Tueries de Béni : le cardinal Fridolin Ambongo dénonce un plan réfléchi de balkanisation de la RDC

Samedi 4 Janvier 2020 - 13:07

Abonnez-vous

  • Augmenter
  • Normal

Current Size: 100%

Version imprimableEnvoyer par courriel

La communication du cardinal Fridolin Ambongo faite le vendredi 3 janvier à Kinshasa, lors de sa première conférence de presse depuis sa création par le Saint- Père au Vatican le 5 octobre dernier, a pris les allures d’un véritable réquisitoire contre les ennemis de la stabilité de la RDC.

Fraîchement revenu d’une tournée de paix effectuée dans le Nord-Kivu où il a eu à palper du doigt les réalités de Beni et ses environs en proie à des massacres récurrentes perpétrées par des présumés rebelles ougandais de l’ADF, le prélat catholique a fait part de sa lecture des faits tels que perçus sur le terrain. Pendant que des acteurs politiques qui se relaient dans cette partie du pays ne se limitent généralement qu’à Béni-ville, il aura pris le risque d’aller jusque dans les zones rouge supposées être le théâtre des affrontements entre les forces régulières et les groupes armés tant étrangers que locaux.

C’est donc en connaissance de cause assortie d’une maîtrise des faits que ce prince de l'Église a évoqué la problématique de l’insécurité qui sévit à Béni. A la base, a-t-il pensé,  il y a le projet de balkanisation de la RDC qu’ont toujours nourri ses voisins qui profitent de l’état de chaos dans lequel se retrouve aujourd’hui une partie du Nord-Kivu pour s’implanter dans des villages et localités abandonnés par des autochtones en fuite. A en croire le cardinal, « des populations d’origine rwandophone et ougandophone sont en train d’être déversées dans l’Est et occupent des champs et maisons abandonnés par des autochtones qui fuient la guerre ». Le fait que les frontières artificielles soient poreuses, que les chefs coutumiers soient dépossédés de leurs pouvoirs et que l’armée soit, elle-même, infiltrée, ne facilite pas non plus la tâche. Et d'appeler les autorités congolaises à convaincre les dirigeants de trois pays voisins « d’arrêter de déverser » leurs ressortissants dans l’est troublé de la République démocratique du Congo. "Les Congolais d’origine rwandaise ou ougandaise qui sont là depuis des années, « personne ne peut contester leur nationalité congolaise", a dit Mgr Ambongo. « Ce qui fait problème, c’est le déversement des autres qui arrivent, et on essaie de les faire passer comme des Congolais », a-t-il affirmé.

L’on est donc face à une situation de non-Etat dans cette partie du pays avec le risque de partition, a alerté l’ex-archevêque métropolitain de Kinshasa. « On ne peut pas fêter l’an 1 de l’alternance démocratique au pouvoir critiquable, pendant que dans l’est de la RDC les gens meurent. Nous devons être de communion avec eux », a-t-il recommandé. Et d'exhorter les autorités du pays à prendre à bras le corps cette problématique d’insécurité à l’est du pays. « Le grand problème pour nous, c’est de renforcer les fonctions régaliennes pour pouvoir protéger nos frontières dans l’Est et éviter qu’il y ait de nouveaux venus qui soient déversés chez nous », a-t-il ajouté. « Il faut une prise de conscience au niveau national sur le fait que notre pays est en guerre, que le pays est en danger », a insisté le prélat appelant ses compatriotes à soutenir les militaires congolais qui se battent contre des dizaines de groupes armés locaux et étrangers.  

Vivement un dialogue

Profitant de la tribune lui offerte, le quatrième cardinal de l’histoire de la RDC a exhorté les différents protagonistes de la scène politique congolaise à « privilégier les intérêts supérieurs de la nation » et, particulièrement, aux cadres de la coalition FCC-Cach « à pouvoir servir véritablement le peuple congolais, en lieu et place de se déchirer ». Une exhortation qui rejoint la devise de son ministère épiscopal : « Omnia Omnibus », c’est-à-dire, « tout pour tous ». Une manière d’interpeller la conscience collective sur la nécessité « d’avancer dans l’intérêt supérieur du peuple congolais, de travailler la main dans la main comme les fils et filles d’une même famille ». Plaçant son cardinalat sous une atmosphère de réconciliation, il a exhorté ses compatriotes de partout dans le monde, à « déroger aux tueries, aux inimitiés et à toutes sortes des querelles de quelque nature que ce soit, en vue de mieux vivre ensemble.» 

Abordant le chapitre de la « vérité des urnes », un crédo cher à l’opposant Martin Fayulu, le prélat catholique a, sans ambages, évoqué son caractère anachronique par rapport à la donne politique actuelle. Il a plutôt prôné l’évolution censée déboucher sur un dialogue franc entre les différentes sensibilités politiques actuelles de sorte à résoudre radicalement la crise de légitimité, se gardant toutefois de commenter sur la quintessence, encore moins sur la faisabilité de cette initiative caressée par Martin Fayulu.    Enfin, le cardinal Fridolin Ambongo a clarifié la position de l’Église catholique sur la gratuité de l’enseignement, précisant que l’Eglise soutient de tous ses vœux l’application de cette mesure à condition qu’elle ne fragilise pas le système éducatif du pays.

Alain Diasso

Légendes et crédits photo : 

Le cardinal Fridolin Ambongo

Notification: 

Non