Santé : Trois questions à Patrick Manckoundia, spécialiste en gériatrie, du CHU Dijon Bourgogne

Lundi 20 Juillet 2020 - 17:13

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Alors que la crise sanitaire liée à la Covid-19 semble en passe d’être résorbée, les Dépêches de Brazzaville donnent la parole au professeur Patrick Manckoundia, chef du Pôle "Personnes Âgées" (PPA) du CHU de Dijon Bourgogne. En tant que professeur de médecine, d’une part, il anime le PPA du CHUDB et, d’autre part, il est enseignant à la faculté de médecine de Dijon au sein de laquelle il coordonne également le DES et le DESC de gériatrie, le DESC de la médecine de la douleur et de la médecine palliative, ainsi que l’Unité d’enseignement 5 et dispense des cours dans différents établissements. Il explique sa fonction, entre épuisement et soulagement.

Professeur Patrick Manckoundia, Chef du Pôle "Personnes Âgées" (PPA) du CHU de Dijon BourgogneLes Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : En quoi consiste l’activité du Pôle "Personnes âgées" du CHU Dijon Bourgogne ?

Pr. Patrick Manckoundia (Pr.P.M.) : Le Pôle "Personnes âgées", en sigle PPA, est un pôle d’activité médicale regroupant la filière gériatrique et les soins palliatifs. La partie gériatrique comporte : un service de gériatrie ambulatoire (consultations, hôpital de jour, Équipe mobile de gériatrie et unité d’oncogériatrie) ; un service de médecine interne gériatrie (MIG) ; un Service de soins de suite et réadaptation gériatrique (SSRG) et un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) – Unité de soins de longue durée (USLD). La partie soins palliatifs est composée d’une unité de soins palliatifs (USP) et d’une Équipe Mobile de Soins Palliatifs (EMSP).

La partie gériatrique du PPA assure la prise en charge des personnes âgées d’au moins 75 ans, présentant plusieurs pathologies chroniques, dits polypathologiques, depuis les soins aigus jusqu’à leur entrée éventuelle en institution (EHPAD), en passant par la réhabilitation. Le PPA comporte environ 400 lits et 10 places d’hôpital de jour.

L.D.B. : De quelle manière y exercez-vous votre fonction ?

Pr. P.M. : Au sein du PPA, j’ai plusieurs fonctions. Tout d’abord celle de chef de Pôle qui consiste à gérer le PPA, en collaboration avec le directeur délégué et d’un cadre supérieur. Je m’occupe par exemple du recrutement des médecins et je suis garant de la bonne santé financière du PPA. Par ailleurs, je suis chef du service de MIG.

L.D.B. : Quelles sont les particularités de ce pôle ?

Pr. P.M. : La particularité du PPA est de prendre en soin des personnes âgées d’au moins 75 ans et polypathologiques. Ainsi, un tel patient, en provenance des urgences ou à la demande de son médecin traitant par exemple, peut être admis en MIG pour toute maladie ou situation aiguë (pneumonie, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, chute, décompensation d’une maladie d’Alzheimer, syndrome inflammatoire, …) et durant une dizaine de jours. Puis, selon l’évolution de l’état de santé du patient, à l’issue de son séjour en MIG, son parcours de soin peut le conduire en service de SSRG au sein duquel il bénéficie de la poursuite des explorations et de traitements initiés dans le précédent service, ainsi que d’une rééducation/réhabilitation. Enfin, en cas de perte d’autonomie et/ou d’indépendance, la personne âgée peut être orientée vers l’EHPAD-USLD. Suite à son admission dans ce dernier service, la personne âgée devient résidente, à la différence des deux précédents services qui relèvent du secteur sanitaire et accueillent donc des patients. L’EHPAD-USLD du CHUDB a la particularité d’accueillir les personnes âgées les plus lourdes sur le plan médical et nécessitant un suivi rapproché. L’autre composante du PPA est l’USP-EMSP dédiée à l’accompagnement de personnes en fin de vie, en phase terminale de cancer ou de maladie chronique, adossée à l’USP, avec pour mission de participer à la prise en soin du même type de patients dans les structures de l’arrondissement de Dijon.

L.D.B. : Vous mettre au service de la santé de personnes âgées a-t-il été de votre part un choix délibéré, une préférence ou un hasard ?

Pr. P.M. : Mon choix de la gériatrie n’est pas tout à fait le fruit du hasard. Lors de ma spécialisation en médecine interne, j’ai effectué mon premier stage en MIG. J’ai alors été confronté à une discipline, la gériatrie, très complexe, très humaine et prenant en charge la personne dans sa globalité. Mon éducation congolaise m’a appris, entre autres valeurs, le respect des anciens. Enfin, la rencontre avec un homme, le Pr Pierre Pfitzenmeyer, a été déterminante.

L.D.B. : Comment avez-vous réussi à organiser la riposte contre la pandémie liée au coronavirus, infiniment plus redoutable encore pour cette population vulnérable?

Pr. P.M. : Nous avons réagi dès la première alerte en ayant une action coordonnée entre la direction générale du CHUDB et le PPA. Une cellule de crise Covid-19 a été mise en place par la direction générale du CHUDB avec pour mission la gestion de cette pandémie. Parmi les actions déployées au sein du PPA, citons la transformation de toutes les chambres en chambres individuelles, la formation des soignants aux règles d’hygiène encore plus rigoureuses et spécifiques, l’organisation de la fermeture du secteur ambulatoire, l’ouverture des consultations téléphoniques et des téléconsultations, l’interdiction des visites aux patients et aux résidents, l’instauration de la visioconférence par différentes interfaces afin de maintenir un contact, certes virtuel, entre les résidents ou les patients et leurs proches. Ainsi, notre préoccupation permanente était de prendre les précautions maximales tout en maintenant une offre de soins dédiée aux personnes âgées qui, à l’évidence, étaient celles les plus à risque face au virus.

Les équipes, tant médicales que non médicales, très investies, ont vécu des moments d’épuisement ! Nous déplorons plusieurs décès de patients. Cependant, les résultats ont été probants et nous ont valu une reconnaissance de l’Etat français au point d’être invités aux festivités nationales du 14 juillet 2020 à Paris.

Propos recueillis par Marie Alfred Ngoma

Légendes et crédits photo : 

Photo : Professeur Patrick Manckoundia, Chef du Pôle "Personnes Âgées" (PPA) du CHU de Dijon Bourgogne

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