Musique : Steve Boulingui, de Tchibanga à Pointe- Noire, en passant par Kinshasa, itinéraire d’un ingé-son.

Vendredi 25 Septembre 2020 - 13:30

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Steve Boulingui est promis à devenir l’un des ingénieurs de son en vogue à Pointe -Noire. Il a les mains d’un griot, les oreilles de Kinshasa et le vent dans le dos.

 

Il est né un 30 mars 1988 à Tchibanga, une ville située au bord du fleuve Nyanga,  là où la chanteuse gabonaise Annie Flore Batchiellilys a également vu le jour,  à quelque 400 kilomètres au sud-est de Libreville. Steve Boulingui affiche malgré tout la nationalité congolaise sur son état civil, comme ses parents.  C’est là, dans ce chef-lieu de la province de Nyanga, qu’il grandira jusqu’à ses 17 ans entre les chants religieux de sa mère et  les accords de guitare de son père. « Mon père était un griot, guitariste et chanteur, avec un penchant pour la musique tradimoderne. Avec ma petite sœur Séphora, qui chante également bien, on a été bercé par la musique dès l’enfance.  Forcément, ça laisse des traces et je viens d’ailleurs d’enregistrer avec Séphora un titre qui s’appelle «Mbwisi Mbwisi », c’est une chanson destinée à voyager jusqu’à Londres, un cadeau pour mon ami Flavien Nguimbi. Tout ça pour dire que, pour ma sœur et moi, c’est la musique qui nous a élevés dans la famille. Naturellement, pendant l’enfance, j’ai usé mes doigts sur la guitare de mon père pour essayer de reproduire ses chansons. Mais, mon père ne le voulait pas car il avait horreur que je touche à son instrument. J’ai dû apprendre la musique en cachette », dit Steve en riant.

C’est à Pointe-Noire, à l’âge de 21 ans, que Steve Boulingui va s’investir sérieusement dans la musique.  Il laisse la guitare de son père pour la basse électrique et rejoint plus tard Les vrais adorateurs, un groupe de musique chrétienne. « Il y a longtemps eu dans ce groupe qui s’appelle aujourd’hui La famille des vrais adorateurs, des problèmes avec les ingénieurs de son pour les enregistrements. C’était arrivé à un point tel que, plusieurs années plus tard,  J’Uguet-Medi Boussougou, le responsable du groupe, a insisté pour que j’apprenne le travail d’ingénieur de son dans son studio au quartier OCH, « Possible Service ». Il m’avait également offert un ordinateur pour accélérer mon apprentissage.  Je suis passé comme ça, presque sans le vouloir, de mes quatre cordes à la musique assistée par ordinateur et aux tranches de console », explique Steve Boulingui.

Steve se montrera doué à dompter toutes les machines ce qu’il lui vaudra d’être envoyé à Kinshasa, poumon de la musique congolaise. Le saut, au-delà du fleuve et du métier d’ingénieur de son, est franchi pour une formation de deux ans offerte par un pasteur. Steve Boulingui se souvient : «  C’est à Kinshasa que je me suis vraiment spécialisé, tout autant en tant qu’ingé-live à sonoriser des concerts que pour le studio. Là-bas, il y a du très bon matériel et la musique a une autre dimension, c’est un travail à part entière. On ne dit pas je vais jouer ou répéter, non, on dit je pars au boulot et c’est tous les jours. J’ai pu multiplier un tas d’expériences et approfondir mes connaissances pendant deux ans. J’ai même suivi ensuite une formation diplômée en ligne, plus théorique, sur le métier d’ingénieur de son ».

Fort de cette expérience, Steve Boulingui ne peut qu’apporter un triste constat sur son métier tel qu’il est pratiqué à Pointe-Noire : «  Ici on est maître avant d’être maître, ça manque un peu d’humilité. Beaucoup de techniciens sont avant tout des beat-makers qui se sont convertis au son. Mais, enregistrer et mixer de véritables instruments, acoustiques ou électriques, relèvent d’un autre niveau.  Il est plus facile d’enregistrer des samples ou des sons d’usine sortis d’un synthétiseur et masquer les défauts d’une voix avec l’auto-Tune. C’est pareil pour la scène, être technicien sur les Live, ça ne s’invente pas ». Situé au quartier Nkouikou,  son studio «  Master Records », quoique modeste, ne désemplit pas. Laila & The Groove, Cilia Jules, Zina Hope, entre autres,  y finalisent leurs albums respectifs, l’excellent projet « Kula », inspiré des chants autochtones ,  s’y invite également chaque semaine.  Et c’est comme une promesse : petit studio deviendra grand.

Philippe Edouard

Légendes et crédits photo : 

Steve Boulingui

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