Chronique : la grande muraille verte du Sahel

Samedi 17 Novembre 2018 - 14:40

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Le projet écologique est viable à soutenir. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, il ne s’agit pas de la construction d’un mur de pierres comme la grande muraille de Chine mais d’une immense plantation d’arbres, large de quinze kilomètres et longue de sept mille kilomètres, qui doit traverser onze pays du Sahel.

Le projet de cette grande muraille a été lancé en 2005 dans le but de lutter contre la désertification du Sahel.  Rappelons que cette région est une zone très aride qui marque la frontière entre le désert saharien au Nord et des territoires de savane au Sud, où les pluies sont plus fréquentes. Mais depuis les grandes sécheresses des années 1970, le désert gagne du terrain vers le Sud. Les scientifiques estiment qu’en cinquante ans, un territoire aussi grand que la France aurait succombé au désert.

En raison de la rareté de l’eau et d’un sol très sableux par endroits, la végétation du Sahel est pauvre, essentiellement composée de prairies et de steppes, où poussent des touffes de graminées et des arbres de petite taille. L’agriculture étant limitée dans des petites zones et difficile par manque d’eau, 60% de la population élève du bétail et se déplace là où les troupeaux trouvent des pâturages pour assurer leur alimentation. Cette situation engendre une concurrence et des tensions entre agriculteurs et pasteurs, qui s’affrontent lorsque les troupeaux pénètrent sur des terres cultivées.

Ce grand mur d’arbres est censé longer le Sahel et s’étendre d’Ouest en Est, du Sénégal à l’Éthiopie à l’horizon 2025 pour lutter contre la désertification du Sahel, restaurer ses terres dégradées par l’avancée du désert et faire reverdir cette région autrefois verdoyante et nourricière. Face à l’augmentation de la population et à la raréfaction des ressources, notamment en eau, ce projet  constitue un défi majeur pour l’Afrique en ce XXIe siècle. Sa finalité est, en effet, d’améliorer la sécurité alimentaire précaire au Sahel, où onze millions de personnes ont du mal à assurer leurs moyens de subsistance. La Grande muraille verte doit aussi contribuer à l’atténuation du changement climatique. On espère que les ressources forestières vont engendrer des microclimats avec plus d’humidité.

Une trentaine d’espèces locales a été identifiée pour leur capacité à résister à la sécheresse et s’adapter au climat aride. Parmi les espèces retenues, on compte le baobab et le jujubier aux fruits riches en vitamines et minéraux, le karité aux vertus médicales ou encore le tamarin alimentaire apprécié pour ses fruits consommés en jus, ses feuilles mangées en salades et son écorce qui soigne diverses infections et maladies.  

Si le projet avance efficacement au Sénégal qui en est le pays pilote, il n’en est pas de même au Tchad et en Mauritanie, où il avance avec lenteur. Il peine aussi à se mettre en place dans les autres pays traversés par le Sahel qui sont en butte à des problèmes politiques et économiques. N’oublions pas que planter des arbres coûte de l’argent car il faut sélectionner les graines, préparer les semis, les planter, assurer un suivi, payer les scientifiques et les personnes qui y travaillent. Par ailleurs, le nombre important de pasteurs est aussi un problème à résoudre pour ces États qui se demandent que faire de cette population nomade et de ses troupeaux. D’autre part, les conflits armés qui touchent plusieurs pays de la région ont nettement retardé le calendrier des plantations.

En outre, cette grande muraille verte est contestée par de nombreux scientifiques. Ceux-ci estiment qu’il est faux de dire que le désert avance et pensent que le problème vient des terres qui perdent leur végétation. Ils recommandent une protection des sols et non pas la mise en œuvre d’un projet d’une telle ampleur.

Malgré tout, certains pays, à l’instar du Sénégal, commencent à en ressentir les bienfaits. Les arbres freinent l’érosion et permettent à la population de se sentir dans son habitat naturel.

On ne peut donc que souhaiter qu’un tel projet qui permet de lutter contre le changement climatique avance et offre une vie meilleure aux habitants de cette région d’Afrique.

Boris Kharl Ebaka

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