans la tourmente de l’affaire Khashoggi.

À la veille de ce forum, le prince ben Salmane a reçu à Ryad le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, en tournée dans la région mais qui a renoncé à participer à la conférence après le meurtre du journaliste.

Nestor N'Gampoula et l'AFP

Notification: 

Non