Secteur de l’électricité : le projet Inga III inaugure une nouvelle génération des « éléphants blancs »

Mardi 7 Juillet 2020 - 17:00

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L'alerte a été donnée par des ONG, qui relèvent le risque de répétition de l’histoire dans ce secteur, tout en appelant le chef de l’Etat et le gouvernement à promouvoir d’autres formes d’énergies qui n’encombreraient pas la population avec des dettes difficiles à payer.

Une quarantaine d’organisations de la société civile congolaise réunies dans une dynamique engagée dans le suivi de la réforme du secteur de l’électricité en RDC a interpellé le chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi, et le gouvernement de la République sur le risque que le projet Inga 3 conduise à une répétition de l’histoire liée aux «éléphants blancs ». Pour eux, ce mégaprojet ouvre une nouvelle génération de ce que l’on a qualifié dans le pays d’éléphants blancs et qui ont ruiné l’économie du pays tout en encombrant la population des dettes difficiles à honorer.

Dans une lettre ouverte intitulée « Soixante ans d’indépendance de la RDC : risque de répétition d’une histoire pour le secteur de l’électricité », dont le contenu avait été livré à la presse au cours d’une conférence tenue le 7 juillet  au siège de la Coalition d’ONG pour le suivi de la réforme et de l’action publique (Corap), cette dynamique a rappelé que soixante ans après l’accession du pays à l’indépendance, malgré son potentiel en électricité, l’accès de la population à cette denrée est de moins de neuf pour cent, un taux parmi les plus faibles en Afrique. Aussi ces ONG ont-elles présenté, dans ce document, leurs inquiétudes en rapport avec « la persistance d’une approche économique hors panafricaniste, source d’une dépendance économique structurelle et du mal développement ».

Un projet contraire à une croissance économique inclusive, verte et durable

Ces organisations de la société civile ont indiqué que le mégaprojet Inga III était contraire à une croissance économique inclusive, verte et durable car financé à plus de 90 % par les fonds extérieurs et majoritairement privés. « Il perpétue une économie dépendante et d’exclusion. De ce fait, il inaugure une nouvelle génération des éléphants blancs dans notre pays, en défaveur totale de la population congolaise », a souligné cette dynamique.

Ces ONG ont rappelé qu’à la fin du 20e siècle, à la suite d'une dette source de pauvreté, la RDC fut classée dans le rang des pays pauvres et très endettés (PPTE). A les en croire, cette dette extérieure de 20 % était attribuée à Inga en 1980. Mais ces organisations pensent, par ailleurs, que dix ans après l’allègement de la dette (2010-2020), le risque de répétition de l’histoire serait grand. « A la place des pétrodollars arrivent les mécanismes de partenariat public-privé et les ‘’dollars émergents’’, renforçant la dépendance économique au secteur privé et l’endettement indirect du peuple », ont-elles souligné.

Un poids insupportable sur le dos du peuple

Pour cette dynamique d’ONG, si durant plus de soixante ans d’indépendance, les Congolais ont payé chaque jour le service d’une dette odieuse, dont 20 % occasionnés par Inga, le remboursement du capital investi sur le projet Inga III et son bénéfice seront toujours à la charge de ce même peuple, quel que soit le montage financier. « La privatisation ou la cession du site d’Inga, avec la  création d’une joint-venture, serait le scénario le plus cynique et inadmissible au nom de la dignité humaine et doit être empêché », ont indiqué ces organisations.

Ces organisations font également remarquer qu’avec les dix-sept à vingt milliards de dollars américains sollicités pour le projet Inga, le gouvernement serait capable de construire plus de cinquante sept barrages de la taille de Zongo 2, à travers tout le pays et au bénéfice de la population. Notant qu’Inga demandera d’investir beaucoup d’argent avec comme conséquence notamment de mettre le pays dans une dépendance totale, ces ONG disent opter pour des choses faciles et rapides à réaliser, qui bénéficieront réellement aux populations.

La dynamique, qui se dit ouverte à toutes les discussions, attend donc du chef de l’Etat de tirer les leçons du modèle Zone franche d’Inga et sollicite de lui l’arrêt du projet Inga 3 au profit d’une électricité de proximité, source d’émergence des structures économiques endogènes et d’un développement économique durable à la base. Le président de la République est également appelé à accompagner l’émergence d’un leadership économique et financier local, par des projets énergétiques décentralisés et de proximité.

Il est rappelé que la Corap, qui soutient son opposition au projet Inga 3 par des études fouillées de terrain, a publié, en début d’année, une d’entre elles dans laquelle la coalition a recensé soixante-trois centrales électriques abandonnées à travers le pays dont elle a plaidé pour la réhabilitation afin de donner du courant à la population. Dans ce plaidoyer mené auprès des autorités du pays, cette coalition d’ONG s’attend également à ce que le gouvernement prenne en considération cet appel lancé en vue de la réhabilitation de ces structures qui pourrissent alors qu’elles ont coûté de l’argent à la République et dont la mise en service épargnerait certaines autres dépenses dont l’argent serait affecté à d’autres projets au bénéfice de la population.

Lucien Dianzenza

Légendes et crédits photo : 

Emmanuel Musuyu, Minione Mbombo et Apollinaire Nsoka Ngimbi, lors de cette conférence de presse/Adiac

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