Sahel : la France et les alliés optent pour l’impunité zéro envers les djihadistes

Lundi 23 Mars 2020 - 18:30

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Les insurgés, qui opèrent dans la région, veulent faire une paix tactique avec les dirigeants des pays sahéliens dans l’espoir de gagner du temps et de s’organiser à nouveau pour renforcer leurs actions contre les armées loyalistes et la population. C’est assurément dans cette optique que le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance djihadiste du Sahel affiliée à Al-Qaïda, s’est dit prêt à accepter de négocier avec Bamako à condition que la France et l’ONU retirent leurs forces du Mali.

Le souhait des chefs de la nébuleuse terroriste fait suite à la récente décision du président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, de rompre avec la ligne directrice suivie jusqu’alors officiellement dans le conflit en cours dans son pays depuis 2012 et de tenter de dialoguer avec certains djihadistes.

Si les autorités maliennes ont exprimé ouvertement leur désir de négocier avec les islamistes pour trouver une solution durable au conflit qui s’est déjà soldé par un nombre exponentiel de morts, d’autres dirigeants du Sahel préfèreraient, pour leur part, ne pas exposer sur le toit ce qu’ils ont conclu dans le secret avec les djihadistes pour que ces derniers enterrent la hache de guerre. Cela est d’autant vrai que les groupes terroristes conservent une multitude de présences locales, dont certaines tentent de s’inscrire dans la durée via des négociations politiques. Seulement, que certains dirigeants de la région aient révélé ou pas leur intention de discuter avec les chefs rebelles, les capitales occidentales n’entendent nullement tolérer l’impunité envers les auteurs des actes terroristes.

« Nous combattons les groupes armés terroristes au Sahel à la demande des États de la région, notamment du Mali, et nous continuerons à le faire dans le cadre de la coalition pour le Sahel lancée à Pau » en janvier, confie un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. « Nous partageons avec les autorités maliennes le souci qu’il n’y ait pas d’impunité pour les auteurs d’actes terroristes, dans le respect de la loi malienne », ajoute-t-il.

Cette position commune des alliés ne surprend guère l’opinion internationale puisque Paris avait accueilli avec circonspection l’offre de dialogue de Bamako avec certains djihadistes. « Iyad Ag Ghaly (chef du GSIM) reste un membre éminent de la hiérarchie d’Al-Qaïda, donc à partir du moment où Al-Qaïda reste notre ennemi, Iyad reste notre ennemi », souligne un conseiller de la présidence française. Le Quai d’Orsay est tout aussi catégorique sur ce sujet. « L’action collective au Sahel met aussi l’accent sur les questions de stabilisation, de développement et de réconciliation, et la prise en compte des besoins des communautés, afin de tarir les sources de recrutement des groupes armés terroristes », relève-t-on.

La force européenne Takuba en voie d’être mise sur pied

Quant à Katherine Zimmerman de l’American Enterprise Institute à Washington, elle estime qu’au Sahel le conflit malien est l’enjeu majeur d’Al-Qaïda aujourd’hui, même s’il est intrinsèquement local. « De telles négociations pourraient, comme avec les talibans, établir le GSIM comme un groupe inclus dans la société, et non en marge de celle-ci », prévient-elle.

Dans le but de renforcer l’action des alliés, les Etats-Unis viennent de nommer leur premier émissaire pour le Sahel en la personne de Peter Pham, qui s’occupait jusqu’ici de la région des Grands Lacs. Il se dit impatient de s’attaquer avec ses collègues et partenaires internationaux aux « défis sécuritaires et humanitaires » de la région, confrontée à des violences.

Du côté européen, l’opération française Takuba, qui vise à réunir les forces spéciales de différents pays pour accompagner les forces locales au combat, s’apprête à prendre corps. Le gouvernement suédois envisage, de son côté, d’envoyer jusqu’à 150 soldats sur place afin de soutenir cette opération militaire. « L’aide suédoise devrait consister en une force de réaction rapide héliportée », indique dans un communiqué le ministère suédois des Affaires étrangères, précisant que le projet de participer à cette force internationale placée sous le commandement de Barkhane sera approuvé par le Parlement suédois.

La Suède dispose actuellement d’environ 250 soldats stationnés dans la région du Sahel, principalement dans le cadre de la mission de formation EUTM de l’UE et de la Minusca (Mission des Nations unies en Centrafrique). Quant à la force antidjihadiste française Barkhane, qui bénéfice d’une aide logistique américaine, elle compte 5.100 soldats présents dans plusieurs pays du Sahel dont le Mali. La mission des Nations unies au Mali (Minusma) s’appuyait, pour sa part, sur environ 12.000 soldats fin 2019.

Malgré des efforts déjà remarquables accomplis au Sahel, un haut responsable militaire américain estime que les opérations antidjihadistes des Européens dans la région ne sont ni suffisantes ni assez coordonnées. « L’Europe peut et doit en faire davantage avant que les Etats-Unis en fassent plus dans cette partie du monde », relève le chef du commandement américain pour l’Afrique (Africom), le général Stephen Townsend, ajoutant que les groupes terroristes qui opèrent dans le Sahel visent davantage l’Europe plutôt que les Etats-Unis.

« Beaucoup d’aide militaire occidentale arrive dans cette région, de la part des Français et des Européens avec le soutien des Etats-Unis. Je pense qu’elle est insuffisante et mal coordonnée », affirme le haut gradé de l’armée américaine, appelant les Français et les Européens à le reconnaître et à « prendre des mesures ». Il répondait récemment aux questions des élus de la Chambre des représentants sur la revue de la posture américaine en Afrique actuellement menée au Pentagone.

 

 

 

 

 

 

 

 

Nestor N'Gampoula

Légendes et crédits photo : 

Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian s'adressant aux soldats de la force antiterroriste

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