Théâtre : « Opération rumba », la nouvelle pièce de Dieudonné Niangouna sur la scène internationale

Samedi 5 Avril 2025 - 23:04

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« Opération rumba » est une odyssée éclatante où les imaginaires congolais se déploient en mille couleurs et saveurs. Avec cette pièce, Dieudonné Niangouna orchestre un tourbillon de rythmes et de mots. Sur scène, les musiciens convoquent la rumba dans toute sa puissance en live, une présence organisée et vibrante qui porte le récit, lui donnant une pulsation, un ancrage et une mémoire. Le metteur en scène congolais sera encore sur scène au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, en Belgique, le 23 mai.

 

Son théâtre épique et sa langue poétique imposent Dieudonné Niangouna comme un dramaturge majeur de sa génération. Avec "Opération rumba", sa nouvelle pièce, il ajoute la flamboyance d'une musique populaire qui a traversé l'Afrique, l’Europe et les Amériques. Le metteur en scène s’appuie sur l’histoire de deux frères jumeaux, Paul et Antoine, vivant en France et partis sur les traces de leurs origines au Congo. Leur histoire familiale va peu à peu se confondre avec la grande histoire, scandée par la rumba congolaise. Leur voyage se nourrit de rencontres avec des personnages fantastiques, entre fiction et réalité, mythes, chansons populaires et douleur politique.

« La rumba congolaise fait partie de notre ADN, elle a été créée à partir d’un métissage, au moment où nous accédions à l’indépendance. Notre identité est donc plurielle, et cela m’intéresse parce que nous vivons une période de l’histoire où la question identitaire est primordiale, où les gens se referment, ce qui crée des espaces de crispation. Moi, je dis que l’histoire nous enseigne le contraire, tout est beaucoup plus patchwork que ce que l’on croit », a déclaré Dieudonné Niangouna.

Si la rumba congolaise, a-t-il dit, naît pendant la période coloniale dans les deux Congo, ses influences sont beaucoup plus anciennes, bien avant l’arrivée de l’Occident dans le royaume Kongo. En passant par les routes des esclaves, elle est arrivée à Cuba, avant de revenir au pays natal. La rumba congolaise demeure aujourd’hui l’un des témoins vibrants du « cahier d’un retour au pays natal » cher à Aimé Césaire.

Mais, sous l'influence de la colonisation belge et française, cette musique est devenue le symbole majeur des luttes pour l’indépendance jusqu’à sa conquête certaine. C’est un chemin poétique, car la réappropriation de ce patrimoine devenu universel s’est opérée d’un point de vue esthétique. Une esthétique qui n’enferme pas, mais libère, en invitant d’autres cultures à dialoguer en son sein, et en trouvant une inspiration contemporaine pour répondre aux enjeux de son temps, tout en restant une musique populaire qui permet au plus grand nombre de s’y retrouver, d’y participer. L’exemple le plus marquant de cette portée est « Indépendance Tcha-Tcha » de Joseph Kabasele, conçue pour les négociations de la table ronde à Bruxelles, en vue de l’indépendance du Congo belge, et devenue l’hymne des indépendances africaines.

Style affiné, thématiques pertinentes, poésie dans la prose, jeu libre avec les mots, humour noir : Dieudonné Niangouna n’écrit pas, il sculpte des émotions, peint des états d’âme, grave à l’encre de l’amour et des lettres de la révolution noire de demain. Il capture, de sa plume, des tranches de vie ou photographie des instants. Il mêle langue classique, populaire et poétique, et ses textes sont empreints de la réalité congolaise qu’il a vécue, des réalités issues de ses lectures, de ses rêveries, de ses envies, de ses projets dans les frontières. On y rencontre des sujets graves traités avec un grand humour, des anecdotes qui interpellent, une photographie de la vie. Il parle des ravages causés par la guerre civile et les séquelles de la colonisation française, et propose une écriture résolument contemporaine qui le place dans la lignée des auteurs avant-gardistes comme Sony Labou Tansi. Il questionne la vérité de l’illusion, pour ne pas laisser son monde à la merci de l’illusion de la vérité.

 

Cissé Dimi

Légendes et crédits photo : 

Dieudonné Niangouna sur les planches / DR

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