Pollution à la Pointe Indienne : la société AOGC sommée à se conformer à la loi

Mardi 6 Août 2019 - 14:45

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La ministre du Tourisme et de l’Environnement, Arlette Soudan-Nonault, a accordé, le 3 août,  un délai de 4 à 6 mois au groupe Africa oil and gaz corporation (AOGC) de se mettre aux normes.

La décision a été prise lors de sa visite du terrain d’exploitation de cette société, à la Pointe indienne, dans le département du Kouilou.

« Ce qui m’amène ici, c’est le constat qui a été fait par des uns et des autres, constat qui relevait bien de la pollution d’un pipe-line qui s’est déversé dans le marécage et pollué de fait la rivière Matali à la Pointe Indienne par la société AOGC. Nous avons des populations, vous-mêmes, vos collaborateurs, nous avons à préserver cet environnement, aussi pour des générations futures », a déclaré de prime abord la ministre de l’Environnement en charge des questions du développement durable et du tourisme.

Arlette Soudan Nonault a demandé aux responsables de l’AOGC de se mettre aux normes. «...  je vous donne quatre à six mois maximum pour sortir un PGES et aussi les résultats des prélèvements faits par des laboratoires agréés qui seront portés autour de cet audit environnemental », a-t-elle déclaré.

La ministre a invité les responsables de la société AOGC, en ce qui concerne l’environnement, à ne pas faire une navigation à vue, ce qui est très délicat. En effet, dans le cadre de la normalisation de la gestion environnementale qu’il faut allier avec les questions de développement durable, elle a rappelé aux responsables de cette société la loi 1991 du 23 avril 1991 qui définit les conditions de la protection de l’environnement au Congo. Contexte dans lequel, elle exécute la politique en la matière conformément au décret 2017 du 10 octobre 2017 qui fixe les attributions de son ministère.

Plus vieille société d’exploitation au Congo, c’est depuis 1960 qu’elle est entrée dans la phase d’exploitation effective. En 2016, il y a eu des nouveaux partenaires, une recapitalisation a été faite et l’AOGC actionnaire majoritaire a pris la tête de cette société avec des parts de 55%. Paradoxalement, de 1960 à aujourd’hui, cette société n’a toujours pas le schéma de l’implantation de tous les pipelines qui indique tout le circuit de la production jusqu’à la congolaise de raffinerie (Coraf), d’où sa grande difficulté de pouvoir anticiper.

A propos de cette non-application des textes, la ministre a réitéré le sens de sa venue dans ce site qui se résume en deux points essentiels. « Lorsque je fais le contrôle de la situation de votre structure AOGC, je me rends compte que de 1991 au départ de la loi qui est entrée en vigueur à ce jour, l’AOGC n’a jamais fait d’études d’impact environnemental et social, et pourtant nul n’est censé ignorer la loi. L’une des deuxièmes mesures, vu que l’entreprise a été déjà ouverte en 1960, au moment où vous avez repris il aurait été censé de faire ce que prévoit la loi, à savoir un audit environnemental pour savoir exactement, de 1960 à la date où vous êtes arrivé, quels ont été les dégâts causés, qu’est-ce qu’il y a dans cette nature ? … »

Les sociétés font fi de la loi

Pour la ministre du Tourisme et de l'Environnement, il aurait fallu que l’AOGC dispose du Plan de gestion environnementale et sociale (PGES). Il se trouve malheureusement que cette société comme beaucoup d’établissements classés au Congo ne le disposent pas. Ce qui donne une démarche qui n’est pas conforme. Certes, cette société a recruté des cabinets agrées par le ministère de l’Environnement, pour voir les dégâts qu’il y a eu dans le cadre de la pollution des sols, de l’eau, de l’air, de l’environnement, de la nature, mais elle ne peut aller à la restauration sans le PGES qui définit toutes les étapes. Tant que l’AOGC ne possedera pas ce plan, elle ne saura pas quelles sont les mesures qu’il faut prendre pour arriver à une restauration, a insisté la ministre.

Arlette Soudan-Nonault a déploré également le fait qu’elle n’a pas vu dans le dossier de l’AOGC les résultats des prélèvements d’eau fait par des laboratoires. « Vous avez mis la charrue avant le bœuf. On ne sait pas quel a été le niveau de pollution du sol, de l’eau, de l’air et sur les plantes. Lorsqu’on arrive sur le terrain, l’image est belle, on voit tout plein de verdure, la nature a repris ses droits, ce qui est fréquent même sur un terrain qui n’est pas bon», a-t-elle indiqué. Pour preuve, elle a pris l’exemple de Tchernobyl en Russie où il y a une catastrophe nucléaire, mais aujourd’hui la nature a repris ses droits. Pourtant jusqu’aujourd’hui, il y a toujours des malformations, les populations ne peuvent pas habiter dans un périmètre de plusieurs kilomètres, alors qu’a vu d’œil, tout va bien, mais dès que les scientifiques arrivent avec tout l’arsenal pour jauger de la qualité de l’air, il y a un taux élevé de radioactivité, si bien qu’on ne peut pas y vivre.

La complaisance administrative met à mal tout le système étatique

La ministre du Tourisme et de l'Environnement a déploré le manque de professionnalisme, la légèreté des cadres qui font des rapports ne reposant sur aucune procédure. Une complaisance de l’administration qui met à mal tout le système étatique.

Prenant la parole, le directeur général de l’AOGC a reconnu que ce qui s’est passé à la rivière Matali est un sinistre et non quelque chose de volontaire. « En cas d’accident, nous devons prendre des mesures immédiates pour pouvoir parer et réparer. Naturellement cela devrait se faire sous certaines normes, sous certaines procédures », a-t-il souligné. Il a tout de même indiqué que les études d’impact environnemental ont été faites au niveau de la Pointe indienne. Malheureusement  la ministre n’a jamais vu ni adopté ce rapport, sinon, la société serait en possession d’un Certificat de conformité environnemental, après qu’un comité interministériel l’ait validé puis signé par la ministre en charge des questions environnementales. Car, il n’y a que le ministère de l’Environnement qui est habilité de le signer et le délivrer. Après cette conformité, intervient l’autorisation d’ouverture.

Enfin, le directeur général de l’AOGC a exprimé la volonté de sa société de partager les mêmes préoccupations que le ministère, donc d’aller dans le sens de la loi. L’AOGC, a-t-il poursuivi, devrait absolument intégrer les notions de développement durable dans ses activités, tout en tenant compte des populations riveraines dans toutes leurs activités. La notion de l’environnement doit être prise en compte à chaque processus de leurs activités, promettant de régulariser toutes les défaillances.

Signalons qu’avant de se rendre au site de la Pointe indienne de l’AOGC, la ministre du Tourisme et de l’Environnement a participé à l’opération « Salubrité » dans le département du Kouilou. Cette opération organisée tous les premiers samedis du mois est une initiative du gouvernement en vue d’assainir les villes et départements du Congo.

Bruno Okokana

Légendes et crédits photo : 

Photo 1 : La séance de travail entre la ministre et les responsables de l'AOGC Photo 2 : La rivière Matali polluée Photo 3 : La ministre du Tourisme et de l'Environnement lors de l'opération salubrité dans le Kouilou

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