Mondial 2018 : Français, gare à la "garra" uruguayenne

Vendredi 6 Juillet 2018 - 14:30

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Elle fait la réputation du football uruguayen et la fierté de ce petit pays d'Amérique du Sud, coincé entre l'Argentine et le Brésil. Qui ça? La "garra charrua", une combativité de chaque instant que les Bleus vont expérimenter cet après-midi en quart de finale du Mondial 2018

L'Uruguay? C'est la "garra". Lointain cousin du "fighting spirit" anglais, cet état d'esprit est difficile à traduire, quelque part entre hargne, solidarité, culture de la gagne et don de soi.

"On a une caractéristique, on joue toujours pour gagner, c'est dans notre ADN", expliquait à l'AFP, avant le début du Mondial l'entraîneur uruguayen de Bordeaux, Diego Poyet. "Même si beaucoup de monde pense que ce n'est pas possible, que ça va être vraiment difficile, que ça dépend de beaucoup de choses, c'est dans notre mentalité. C'est la « garra » "

Grand journaliste uruguayen, Nilo Suburu en donnait quant à lui la définition suivante: "Une confiance sereine dans ses propres moyens, un esprit de lutte sans faille, une énorme capacité de réaction, une certaine indifférence face aux plans de l'adversaire, un amour propre, un attachement à la patrie et à la famille, un courage physique et moral".

Trop souvent simplifiée en goût de la victoire à tout prix, façon "tous les coups sont permis" du fait de la rugosité de la Céleste et de la carrure de ses cadres, cette "garra" qui aurait permis à l'Uruguay de renverser le grand Brésil chez lui, au Maracana, en finale du Mondial-1950, a aussi trait aux représentations de l'histoire du pays.

Le terme "charrua" correspond en effet au nom d'Amérindiens qui avaient élu domicile sur le territoire de l'actuelle Uruguay et qui ont opposé une lutte farouche aux colonisateurs européens, avant de s'incliner. Cet esprit de résistance est important dans la construction de l'identité de ce petit pays de 3,5 millions d'habitants, engoncé entre Argentine et Brésil, deux géants géographiques et footballistiques.

"S'ils veulent exister, il faut que leur culture, leur identité soient fortes, et c'est aussi pour ça qu'il y a une forme de solidarité très implantée", observe auprès de l'AFP Romain Grunstein.

Ce Français, ancien intendant du PSG, est tombé sous le charme du petit pays d'Amérique du sud au point de lancer, avec un coup de pouce du buteur du club parisien Edinson Cavani, "Mateador", une entreprise visant à importer en France la consommation de maté.

Entre joueurs d'une même équipe, le partage du maté, ce thé traditionnel aux herbes dont les Uruguayens sont fous, "renforce les liens collectifs et est un moment de calme avant la tempête d'un match de foot", poursuit Romain Grunstein. Pour le Mondial russe, la sélection uruguayenne a importé pas moins de 180 kilos d'herbe à infuser pour son équipe! C'est beaucoup? "Mais tout le monde en boit!", répond-il.

"C'est aussi important que l'asado", barbecue omniprésent dans les habitudes uruguayenne et argentine, "ce sont des moments de convivialité parce qu'ils ont besoin de cette relation entre eux, celle qui fait que Luis Suarez ensuite ne va pas hésiter à se sacrifier pour l'équipe", poursuit Romain Grunstein. 

Car le Barcelonais est devenu, depuis 2010, un symbole vivant de cette fameuse "garra". Vilipendé dans le monde entier après avoir sorti de la main un tir ghanéen, en quarts de finale du Mondial, il est devenu un héros au pays pour ce qui apparaît comme un sacrifice personnel - exclu, il n'a pu disputer la demi-finale - au bénéfice de l'équipe.

"Suarez, c'est ça, c'est un mec quand tu le rencontres chez lui, que tu vas manger avec lui, c'est exceptionnel comme il est tranquille, comme il aime sa famille et ses amis. Mais quand il met les pieds sur un terrain de jeu, ça change complètement. Ca, c'est uruguayen", observe Gustavo Poyet.

Cette hargne n'a jamais réussi à l'équipe de France, qui n'a jamais gagné contre l'Uruguay en Coupe du Monde (1 défaite 2-1 en 1966, deux nuls 0-0 en 2002 et 2010, toujours en phase de poules). Vendredi à Nijni Novgorod, les Bleus devront s'employer s'ils veulent passer outre la "garra" et franchir les quarts de finale.

Antoine Griezmann, le trait d'union entre France et Uruguay

Dans le vestiaire de l'Atlético, au fond à droite, Griezmann, 27 ans, a sa place attitrée au milieu de ses compères uruguayens et argentins, et ses petits rituels après l'entraînement, dont son célèbre maté, l'infusion traditionnelle d'Amérique latine qu'il sirote en permanence depuis son initiation à la Real Sociedad, auprès de l'Uruguayen Carlos Bueno.

"Tu prends un maté avec eux, tu te mets à prendre leur mentalité", confie à l'AFP un autre Français amoureux de l'Uruguay, l'ancien intendant du PSG Romain Grunstein, désormais à la tête d'une entreprise spécialisée en maté, "Mateador". "Le temps s'arrête, tu parles de tout et de rien, tu renforces les liens d'amitié avec eux".

Avec Godin et leurs épouses respectives, "Grizi" a aussi assisté il y a un peu plus d'un an et demi à un concert du chanteur uruguayen Lucas Sugo. "C'était le top. C'est de la variété douce, des chansons d'amour. (...) On y trouve des influences plus joyeuses de cumbia aussi", racontait l'attaquant français dans le journal L'Equipe.

Godin, 32 ans, s'en amusait il y a quelques semaines dans les médias uruguayens: Griezmann, "il est Uruguayen. Il a toujours été entouré de joueurs uruguayens. Il a débuté avec Martin Lasarte (son entraîneur uruguayen à la Real Sociedad). Il aime ce que nous sommes, nos coutumes, manger un +asado+, notre musique, et il boit plus de maté que moi".

D'après AFP

Légendes et crédits photo : 

Antoine Griezmann connaît bien la mentalité de l'Uruguay de Luis Suarez (Jewel SAMAD, Odd ANDERSEN / AFP) Antoine Griezmann, ici avec son maté, est proche des Uruguayens Godin et Jimenez (AFP)

Notification: 

Non