Politique nationale : la coalition FCC-Cach au bord du précipice

Lundi 11 Novembre 2019 - 16:00

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Chaque jour qui passe, le fossé ne cesse de se creuser entre les deux partis-phares de la coalition au pouvoir, en l’occurrence le Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD) et l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

 

Depuis l’alternance pacifique du pouvoir intervenue au sommet de l'Etat, les deux entités politiques se soupçonnent sur fond d’une méfiance mutuelle qui ne garantit pas une gestion consensuelle de l'Etat telle que prônée dans leur deal. La coalition dans laquelle ils évoluent par l’entremise de leurs deux leaders, Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, chefs de file respectivement du Cap pour le changement (Cash) et du Front commun pour le Congo (FCC), semble actuellement battre de l'aile.

Plus d’une fois, cette coalition au pouvoir a été sérieusement secouée par des accrochages entre les militants de ces deux bocs politiques qui, visiblement, ne se supportent pas. Pour les uns, Félix Tshisekedi étant le seul et unique président de la République, il n’a de compte à rendre à personne si ce n’est au peuple congolais qui l’a élu. Pour les autres qui contestent son leadership, le fils du « lider maximo » n’est qu’une « marionnette » qui ne jouit pas de la plénitude du pouvoir que continue de détenir, envers et contre tout, Joseph Kabila. Et, d’ailleurs, le retour politique annoncé de ce dernier, virtuel candidat à la présidentielle de 2023, a exacerbé la tension avec, à la clé, des propos déplacés entendus de part et d’autre.   

C’est sous des approches diamétralement opposées que les militants du PPRD et du Cach évoluent, encouragés dans leurs délires par leurs responsables politiques qui, plutôt que de jouer la carte de l'apaisement, n’arrêtent pas d’allumer la mèche par des déclarations incendiaires et surtout lourdes de conséquences. Par réseaux sociaux interposés, les deux camps se rentrent dedans, mettant en mal une coalition dont l’existence ne tiendrait plus que de la seule volonté de Félix Tshisekedi et de Joseph Kabila, obligés de ne rien voir, juste pour sauver les meubles. Mais pour combien de temps cette stratégie va-t-elle fonctionner ?

Entre-temps, la vile polémique s’est transportée dans la rue où les militants de deux partis politiques se livrent à cœur joie à la provocation, poussant l’outrecuidance jusqu’à s’en prendre aux effigies de leurs principaux leaders. Le 9 novembre, à Kolwezi (chef-lieu de la province de Lualaba), des partisans de l’UDPS qui marchaient pour soutenir la gratuité de l'enseignement de base n'ont pas digéré la contremarche initiée par ceux du PPRD dont le discours allait à contre-sens de leur message. En réaction, alors qu’ils venaient de déposer leur mémorandum au siège du gouvernement provincial, les « combattants » de l’UDPS sont redescendus dans la rue, brûlant au passage l’effigie de Joseph Kabila qui surplombe la ville. En représailles, ceux du PPRD feront la même chose en mettant le feu sur un poster géant de Félix Tshisekedi. Du berger à la bergère, dirait-on.  

Des discussions suspendues entre les deux plates-formes

Deux faits insolites certes, mais qui attestent le niveau de tension qui gangrène aujourd’hui la coalition FCC-Cach.   Non content de ces agissements qui frisent l’inconscience politique, le président intérimaire de l'UDPS a immédiatement réagi. Il a décrété la suspension des discussions en cours entre son regroupement et le FCC jusqu'à ce que les responsabilités soient établies. Jean-Marc Kabund est, par ailleurs, attendu ce 12 novembre au siège du parti, en rapport avec ces événements pour lesquels les militants lui exigent une position ferme vis-à-vis de l’alliance avec le FCC.

Comme si cela ne suffisait pas, les cadres du PPRD, montés sur leurs chevaux, se sont attaqués à l’UDPS, à ses militants et à ses cadres. « C'est une honte qu'un parti politique qui se dit adhérer à la culture de la démocratie déchire les effigies de président de la République (…) C'est un coup de folie qui doit s'arrêter tout de suite, puisqu'à Kolwezi nous avons besoin de la paix », a martelé le gouverneur du Lualaba, tout en incriminant les deux camps, fautifs à ses yeux.

En tout cas, pour de nombreux analystes, il est temps que les leaders des deux plates-formes rappellent leurs militants à la raison en vue de préserver l’État contre la menace qui pèse sur le pays à travers de tels actes.  Aussi les responsables du PPRD et de l’UDPS sont-ils astreints à encadrer leurs militants et surtout à leur expliquer le sens de la coalition et de la passation civilisée du pouvoir.

                                   

Alain Diasso

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