Disparition : l’artiste-peintre écolo Samuel Matoko inhumé à Pointe-Noire

Lundi 24 Juillet 2023 - 17:00

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Décédé le 4 juillet à Pointe-Noire des suites d’une crise d’asthme, le peintre écologiste Samuel Matoko dit « Ya Dess » a été conduit à sa dernière demeure la semaine dernière  après un hommage sobre mais original reflétant le vœu du défunt qui a défendu tout au long de sa vie les principes environnementaux et écologiques.

Pinceau en mains, bombes de peinture acrylique et fluorescente, gouache…les artistes-peintres ont peint le cercueil de Samuel Matoko peu après le recuiellemnt et l’oraison funèbre prononcée par la sœur ainée du défunt au nom de la famille suivie du mot des artistes lu par le peintre Paul Mahema, chargé de l’organisation de la cérémonie d’adieu.

En moins d’une demi-heure, le cercueil de Samuel Matoko a ressemblé à une véritable œuvre d’art par ses couleurs fluorescentes et scintillantes… « Ça n’a jamais existé », son expression fétiche de son vivant pour materialiser sa singularité et son particularisme a illustré comme par prémonition cet ultime hommage.

Le matokoisme, sa philosophie ou sa façon de peindre le moindre en lien avec les principes écologiques va se conjuguer désormais au passé si la relève de cet idéal n’est pas perpétuée par les jeunes peintres qu’il a côtoyés tout au long de sa carrière. L’école Matoko, la philosophie matokoiste doivent survivre, selon les peintres, proches et amis en guise d’héritage à pérenniser pour que Samuel matoko vive à jamais dans les cœurs. La protection et la préservation de l’environnement, l’écologie, la lutte contre le réchauffement climatique, la protection de la couche d’ozone… autant de chantiers à prospérer pour les dignes successeurs de l’œuvre de Samuel Matoko mis en terre au cimetière de Nanga (Patra) devant une foule éplorée. « Les toiles de Samuel Matoko auront une influence certaine sur l’amélioration de l’environnement du Congo en particulier et du monde entier en général », écrivait Yves Dubois, un passionné de l'art dans l’ouvrage intitulé: Samuel Matoko, un peintre écologiste du Congo Brazzaville.  

Samuel Matoko est né à Dolisie, dans le Niari, le 14 mai 1961. Il a fait ses études primaires et secondaires dans cette ville puis à Brazzaville.  Doué en dessin depuis l’école, Matoko s’intéresse à la peinture en lisant les ouvrages magnifiquement illustrés qui venaient pour la plupart de France. Autodidacte, il commence à peindre et exposer à Brazzaville en 1987.  Arrivé à Pointe-Noire en 1997, il peint le train de la paix en 2000 en présence du représentant de l’Unesco au Congo et reçoit le Prix Tchikounda  récompensant le meilleur peintre du Kouilou en 2010. La technique utilisée dans ses œuvres est mixte, peinture-collage  avec une prépondérance affirmée sur les thèmes qui sont en lien avec  la protection de l’environnement. À travers ses œuvres tournées vers l’abstraction ou le réalisme, il tente à sa manière de sensibiliser la population  avec ce qu’il appelle du Preserv’art  ou  l’art bio.

C’est en 2009 qu’il décide véritablement de peindre sur l’environnement exhorté comme dans un songe par la « Ndonga », un génie écologique qui le persuadait de se lancer dans cette voie. Ce génie écologique qui, selon le peintre, évolue dans la biosphère et est prêt à accompagner toutes les volontés affirmées dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Précurseur de la peinture sur natte, Samuel Matoko a adopté cette forme innovante de peinture en expliquant que la natte est un objet certes courant mais atypique. On la déroule pour rendre les honneurs à une personnalité ou une notabilité, lors des veillées funéraires et des mariages. Comme le Seigneur Rochereau Tabu Ley qui a introduit les drums dans la musique des deux Congo et King Kester Emeneya qui a utilisé pour la première fois le synthétiseur dans la rumba, Samuel Matoko a, de son vivant, toujours revendiqué à juste titre la primeur d’avoir été le premier à peindre sur la natte, à introduire le son dans la toile et à promouvoir l'art écologique.

Le peintre écologiste Samuel Matoko n’est plus. Son œuvre demeure et demeurera toujours.

 

 

Hervé Brice Mampouya

Légendes et crédits photo : 

Les artistes décorant le cercueil de Samuel Matoko/Adiac

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