Soudan : le président déchu Omar-el-Béchir jugé pour corruption

Lundi 19 Août 2019 - 18:22

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

Le procès de l’ex-chef d’Etat soudanais, qui a dirigé son pays durant trois décennies, s'est ouvert le 19 août devant un tribunal de Khartoum, pour lui permettre de répondre des chefs d'inculpation retenus contre sa personne.

Déposé par l’armée le 11 avril en réponse à des manifestations massives, Omar el-Béchir, a été conduit en matinée devant la cour, escorté par un imposant convoi militaire, selon plusieurs sources. Son procès devait s’ouvrir le 17 août, mais il avait été reporté sine die.

A son arrivé au tribunal, l’ancien chef d’Etat, qui est détenu dans une prison de Khartoum, a été informé par le parquet qu’il faisait face à des accusations de « possession de devises étrangères, de corruption » et pour avoir « reçu des cadeaux illégalement ». Ce qui ne surprend nullement l’opinion puisque fin avril, le chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattah al-Burhane, avait affirmé que l’équivalent de plus de 113 millions de dollars avaient été saisis en liquide dans la résidence de l’ex-président à Khartoum.

Le haut gradé de l’armée avait également indiqué que des membres de la police, de l’armée et des agents de sécurité avaient trouvé sept millions d’euros, 350 000 dollars et cinq milliards de livres soudanaises (93 millions d’euros) lors de cette fouille.

Outre le fait qu’Omar el-Béchir est accusé de corruption, il avait été inculpé précédemment pour des meurtres commis lors des manifestations antirégime qui ont finalement conduit à son éviction, selon le procureur général. Mais l’on ne sait pas quand il devra répondre de cette accusation.

Notons pour rappel que les actes d’accusation les plus graves contre Omar el-Béchir, qui a dirigé le pays après un coup d’État en 1989, sont celles de la Cour pénale internationale (CPI) basée à La Haye. Il s’agit notamment de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, pour son rôle dans la guerre au Darfour, où une rébellion a éclaté en 2003. A ce sujet, la CPI exige depuis des années que l’ex-chef d’Etat soit jugé, et a renouvelé son appel depuis sa chute.

Dans un communiqué publié la semaine dernière, Amnesty International a averti que son procès pour corruption ne devait pas détourner l’attention des accusations plus lourdes auxquelles il est confronté à La Haye.

Les protestations contre le régime de Béchir avaient éclaté le 19 décembre après que son gouvernement a triplé le prix du pain, et ont rapidement pris une tournure politique. Elles se sont poursuivies après la chute d’Omar el-Béchir le 11 avril, afin d’obtenir un transfert du pouvoir aux civils, et ont fini par aboutir à un accord signé le 17 août entre les généraux au pouvoir et la contestation.

Le conflit au Soudan a fait plus de 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l’ONU, qui ajoute que des centaines de milliers de personnes vivent encore dans des camps misérables et appauvris plus d’une décennie et demie plus tard.

 

 

Nestor N'Gampoula

Notification: 

Non