Procès Laurent Gbagbo : la défense qualifie la démarche du procureur de biaisée

Mardi 13 Novembre 2018 - 12:15

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Les audiences du procès de l’ancien président ivoirien et de Charles Blé Goudé, ex-leader du Congrès panafricain des jeunes patriotes, se sont poursuivies le 13 novembre, à la Cour pénale internationale (CPI), après avoir été suspendues le soir du jour même de leur reprise.

Jugés tous les deux pour des faits relevant de crimes contre l’humanité, concernant les violences postélectorales en Côte d’Ivoire en 2010-2011, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé vont encore attendre d’être fixés sur leur sort puisqu’aucune décision de la chambre d’accusation n’est prévue cette semaine.

Le 12 novembre, lors de la reprise du procès, les avocats de Laurent Gbagbo ont plaidé l’acquittement de leur client, soulignant que le procureur n’avait pas suffisamment de preuves pour le poursuivre. C’est ce qu’a soutenu Me Emmanuel Altit, principal avocat de l’ancien président, selon lequel, toute l’accusation s’appuie sur des présupposés : « La question est d’abord de savoir tout simplement si le procureur dispose matériellement parlant de preuves. La réponse est non. Il n’y a pas de substance démonstrative. On s’aperçoit, en effet, que son narratif est construit sur et uniquement sur des a priori. Des a priori qui n’ont qu’un lointain rapport avec la réalité. Ce narratif tel qu’il apparaît, est un narratif préconçu, constitué avant toute enquête et c’est ce qui vous est présenté ». Il a ajouté devant la Cour : « Vous devez vérifier si ce qui vous est présenté a une valeur quelconque sur l’angle de la preuve. La question n’est donc pas d’examiner d’abord le caractère convaincant ou pas de ce sur quoi s’appuie le procureur. La question est de savoir si le dossier est vide ou pas. L’enjeu c’est la liberté d’un homme présumé innocent, un homme contre lequel il apparaît que rien de solide n’a pu être apporté par l’accusation ».

Insistant dans son plaidoyer, Me Emmanuel Altit a abondé en ces termes : « C’est le même procédé intellectuel que le procureur a utilisé tout au long de sa réponse écrite et de son exposé oral. En laissant entendre de façon constante que l’absence de preuve directe de l’existence d’un soi-disant plan commun constituerait en fait la preuve de l’existence de ce plan commun. Autrement dit, une absence de preuve est, pour lui, la preuve évidente d’un complot. Les seuls ordres dont il est fait état dans le dossier sont des ordres normaux donnés par des gradés de l’armée et des gradés de police à leurs subordonnés en vue de prévenir les attaques des groupes de rebelles lourdement armés contre les institutions ou en vue de défendre la population ».

En clair, la démarche du procureur serait « biaisée », selon la défense, parce qu’elle aborde les principaux incidents de la crise sans tenir compte de l’histoire du pays, marquée par de nombreuses menaces contre la souveraineté de l’Etat. Par cela, elle faisait allusion au coup d’Etat manqué de 2002. « Le procureur met de côté le fait que des Forces de défense et de sécurité ont été tuées pendant la marche de décembre 2010. Pourquoi ? », s’est interrogée Me Jennifer Naouri, avocate de Laurent Gbagbo.

Les avocats de Laurent Gbagbo ont rappelé que durant la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, les forces de sécurité faisaient face à des hommes lourdement armés, qui menaçaient plusieurs points stratégiques de la capitale. Ils se sont notamment appuyés sur les témoignages de Georges Guiai Bi Poin, chef du Centre de commandement des opérations de sécurité pendant la crise, ainsi que ceux du général Philippe Mangou, chef d’état-major des armées. « La police et l’armée en 2010 et 2011 étaient sur la défensive. C’étaient les rebelles qui attaquaient et pas le contraire », a expliqué Me Emmanuel Altit. Dans ce contexte de crise, a-t-il poursuivi, on assistait à « des ordres normaux donnés par des gradés de la police et de la gendarmerie en vue de défendre les populations ».

La défense va donc tout cette semaine expliquer pourquoi elle demande un abandon des charges, étant donné que l’enquête du procureur serait « incomplète » avec une « utilisation massive de ouï-dire ». En témoigne le mémoire que la défense a remis à la chambre d’accusation et qui vise à démontrer « que le procureur n’a prouvé l’existence d’aucun ordre de nature illégale ou criminelle ». « Il sera démontré qu’à aucun moment, il ne peut faire état du moindre ordre qui aurait été émis par le président Gbagbo pendant toute la crise », a poursuivi le texte.

 

 

Nestor N'Gampoula

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