Transport aérien : l’incorporation du Go-Pass dans le billet d’avion fait débat

Mercredi 10 Juillet 2019 - 16:30

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Une lettre datée du 5 juillet du vice-Premier ministre chargé des Transports et voies de communication, Azarias Ruberwa, adressée à la présidente du Board of airlines représentatives (BAR) est l'objet d'une polémique. Dans celle-ci, il fait part aux transporteurs aériens  de sa décision d’implémenter la redevance de développement des infrastructures aéroportuaires (Idef), appelée « Go-Pass » dans le prix du billet d’avion.

Désormais, chaque passager sera contraint de s’acquitter du Go-Pass à l’achat du billet. Un délai de six mois est accordé aux transporteurs pour matérialiser cette décision dont le but est, à en croire l’officiel congolais, de contribuer à la centralisation de la perception de toutes les taxes et redevances afin d’endiguer le coulage des recettes. « Dans le souci du gouvernement d’assurer l’unicité de guichet auquel le passager doit s’acquitter ses taxes et redevances lors de l’achat de son titre de transport, telle que fortement recommandée par l’OACI et l’IATA, en guise de facilitation offerte aux voyageurs, le montant à payer par tout passager au départ des aéroports congolais sera désormais incorporé dans le billet d’avion », a écrit Azarias Ruberwa. Et d'ajouter : « La comparaison internationale des taxes internationales d’aéroport appliquées au plan africain et en dehors du continent montre que l’incorporation de l’Idef portera le total de toutes les taxes incluses dans le billet de 69 USD à 119 USD, montant inférieur à la moyenne africaine située à 123 USD ».

Azarias Ruberwa assure, par ailleurs, que les revenus qui seront issus de la perception de cette taxe seront gérés dans la transparence. Mais au-delà des arguments développés par l’officiel congolais pour justifier sa décision, une certaine opinion est loin d’adhérer à ce qu’elle considère déjà comme une arnaque de mauvais goût. Instituée depuis mars 2009 dans l’objectif de réhabiliter les infrastructures aéroportuaires, la redevance Idef n’a jamais été canalisée dans le sens de contribuer à la modernisation des infrastructures aéroportuaires au profit des voyageurs. Cette taxe qui découle du contrat d’assistance qui liait, à l’époque, le gouvernement au groupement KPMG-ADPI, a été gérée dans l’opacité depuis sa création. Dix ans après, ses objectifs n'ont jamais été atteints, fait-on remarquer. Les infrastructures aéroportuaires congolaises offrent toujours l’image de précarité qui contraste avec les recettes à hauteur de 1,5 million de dollars américains engrangées mensuellement par les services aéroportuaires, à en croire les chiffres officiels de la Régie des voies aériennes.

Une taxe contreproductive

De quoi se demander où va finalement cette masse d’argent dès lors qu’elle ne sert pas à financer des investissements des infrastructures aéroportuaires ni leur maintenance. La nouvelle aérogare de Ndjili résulte d’un emprunt contracté par l’État congolais auprès de la Banque africaine de développement, fait-on observer. Pour maints analystes,  le Go-Pass constitue, dans le contexte actuel, une entrave à la liberté de circulation garantie par les dispositions de l’article 30 de la Constitution.  

Le député Claudel André Lubaya, qui s’exprimait dans le cadre d’une tribune publiée le 10 juillet dans la presse, la décision d’Azarias Ruberwa est simplement injuste et unilatérale surtout qu’elle émane « d’un ministre démissionnaire, de surcroît à l’intérim aux Transports, visiblement insensible à la souffrance des voyageurs et réfractaire à l’aspiration citoyenne à une gouvernance irréprochable ». Il estime qu’une telle décision aussi lourde de conséquences sur le pouvoir d’achat et les coûts des billets d’avion ne peut être le fait d’un ministre, mais plutôt « un acte délibéré en conseil des ministres après concertation avec tous les intervenants dans le secteur du transport aérien, y compris les associations de défense des consommateurs ».

Tout en plaidant pour un audit préalable de la gestion du Go-Pass depuis son instauration jusqu’à ce jour, André Claudel Lubaya promet de porter l’affaire au parlement au cours de la prochaine session afin d’impliquer l’institution dans sa démarche visant la requalification de cette taxe contreproductive, à défaut de sa suppression pure et simple. Pour rappel, le prix de la taxe Go-Pass est fixé à 50,00 dollars par passager embarquant sur un vol international et 10,00 dollars par passager embarquant sur un vol national.

Alain Diasso

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