Sommet Russie-Afrique : l’axe Moscou-Kinshasa se revitalise

Mercredi 23 Octobre 2019 - 18:30

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De nombreux chefs d'État mais aussi des dizaines d’hommes d'affaires africains se retrouvent présentement à la cité balnéaire de Sotchi pour le sommet Russie-Afrique ouvert le 23 octobre et devant sceller le grand retour du pays de Vladimir Poutine sur le continent noir.

 

Sotchi est actuellement l’épicentre de l’actualité mondiale. Toutes les attentions sont, en effet, tournées vers cette cité balnéaire russe qui abrite, jusqu'au  24 octobre, le sommet Russie-Afrique, le premier du genre. Près d’une cinquantaine de chefs d’Etat ou de gouvernement africains prend part à ces assises, à côté des opérateurs économiques et autres experts qui garnissent leurs délégations respectives. L’intérêt à ce sommet, pour les Etats africains, est manifeste pour autant qu’il constitue une nouvelle fenêtre d’opportunités qui s’offre dans leur quête de ressources additionnelles. L’intention de Moscou sur le continent africain est bien claire : revenir sur le continent noir après presque trois décennies de retrait contreproductives.

Le challenge pour Vladimir Poutine consiste à inverser une tendance plutôt favorable à l'Occident et à la Chine enracinés en Afrique via des investissements porteurs et bénéfiques. En courant derrière un train déjà lancé à vive allure sur le continent africain, la Russie tente, par le biais de ce sommet, de se rapprocher davantage des Etats africains pour le besoin d’équilibre géostratégique dans un contexte marqué par l’influence asiatique et des anciennes puissances coloniales européennes sur le continent. Premier exportateur d’armes vers l’Afrique, grâce notamment au marché égyptien, Moscou tente de requalifier cette vile image de vendeur de Kalachnikov en scrutant notamment le terrain économico-commercial sur lequel il entend écrire ses nouvelles pages avec l’Afrique.

La République démocratique du Congo (RDC) n’est pas en reste dans la nouvelle dynamique relationnelle russo-africaine qui se met en place. Représentée à Sotchi au plus haut niveau par le chef de l'Etat, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le pays veut tirer la meilleure partie de sa participation à ces assises. L’enjeu ici est de consolider les acquis déjà perceptibles en termes de coopération bilatérale remise en selle depuis l’ancien régime. C’est depuis fin 2017, en effet, que le partenariat stratégique entre la RDC et la Russie s’était cristallisé par des projets ciblés dont étaient porteuses des entreprises russes, notamment dans les domaines des mines, de l’agriculture, de la banque et des assurances. En acceptant, dans cette dynamique d’une coopération requinquée, d’appuyer (en spécialistes, vaccins et matériels médicalisés) la riposte amorcée par la RDC contre la maladie à virus Ebola, la Russie posait méthodiquement ses premiers pas sur le territoire congolais. Elle enchaîna, du reste, en donnant son accord de principe pour l’augmentation du quota des bourses d’études du gouvernement russe aux étudiants congolais.

Réactiver la coopération militaire

Au plan militaire, Moscou affiche également ses intentions de coopérer étroitement avec la RDC. Si elle est entrée en Centrafrique par le biais militaire, elle entend refaire le même scénario en RDC qui a tout intérêt à se refaire pour redevenir la puissance militaire africaine qu’elle était. C’est non sans intérêt que l’Assemblée nationale avait longuement épilogué sur la Convention de coopération militaire russo-congolaise datant de 1999 et restée lettre morte, sans un début d’application. De la livraison d'armements, de matériels de guerre et autres équipements spécifiques aux « missions de conseils », en passant par la formation des spécialistes militaires dans les écoles russes, ce protocole d’accord vaut son pesant d’or. L’on croit savoir que la présence à Sotchi de Félix Tshisekedi permettra de remettre au goût du jour ce document en ce moment où Moscou est en train de multiplie des accords de coopération militaire et d’intensifier le déploiement de ses conseillers militaires essentiellement privés dans plusieurs Etats africains.

Sur le plan économique, des investisseurs russes lorgnent déjà sur le barrage hydroélectrique Inga III. Le Congo, qui détient la moitié des réserves mondiales du stratégique cobalt, devrait donc logiquement intéresser les investisseurs russes. Ces derniers qui estiment qu’aujourd’hui les perspectives sont bonnes, se disent prêts à apporter leurs capitaux dans les secteurs de l’électricité, des mines, de l’agriculture, etc.

Comme en Belgique, aux Etats-Unis et au Japon, Félix Tshisekedi tentera le même type d’opération séduction pour concrétiser ce qui, à l'heure actuelle, ne sont que des chapelets de bonnes intentions non assorties d’accords formels.

Alain Diasso

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