Anicet-Georges Dologuélé : « Livres et auteurs du Bassin du Congo, un condensé - type de la représentation de la culture de l'Afrique centrale »

Dimanche 22 Mars 2015 - 15:30

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Parmi les invités de marque de l’espace « Livres et Auteurs du Bassin du Congo », lors du vernissage du jeudi 19 mars, Anicet-Georges Dologuélé, l’ancien Premier ministre de la République Centrafricaine, a répondu aux questions des Dépêches de Brazzaville.

Anicet-Georges Dolonguélé sur l'espace "Livres et Auteurs du Bassin du Congo" au 35ème Salon du livre de ParisLes Dépêches de Brazzaville (LDB) : Qu’évoque pour vous l’espace « Livres et Auteurs du Bassin du Congo » au rendez-vous du Salon du livre de Paris ?

Anicet-Georges Dologuélé (AGD) : Cet espace est un condensé-type de la représentation de la culture de l’Afrique centrale. Il est le symbole de la culture bantoue, celle de mes racines où foisonnent les idées et une richesse de la créativité littéraire, comme nous la connaissons à travers notre zone géographique subsaharienne. Ici, au milieu de tous ces livres à lire, à relire ou à découvrir, chaque auteur est un appel à la lecture. Le Congo, pour avoir mis ce concept en place, n’a joué que son rôle historique de regroupement culturel de la sous-région. Ici, tous les écrivains, éditeurs et lecteurs ont une identité commune estampillée « Made in Bassin du Congo ». J’éprouve une réelle fierté à appartenir à cette dynamique de groupe et à évoquer les noms des prestigieux auteurs que sont Alain Mabanckou, Henri Lopes et bien d’autres. Je voudrais ici dire toute mon admiration et rendre hommage à tous ces hommes et toutes ces femmes de culture de notre espace sous régional qui, quelque fois sans grands moyens, nous délivrent une production intellectuelle de qualité pour laquelle ils n’ont pas toujours le retour sur investissement souhaité et mérité.

LDB : Quel parallèle pouvez-vous établir au niveau socio-économique par rapport à ce regroupement culturel ?

AGD: Je suis de formation économiste et ma vie professionnelle s’est essentiellement construite dans les institutions de l’intégration régionale : d’abord à la Banque des États de l’Afrique centrale (BÉAC), puis à la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDÉAC). Je sais combien l’impact des préconisations de groupe est porteur d’espoir pour obtenir les avancées tant attendues par nos populations. La dimension de la culture vient de temps en temps rappeler aux peuples du Congo, du Cameroun, du Tchad, de la Guinée Équatoriale, du Gabon, de la RD Congo, de la République Centrafricaine et de l’Angola, pour ne citer que ces pays, que nous appartenons tous aux us et coutumes de l’Afrique centrale. À ce niveau, la culture devient le ciment de cet édifice que les politiques peinent à bâtir et donnent  parfois l’impression de détruire. Le Congo, à travers les actions de locomotive d’intégration menées par le président Denis Sassou N’Guesso en célébrant notamment le Fespam, le rappelle à notre bon souvenir.

LDB : Souhaitez-vous établir un pont culturel entre États de la sous-région pour rejoindre les efforts du Congo pour l’espace Livres et Auteurs du Bassin du Congo ?

AGD : Le pont existe déjà entre États de la sous-région. Appelons-le plutôt l’espace naturel de vie en commun entre les peuples. À titre d’exemple, cet  espace géographique et culturel commun qui abrite les peuples congolais et centrafricains les contraint à se soutenir mutuellement, dans toutes les situations. Le Congo le démontre à souhait dans la gestion de la crise que traverse la RCA. Pour revenir à l’évènement d’aujourd’hui, « Livres et Auteurs du Bassin du Congo » en est déjà à sa 6ème participation au grand Salon du Livre de Paris. J’en appelle à tous les États de l’Afrique centrale pour qu’ils soutiennent le Congo dans cette initiative. Au-delà, j’adresse aussi un message au monde francophone. Aujourd’hui, la plupart des locuteurs de la langue française vivent en Afrique. Soutenir la culture est une priorité, car une culture mieux structurée participe à la qualité de l’éducation. Les programmes éducatifs nationaux devraient intégrer cette dimension.

LDB : Qu’apporterait un tel programme d’éducation pour les populations de l’Afrique centrale ?

AGD : Je suis un grand adepte de l’éducation pour tous, avec une mise en valeur de la dimension culturelle nationale. Mon pays, la République Centrafricaine, connaît depuis quelques années une grave fracture du « vivre ensemble » sur fonds de conflits armés. Elle aurait pu faire l’économie de cette crise si le programme éducatif avait intégré l’enseignement des cultures des différentes régions du pays, des religions et de la culture civique. Il est dangereux qu’à l’intérieur d’un même pays les populations se côtoient sans se connaître. En tant qu’acteur politique, je suis convaincu que l’amélioration de la qualité de l’éducation des jeunes centrafricains et une meilleure connaissance de leur pays et de ses cultures, contribueront à effacer progressivement les stigmates de nos divisions d’aujourd’hui. Certains auteurs centrafricains ont largement écrit sur le sujet, à l’instar de notre regretté Raphaël Nzabakomada-Yakoma à qui je rends un hommage appuyé.

 

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Anicet Georges Dologuélé, ancien Premier ministre de la République Centrafricaine, ancien Président de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDÉAC), président de l’Union pour le renouveau centrafricain, en sigle URCA, aspire être le candidat de son parti à la prochaine élection présidentielle dans son pays

Propos recueillis par Marie Alfred Ngoma et Noël Ndong

Légendes et crédits photo : 

Photo :Anicet-Georges Dolonguélé en entretien avec Noël Ndong et Marie-Alfred Ngoma sur l'espace "Livres et Auteurs du Bassin du Congo" au 35ème Salon du livre de Paris