Couleurs de chez nous: « Déconnecté »Vendredi 24 Août 2018 - 20:15 C’est être coupé d’une chose, d’une réalité. Etre en dehors du circuit. Une personne placée dans cette posture a tout l’air d’un étranger au sein de sa communauté ou de son pays. Avec l’explosion des médias en ligne, le mot « déconnecté » est devenu très usuel chez les Congolais. Et il est fréquent de les entendre lancer aux autres « Reste connecté » ou s’interroger : « Es-tu connecté ? ». Ici, « être connecté », c’est afficher sa présence sur les réseaux sociaux, avoir Internet sur son portable afin de recevoir tout type de documents partout et à tout moment. Si bien que ceux qui ne sont pas « connectés » sont souvent surpris de l’évolution des choses avec la difficulté pour eux de participer à un débat, car manquant d’arguments ou avançant des arguments dépassés par l’actualité. Les « connectés » ont cette chance aussi de recevoir des informations directement sur leurs mobiles même celles venant des médias officiels ou de la presse classique comme « Les Dépêches de Brazzaville ». Assis dans leurs bureaux ou devant leurs commerces, les gens connectés sont informés, agissent et réagissent en toute connaissance de cause. Pris autrement, on peut aussi dire que la société congolaise est composée de nombreux « déconnectés». Ces personnes qui ignorent tout. Il suffit de prendre un taxi et de demander au conducteur de vous conduire au Rectorat, au rond-point Monoprix, sur l’avenue Palmeraie-Mbemba, à l’Ecole des cadres du chemin de fer, à Kronenbourg, vers le cinéma ABC ou autres pour comprendre le degré de déconnexion des Congolais avec les réalités qui les entourent. Cette déconnexion se vérifie même sur le plan intellectuel avec des étudiants et élèves incapables désormais de vous citer un seul écrivain congolais. Surprenants sont ces élèves évoluant dans une école portant le nom d’un célèbre écrivain et qui ignorent tout de ce dernier. Le regard figé sur le présent, les jeunes restent majoritairement déconnectés du passé. Pourquoi ? Parce que le dialogue intergénérationnel est inexistant. Parce que les médias manquent à leur devoir de mémoire et d’éducation nationale. Parce que le désintérêt pour la culture nationale est effarant chez les jeunes. Pour preuve : ils sont nombreux, ces parents, qui ont de la peine à faire accepter certains mets du terroir à leur progéniture. Combien d’enfants et de jeunes actuels mangent encore la grenouille, le rat, la chenille, la termite, l’asperge, le grillon, le tondolo (maniguette en français), le malombo, (nom scientifique : saba senegalensis), mbila esobe, (nom scientifique : anisophyllea quangensis), la fougère, le bamou (la sapotille), le tsia et autres fruits exotiques ? Une problématique qui doit interpeller car, hier, les services publics avaient cette mission de participer à la construction de la citoyenneté et de l’identité congolaises. Le cas des services postaux qui, en 2002, avaient émis des timbres sur les fruits sauvages de chez nous. Bien triste est la réalité d’aujourd’hui avec des citoyens, notamment les jeunes, noyés ou emportés par des cultures d’ailleurs. Et pour terminer : combien de jeunes congolais parlent « la langue maternelle » ? Van Francis Ntaloubi Notification:Non |