Café et cacao : une perte des trois quarts de la production nationale

Mercredi 20 Juin 2018 - 18:45

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En 2016, les statistiques officielles ont enregistré l’exportation effective de neuf mille tonnes de café sur une production estimée à trente-huit mille tonnes et de mille quatre cents tonnes de cacao sur une production qui dépasserait les quatre mille cinq cents tonnes. Par conséquent, le reste de la production nationale semble véritablement s’être évaporé dans la nature, ont constaté les participants au Forum sur les deux produits, qui s’est tenu du 18 au 20 juin à l’hôtel Kempisky de Kinshasa.

 Où part la majeure partie de la production nationale de café et de cacao en République démocratique du Congo (RDC) ? C’est la grande question du moment même si le thème central des assises de l’hôtel Kempiski portait sur l’inventaire et la relance du secteur café-cacao dans le pays. Avant d’envisager toute perspective, il s’avérait indispensable de dresser d’abord un état de lieu exhaustif. Au regard de la dépendance du pays aux produits similaires importés, les experts en ont conclu que des grandes quantités de café et de cacao sortent de la RDC par la fraude. Ils ont critiqué la porosité des frontières nationales et l’inaction du gouvernement central pour régler ce problème qui ronge l’économie congolaise depuis des lustres.

En s’appuyant sur des cas concrets, notamment la triste expérience de l’ile d’Idjwi sur le café et le cacao, certains experts ont conclu que quelques pays voisins récupèrent la production congolaise et la labellise en leur noms respectifs avant de décider finalement de l’exporter. Plus pragmatiques, d’autres experts ne cherchent pas principalement l’ennemi du développement des cultures pérennes dans le proche voisinage mais souhaitent que l’Etat congolais encadre mieux les producteurs ou planteurs pour tirer un meilleur profit des productions habituellement perdues. En effet, il est difficile d’empêcher à un planteur de commercer avec un pays voisin si la demande est plus alléchante. C’est la simple loi de l’offre et de la demande qui ne saurait être minimisée au nom du patriotisme. En envisageant la problématique de la sorte, le débat sur les pertes devrait davantage se tourner vers l’incapacité manifeste de l’administration de lutter efficacement contre la fraude à la frontière.

La problématique d’un meilleur encadrement des producteurs ne va pas sans poser d’autres défis de taille au pays. Un producteur révélait récemment à notre rédaction que les banques opérant en RDC restaient globalement frileuses à l’idée d’accorder des crédits conséquents à ce secteur, malgré les potentialités disponibles. Il est donc important de signaler le sponsoring de la Trust Merchant Bank à ce forum café et cacao. Cette attitude conforte le point de vue selon lequel le secteur bancaire s’intéresse de plus en plus à l'agriculture. On le sait, Equity Bank RDC, par exemple, est l’une des banques du pays à accorder régulièrement des crédits qui permettent à certaines petites et moyennes entreprises congolaises d’acheter du café et du cacao auprès des paysans locaux pour pouvoir les exporter par la suite.

Quant aux prochaines étapes, les participants ont été informés d’un processus de révision en cours de la loi sur l’agriculture au parlement. Cette démarche vise à lever les derniers obstacles représentant un frein au développement de ces deux filières agricoles. Intervenant lors de ce forum, la Fédération des entreprises du Congo (Fec) a identifié deux problèmes majeurs. En premier lieu, les prélèvements des frais et taxes illégaux sur les exportations dans les provinces frontalières, notamment au Kivu et en Ituri, participent à réduire la compétitivité des planteurs locaux. Et en second lieu, a poursuivi la Fec, les exportations congolaises officielles souffrent des frais très élevés par rapport aux pays voisins dans les domaines du transport, de la banque et de l’assurance.

Le forum café-cacao a permis de lancer un grand débat sur l’avenir du secteur. Dans cette réflexion, le gouvernement central a tenu à y associer les acteurs-clés pour dégager des solutions durables aux problèmes de production, d’exportations frauduleuses, de traçabilité, de commercialisation et de transformation du café et du cacao en RDC.

Laurent Essolomwa

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