Interview. Marien Fauney Ngombé: « Nous sommes censés apporter une pierre à l’édifice pour le développement de notre patrie »Vendredi 3 Août 2018 - 19:45 La fuite des cerveaux en Afrique lui a fait perdre, certes, ses meilleurs ingénieurs, techniciens, juristes, médecins…, mais beaucoup d’entre eux ne perdent pas de vue leur continent, pour ne pas dire leur pays d’origine. C’est le cas de Marien Fauney Ngombé, un jeune de la diaspora en France qui porte à cœur le développement de sa terre natale, le Congo. Entretien.
Marien Fauney Ngombe (M.F.N.) : Je suis un jeune congolais de la diaspora, parti du Congo à l’âge de 15 ans. J’ai fait carrière en tant que directeur administratif et financier dans des cabinets d'avocats d’affaires sur Paris. Je m’investis assidûment pour le développement du Congo. Depuis bientôt six ans, je fais de ma dévotion pour le Congo un dénominateur commun de mes activités et de la valorisation de son continent. Je suis également fondateur de l’association Akoua Mosse, qui vient en aide aux personnes vulnérables en zone rurale. Cofondateur du club Lenda, un cercle de réflexion sur des questions socio-économiques, je suis actuellement à la tête du SO’ART, une association qui veut mettre en avant et sur la scène internationale les talents artistiques des Africains de la diaspora. J’ai à mon actif quelques publications dont le tout récent est « Franklin l’insoumis ». L.D.B.:Parlez-nous brièvement d' Akoua Mosse M.F.N : Akoua Mosse a été créée en 2014 pour le besoin de faire connaître ce peuple. Cette idée est partie d’une amie, Marcel Mpengue, qui est originaire de ce coin du Congo. Née et grandi en France, elle connaît bien la culture Makoua et s’exprime en cette dialecte. Makoua en lui-même a une histoire assez spéciale au Congo, aussi bien sur le plan des infrastructures (le premier lycée qui y fut construit) que sur le plan culturel, d'où l’appellation « ville lumière ». Aussi, une série d’élites de premier rang au Congo est ressortissante de Makoua. On associe également cette ville au mystique (sorcellerie). Makoua est un creuset culturel non négligeable, en résumé, parler de cette communauté en miroir, c’est parler de tous les peuples africains qui sont appelés à rayonner pour ne pas laisser leurs cultures mourir. Nous travaillons sur des citations anciennes et disparues, des légendes Makoua, etc., pour en faire des supports audiovisuels plus tard. Certes la réalité exige de surcroît que nous aidions la population sur place. L.D.B. : Quel est le but de cette structure ? M.F.N. : Le but n’est pas de déployer de l’énergie en vain, c’est plutôt se fixer des objectifs et trouver de moyens pour les atteindre et pouvoir aider la population. Ma motivation reste l’amour de mon pays et de mon continent, j’essaie d’apporter le peu dans les domaines qui ne me sont pas inconnus, en mettant au point des événements culturels, associatifs et socioéconomiques. L.D.B.: Le champ d’action d’Akoua Mosse ? M.F.N. : Nous fonctionnons grâce aux fonds propres mais aussi grâce aux donations et cotisations des membres tant réguliers que partisans qui nous aident comme ils peuvent auprès de leurs mairies, en nous faisant acheminer des présents en nature et des dons financiers. Tout ceci mis bout à bout, chaque goutte d’eau finit par porter sur une action sociale. L.D.B.: Quelles sont les synergies mises en place pour les actions au Congo et en Europe ? M.F.N. : De manière concrète, les membres d’Akoua Mosse se déplacent physiquement sur le terrain pour agir, aller vers les écoles, les hôpitaux, vers la population (les pêcheurs, les femmes sans ressources financières, des jeunes, etc.). Voilà la synergie mise en place. Toutefois, l’idée majeure, c’est de faire des actions pérennes pour la jeunesse de Makoua. L.D.B.: Pouvons-nous connaître la plus grande réussite d’Akoua Mosse ? M.F.N.: La plus grande réussite c'est d'avoir pu réunir et fédérer près d'une quinzaine de personnes dans le monde (Allemagne, Belgique, Etats-Unis, Congo…), toutes ressortissantes de Makoua, c’est une belle réussite pour moi. Aussi, nos actions nous apportent énormément satisfactions, parce que nous aidons beaucoup de jeunes à se scolariser et à poursuive ainsi leurs études. C’est avec la main au cœur que nous le faisons. L.D.B.: Qu’est-ce qui se profile à l’horizon ? M.F.N. : Nous préparons une action avec des kits scolaires (sacs, cahiers…) pour la prochaine rentrée scolaire en octobre, à Makoua, ainsi que l’aboutissement d’un projet pour amener la fibre optique sur place et également la mise en activité d’un cyber café afin d'ouvrir les jeunes à la modernité et aux technologies nouvelles. L.D.B. :Selon vous, quel est le devoir d’un citoyen envers sa patrie ? M.F.N. : Je pense que toute personne originaire d’un quelconque pays du monde, migrant dans un autre ou pas, a un devoir de bon sens et doit agir dans le même sens. La sémantique de cette idée est intellectuellement creusée à vie. Nous sommes tous obligés à apporter une pierre à l’édifice de notre pays.
Propos recueillis par Karim Yunduka Légendes et crédits photo :Photo:Marien Fauney Ngombé Notification:Non |